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Spiritueux/Résultats Malgré des résultats remarquables, Pernod Ricard déçoit la Bourse

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La Bourse n’a pas été satisfaite des résultats, pourtant brillants, que le groupe Pernod Ricard a annoncés pour son exercice 2007-2008, clos le 30 juin. Le résultat opérationnel courant a augmenté quand même de 13 % et le chiffre d’affaires de 9 % mais le premier trimestre du nouvel exercice a paru trop ralenti avec une croissance estimée entre 3 et 5 % à périmètre et changes constants. Le marché a jugé surtout les prévisions, prudentes, affichées pour l’exercice en cours inférieures à ses attentes bien qu’elles tablent sur une nouvelle croissance du résultat annuel courant de 8 % « sauf dégradation grave de l’environnement ».

Le numéro deux mondial des vins et spiritueux a fait état le 18 septembre d’un résultat opérationnel courant en progression de 5% à 1,522 milliard d’euros en 2007-2008. A taux de change et périmètre constants, la croissance de ce résultat est ressortie à 13 %. Et malgré le rachat pour 5,3 milliards d’euros de V&S (Absolut), son résultat net est resté en progression de 1 % (à 840 M EUR) après prise en compte des charges exceptionnelles (110 M EUR) liées à cette acquisition. Le désendettement sera dès lors la priorité du groupe qui ne programme aucune croissance externe en attendant.

Pernod Ricard a précisé qu’après une croissance modérée au premier trimestre, attendue dans la zone « basse à moyenne d’une progression à un chiffre », la croissance de son résultat opérationnel courant (ROC) devrait ressortir à 8 % pour l’exercice en cours « sauf dégradation grave de l’environnement ».

La réaction de la Bourse a été immédiate et le titre a connu la plus forte baisse du CAC 40 ce jour là à -9,85 %, certains évoquant un « profit warning masqué » : « Pernod Ricard fait une prévision pour l’exercice à venir en disant qu’elle ne tiendra pas si l’environnement économique se dégrade. Or on sait qu’il se dégrade », a déclaré un trader. « Pour la première fois, le groupe fait une prévision pour l’ensemble de l’année, dans l’espoir de rassurer les investisseurs », soulignent les analystes de Goldman Sachs, qui tablaient sur une croissance interne du ROC de 12%.

Emmanuel Babeau, directeur financier, a reconnu que le premier trimestre avait été « légèrement inférieur à son rythme de croisière en Chine », lié à des bases de comparaison élevées ainsi qu’à une consommation moins élevée que prévu lors des jeux olympiques de Pékin. Il a cité aussi la crise américaine qui a rendu plus difficiles les ventes aux Etats-Unis, les grossistes réduisant leurs stocks par manque de crédits bancaires. Il a également déclaré que la croissance avait été « modérée et contrastée » en Europe, avec un marché « clairement difficile en Espagne et en CHR au Royaume-Uni alors que d’autres marchés se tiennent bien comme la France et l’Allemagne ».

Objectif ambitieux pour 2008-2009

Pour le reste, les dirigeants de Pernod Ricard n’avaient plutôt que des bonnes nouvelles à donner, y compris à l’attention des actionnaires puisque le dividende proposé cette année sera relevé de 5 %.

Pierre Pringuet, directeur général délégué, à qui Patrick Ricard passera complètement les commandes opérationnelles du groupe le 5 novembre prochain, a affiché comme objectif pour l’exercice 2008-2009 une croissance des ventes de plus de 10 % cette année et de l’ordre de 8 % pour le résultat opérationnel courant (soit un retour à une croissance à deux chiffres du résultat net courant). Il a en effet relevé sa prévision de synergies liées à l’acquisition du suédois Vin & Sprit : au lieu des quatre ans initialement annoncés, les synergies qui s’élèveront à 150 M EUR seront obtenues en deux ans, avec une première moitié au cours de cet exercice (2008/09) et une seconde en 2009/2010, selon le dirigeant.

Pernod Ricard a mis la main sur le réseau de distribution après avoir signé de récents accords avec Maxxium, ancien distributeur d’Absolut notamment en Europe, et avec l’américain Fortune Brands qui commercialisait les marques V&S aux Etats-Unis.

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La vodka Absolut sera en mesure de donner tout son potentiel maintenant qu’elle est dans le portefeuille du groupe, a-t-il assuré. En reprenant en direct plus tôt que prévu, soit le 1er octobre prochain, la distribution de cette marque, Pernod Ricard compte profiter d’une hausse de 10 % des ventes de cette vodka aux USA. En France, la société Ricard, qui distribue déjà la marque Wyborowa, héritera de cette marque en lieu et place de la vodka Stolichnaya puisque celle-ci doit sortir dans le même temps du portefeuille du groupe.

Plus largement, les 15 marques phares du groupe ont vu leurs prix progresser deux fois plus vite que les volumes, et les investissements publi-promotionnels ont été et seront encore très soutenus pour atteindre 1,2 milliard sur l’exercice en cours (+12,3 %). Cela dit, dans la mesure où cela représente un effort supérieur à celui de ses concurrents, le groupe n’exclut pas de donner un coup de frein sur ce type de dépenses « si la situation du marché se dégradait », a précisé Pierre Pringuet.

En France (avec un CA en hausse de 5 % en organique et un résultat opérationnel en hausse de 11 %), Pernod Ricard a connu, contre toute attente, « une merveilleuse année », en GMS du moins, avec les whiskies et les champagnes bien sûr mais aussi avec ses anisés, et il n’hésitera pas à « relever ses tarifs pour tenir compte de l’augmentation des coûts, et même davantage », a indiqué le président du groupe. La « modération tarifaire pratiquée l’an dernier nous donne des marges de manœuvre », estime en effet Patrick Ricard.

Priorité au désendettement

Le groupe a aussi annoncé une réduction de sa dette à deux et trois ans. L’objectif est un ratio dette nette/Ebitda (résultat brut d’exploitation, ndlr) situé respectivement «entre 4,5 et 5» au 30 juin 2010 et « autour de 4 » à fin juin 2011.

Au 30 juin 2008, la dette, qui ne tient pas compte de l’acquisition d’Absolut Vodka puisque celle-ci n’est effective que depuis juillet, s’élevait à 6,1 milliards d’euros avec un ratio de 3,6. Avec l’opération Vin & Sprit la dette aurait été de 11,9 milliards. Au 31 décembre, elle sera supérieure à 12,6 milliards d’euros, mais devrait diminuer grâce à des cessions d’actifs, a déclaré M. Pringuet, sans donner de précisions sur la baisse.

Le groupe avait annoncé en juillet un programme de cessions pour un montant d’un milliard d’euros dans les 12 à 18 prochains mois.