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Compétitivité Malgré ses atouts, l’élevage porcin français reste menacé

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L’élevage porcin français a besoin de se restructurer, sans quoi il pourrait être amené à disparaître du paysage européen. Le savoir-faire français et la demande croissante des pays tiers plaident en faveur de la production française. Mais la concurrence est rude : les pays du nord de l’Europe développent leurs élevages à grande vitesse.

«L’élevage hors-sol intensif est risqué et il se porte mal », a constaté Yves Madre, membre du cabinet de Dacian Ciolos, commissaire européen à l’agriculture, lors d’une conférence de presse qui se tenait à Paris le 19 octobre. Si ce n’est pas le cas pour tous les pays membres de l’Union européenne à 27, c’est le cas de la France. En 20 ans, la production française n’a pas progressé quand, dans le même temps, elle augmentait considérablement en Europe du Nord.
Pays-Bas, Danemark, Allemagne sont les mastodontes de la filière porcine européenne. Leur stratégie, c’est la concentration des élevages. D’après l’Institut technique du porc (Ifip), aux Pays-Bas, le cheptel est de 12,2 millions de porcs sur une SAU (surface agricole utile) de 1,9 million d’ha. En France, le cheptel porcin est de 13,8 millions de tête, mais sur une surface de 29,3 millions d’hectares. Les Pays-Bas, le Danemark et l’Allemagne ne semblent pas montrer de limites au développement de leur filière porcine. En termes d’autosuffisance, les Danois sont à 650%, les Néerlandais à 300%. La France suit avec un taux d’autosuffisance à 105%. Si l’élevage français n’a pas misé sur l’agrandissement et la concentration de ses exploitations, il a, en revanche, acquis une très grande technicité. Les experts de la filière la qualifient d’« ultraperformante ».

Sensibilité aux grandes cultures

L’élevage hors-sol se différencie d’autres formes d’élevage par sa grande dépendance aux marchés agricoles des matières premières. En particulier, en Espagne, 40% de l’aliment du cheptel est importé ce qui fragilise profondément la filière. Ce n’est pas le cas de la France qui produit la majorité des matières premières utilisées par les fabricants d’aliments. Par ailleurs, les exportations se portent plutôt bien grâce à une demande extérieure soutenue. D’après l’Institut technique du porc (Ifip), les exportations en valeur sur les sept premiers mois de l’année 2012 par rapport à 2011 ont augmenté de 7,1%. Elles ont progressé notamment, vers la Chine (+41%) et vers la Pologne (+57%).

Faiblesses structurelles

Des atouts qui, sans une restructuration, ne permettront pas de compenser plusieurs faiblesses. Alain Guillaume, président du Syndicat national des industries de la nutrition animale (Snia), rappelle qu’entre 2001 et 2012, ce sont près de vingt usines d’aliments du bétail qui ont mis la clé sous la porte. Encore un indicateur de l’urgence à soutenir l’élevage français dans sa globalité. Certes, en Europe du Nord, le coût de l’alimentation est soumis aux mêmes contraintes de marché qu’en France. Sauf que la proximité des ports de commerce et la concentration des élevages permettent de réduire les coûts de transports. Par ailleurs, aux Pays-Bas, il s’agit de très grands ateliers d’engraissement, les « megastallen », pouvant aller jusqu’à 7 500 porcs selon l’Institut technique du porc (Ifip). En France, c’est le modèle familial qui prédomine. Les ateliers d’engraissement atteignent rarement plus de 200 places. En termes de volume produit et d’économie d’échelle, les pays de l’Europe du nord ont un avantage certain.

Ecart de compétitivité

L’écart de compétitivité est aussi entretenu par les différences de politiques environnementales. Concrètement, pour un jeune agriculteur français, s’installer avec un élevage de plus de 200 truies est quasiment impossible, ce qui n’est pas le cas en Allemagne ou aux Pays-Bas. Néanmoins, l’Ifip a publié une étude fin octobre sur les controverses qui, face aux nouvelles porcheries, font de plus en plus de bruit, aux Pays-Bas et en Allemagne notamment. La société civile et les associations environnementalistes sont actives. Ces voix constituent un des seuls freins au développement de l’élevage porcin du nord de l’Europe.

L’abattage en difficulté

Au niveau de l’abattage, la filière française perd en compétitivité avec le coût de la main d’œuvre. « En France, le coût de la main d’œuvre est de 22 euros par heure, contre 12 euros en Allemagne », expliquait Paul Rouche, directeur délégué du Sniv-SNCP (entreprises françaises des viandes) le 30 octobre. Mais d’après les pouvoirs publics français, la directive européenne du détachement de travailleurs d’Europe de l’Est devrait être réexaminée prochainement par le Parlement européen.
L’élevage français de porc est sur la corde raide malgré des atouts incontestables. Le plan stratégique sur l’avenir de la filière, annoncé le 30 octobre pour fin janvier 2013, devra amorcer un virage décisif pour sauver la filière française.

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