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Malt/Restructuration Malteurop s’adapte à la déprime du marché du malt

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Le français Malteurop, spécialiste du malt, a annoncé la fermeture de son usine historique de Reims dans le cadre d’un « plan de sauvegarde et de restructuration », qui comprend également de nombreuses économies en interne. Le numéro trois mondial du secteur, avec un chiffre d’affaires de 283 millions d’euros et 1,1 million de tonnes de malt, est au-dessous de ses prévisions, et doit faire face aux difficultés économiques du secteur. Le marché, particulièrement déprimé, est en surcapacité de 15 %, atteignant 20,7 millions de tonnes au niveau mondial. La croissance des capacités de production, en raison de la construction de nouveaux sites en Europe de l’Est, a été plus rapide que l’augmentation de la consommation mondiale de bière et a mis un terme aux importations russes. Chacun cherche aujourd’hui à réduire ses coûts pour coller aux prix du marché. Traditionnellement fragmenté, celui-ci devrait être appelé à se concentrer.

Face à un marché déprimé et des résultats inférieurs à ses prévisions, le groupe français de malteries Malteurop lance un « plan de sauvegarde et de restructuration ». Il s’agit pour le groupe de Reims de « réduire ses coûts de production », selon le directeur général Alain Le Floch, pour pouvoir « se rapprocher des prix du marché » au plus bas depuis « un peu plus de deux ans ». Une politique qui amène le deuxième producteur européen de malt a trancher dans le vif : l’usine de Reims, déficitaire depuis de nombreuses années, va devoir mettre la clé sous la porte. La direction a annoncé au comité d’entreprise extraordinaire du 3 novembre la fermeture de ce site historique sur lequel la société a bâti son envergure internationale. Cependant, « à la demande des salariés, un expert va étudier des contre-propositions à ce projet de fermeture », précise le groupe. La procédure devrait durer un mois mais l’issue ne fait guère de doutes. Pour les 35 employés de l’usine, « tout sera mis en œuvre pour trouver des solutions », indique un communiqué. Un reclassement au sein de l’entreprise ou de la coopérative Champagne-Céréales, premier groupe céréalier européen et maison-mère de Malteurop, pourrait être envisagé pour la majorité d’entre eux.

Partie visible de l’iceberg

Situé en pleine ville, ne disposant pas d’embranchement avec un canal de grand gabarit et aujourd’hui vieux d’environ 45 ans, le site accumule les handicaps structurels. « Et on ne peut pas moderniser l’outil industriel en malterie, explique Alain Le Floch, car le bâtiment est l’outil industriel». Produisant tout de même 80 000 à 83 000 tonnes de malt par an mais déficitaire depuis plusieurs années, l’usine « est effectivement inadaptée », confirme Patrick Babel, délégué CFDT. « L’investissement serait trop important pour la faire rentrer dans les coûts», ajoute le syndicaliste.

Ce volet ne représenterait que la partie visible de l’iceberg. « 60 % du plan de restructuration vont être réalisés par des mesures qui n’auront aucun impact social», souligne le DG du groupe. 900 000 euros vont notamment être économisés grâce à une réduction des « coûts de siège » de la société.

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Surcapacité de l’offre

Malteurop, qui affichait en 2004 un chiffre d’affaires de 290 millions d’euros pour 479 salariés, s’adapte ainsi aux difficultés du secteur économique du malt. Une surcapacité de l’offre de l’ordre de 15 % pousse les volumes du marché de 18 millions de tonnes à 20,7 millions de tonnes et tire les prix vers le bas. « La croissance des capacités de production a été plus rapide que l’augmentation de la consommation de bière dans le monde », analyse son concurrent Nicholas King, directeur commercial de Soufflet malteries, le numéro un mondial du secteur et filiale du groupe Soufflet. « Pour faire face à la nouvelle demande des pays de l’Est et de la Russie depuis les années 1990, les malteurs européens y ont construit des nouveaux sites de production », ajoute Xavier Rousselin, directeur du bureau conjoncture de l’Office national interprofessionnel des céréales. Deux usines Malteurop ont ainsi vu le jour en Ukraine en 2000. Soufflet malteries en possède pour sa part six en Europe de l’Est. « Mais la Russie, traditionnellement gros importateur de malt, est aujourd’hui arrivée à l’autosuffiance, et a mis fin à ses importations ». 500 000 tonnes de malt n’ont ainsi plus trouvé de débouchés.

Concentrations à venir

Dans une conjoncture de cours très bas et de concurrence internationale, chacun cherche à baisser ses coûts, et les malteries peu viables devraient progressivement fermer leurs portes. Selon Alain Le Floch, «  le marché, très atomisé est appelé à se concentrer». Vers l’aval, le marché de la brasserie se restructure à toute allure, et « une consolidation de notre secteur permettrait de mieux contrôler l’offre et l’organisation des sites de production ». Si la crise peut durer encore quelques années, «  plus le marché ira vers le bas, plus il y aura de disparitions, plus la situation sera assainie », ironise le dirigeant. Du côté de Malteurop, «  on va reconstruire dans les trois ans, mais pas en France, car le groupe va sûrement se rapprocher de ses concurrents », pronostique Patrick Babel.