Après les 9 Mt annoncées par Agreste début août, la dégradation des conditions de culture pourrait faire plonger encore plus la récolte française de maïs. Les fabricants d’alimentation animale s’inquiètent déjà d’une flambée des maïs non OGM et bio.
Dans une note d’Agreste publiée le 7 août, le ministère de l’Agriculture projette la production française de maïs grain cette année à un niveau jamais observé depuis « au moins 1980 », à 9 Mt, incluant les semences. Hors semences, elle tomberait même à 8,821 Mt. Si ce volume se confirmait, il s’agirait d’une chute annuelle de la production nationale de 35,5 % par rapport à l’an dernier, et de 34,1 % par rapport à la moyenne quinquennale. La baisse attendue de la production s’explique par le repli annuel des surfaces et surtout par la sécheresse, accompagnée de températures caniculaires, survenue à un stade de développement sensible des plantes, rappelle le ministère.
Le rendement moyen tomberait à 70,3 q/ha, un plus bas depuis 2003, et en recul de 16 q/ha par rapport à 2025. De leur côté, les surfaces sont estimées à 1,281 Mha, contre 1,613 Mha l’an dernier. Quant au tournesol, sa production se stabiliserait autour de 1,4 Mt, grâce à la nette hausse des assolements. Les rendements décrocheraient, passant de 20,7 q/ha à 18,1 q/ha. Les récoltes de ces deux cultures n’ayant pas encore commencé, les chiffres sont amenés à évoluer, prévient le ministère.
Des analystes voient la récolte sous les 7 Mt
Depuis la parution de ces estimations, les conditions de culture se sont encore dégradées. Au 17 août, seuls 29 % des maïs français avaient bénéficié de conditions « bonnes » ou « très bonnes », selon le rapport de Céré’Obs (FranceAgriMer). Presque la moitié des maïs avaient déjà atteint le stade « humidité du grain 50 % », contre 20 % en moyenne quinquennale. Dans certaines régions, c’était le cas des quatre cinquièmes des surfaces (Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est), voire des neuf dixièmes dans le Centre-Val de Loire.
Résultat, « plusieurs analystes » interrogés par La Dépêche – Le petit meunier « situent désormais [la récolte française] sous les 7 Mt ». Une perspective qui inquiète déjà le monde de l’élevage. « Une flambée des prix du maïs non-OGM » et un écart « considérable » avec ceux du maïs transgénique : ce scénario « est jugé aujourd’hui probable par les acteurs du marché », alerte le média spécialisé. Car l’effondrement attendu de la production de maïs concerne toute l’Europe, « principale source de maïs non-OGM sur la planète ». La Dépêche indique que « le cabinet Expana a récemment révisé à la baisse de 4,6 Mt sa projection en maïs, à 49,1 Mt » pour le Vieux continent (contre 50,76 Mt pour la dernière prévision de la Commission au 31 juillet).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
« On ne peut pas exclure » un maïs à 300 €/t
Mais, au niveau mondial, la récolte de maïs (très majoritairement OGM) « ne suscite pas d’inquiétude », avec 1 300 Mt attendues par l’USDA, « au même niveau élevé que l’an passé ». La Dépêche estime que, « pour la France, la solution passera principalement par l’Ukraine », dont les exportations sont entravées par la guerre avec la Russie. En cas de poursuite du blocage de ses expéditions, « on ne peut pas exclure un maïs européen qui effleurerait les 300 €/t », estime un courtier interrogé par nos confrères. Un surcoût potentiel à venir pour les filières d’élevage sous cahier des charges imposant une alimentation non OGM.
Les perspectives sont tout aussi sombres pour le maïs bio : d’après un autre article de La Dépêche – Le petit meunier, la production française pourrait se situer « entre 70 000 t à 80 000 t » (contre plus de 132 000 t collectées en 2025). « Les utilisateurs devront probablement importer du maïs bio », analyse le média du groupe Réussir-Agra, rappelant que ces importations « sont très variables d’une campagne à l’autre ». Des achats qui ont déjà commencé, en provenance de l’UE, dans certaines régions. « Alors que la France était jusque-là en autosuffisance totale voire exportatrice de maïs bio, le pays va devenir importateur net », constate Maximilien L’Hyver, responsable commercial de Partner Bio. Et La Dépêche d’ajouter que « le maïs bio ne cesse de renchérir » (entre 410 et 430 €/t au 19 août, français comme importé), mais qu’il est « difficile de faire la part des choses entre pénurie présumée et spéculation ».
YG, KC