Abonné

Space Manifestation et destructions de stands

- - 5 min

Les représentants de la contre-inauguration du Space, organisée par l’OPL, l’APLI et l’EMB, ont été reçus non pas par le ministre de l’Agriculture mais par les CRS, le 13 septembre dernier. La Confédération paysanne et la Coordination rurale s’étaient joints au cortège. La situation a dégénéré dans le hall 5 avec la destruction ou la déterioration de quatre stands dont celui de l’interprofession laitière, de la FNSEA et du ministère de l’Agriculture.

Le rendez-vous était donné le premier jour du Space, au hall 1 à 10h, par l’Organisation des producteurs de lait (OPL), l’Association des producteurs de lait indépendants (Apli) et l’European Milk Board (EMB). Près de 500 producteurs laitiers en casquette jaune attendaient donc le départ de cette contre-inauguration qui fut donné par François Lucas, président de la Coordination rurale, accompagné des autres représentants de l’OPL, l’APLI et l’EMB. Derrière la bannière blanche revendiquant « Une régulation souple des volumes pour un prix du lait », le cortège se dirigea directement vers le hall où Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et Jean-Michel Lemétayer, président du Space, prononçaient leur discours d’inauguration. Mais il se retrouva bloqué à quelques mètres de l’entré par une ligne continue de barrière et surtout le service de sécurité du Space. « On ne passe pas ! », répétait inlassablement le chef de la sécurité. François Lucas s’énerva et insista, demandant des justifications, jouant sur les mots pour pouvoir franchir les barrières.

« Nous sommes là pour parler de nos doléances »

Malgré ses revendications, aucun représentant du gouvernement n’accepta de recevoir une délégation des manifestants. La foule s’énerva rapidement. « Il y a un monde agricole accueilli et pas un autre. Cela ne peut pas durer comme ça », entendait-on. La gendarmerie vint renforcer le service de sécurité. Première bousculade. Les éleveurs avaient tenté de forcer les barrières mais la « volaille », comme l’interpellaient ironiquement les producteurs, avait réagi immédiatement avec des gaz lacrymogènes. « Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes juste là pour parler de nos doléances. C’est surréaliste d’avoir un tel comité d’accueil ! », lança un membre de l’OPL. Les « cadeaux », comme les appelaient les gendarmes entre eux, commencèrent à pleuvoir. Œufs, boules puantes, pétards envahirent l’espace derrière les barrières. « Avec les gaz lacrymogènes, le là est donné ! », s’exclama un manifestant. « Ce n’est pas une façon d’accueillir des gens qui l’ont nourri », hurla un autre à propos du ministre de l’Agriculture. Romuald Schaber, ressortissant allemand et président de l’EMB, observait la scène, sceptique. « Vous êtes bien accueilli en France ! », ironisa un producteur.

Le ministre ne reçoit pas

La foule s’était amassée devant les barrières, entourant le bâtiment, seule la partie droite restant inaccessible car protégée par des CRS. Les « cadeaux » devinrent plus violents. Bouteilles, barres de fer, tôles, chaînes d’attache de vache volaient au-dessus des gendarmes qui se repliaient. Deux cars de CRS en « tenue » prirent leur place. Cette arrivée mit le feu au poudre. Deuxième bousculade. À nouveau, les gaz lacrymogènes vinrent brûler les poumons. Les yeux pleuraient. Un éleveur âgé se retrouva sonné par les gaz et titubait, perdu, au risque de se blesser dans le matériel agricole exposé là. Les éleveurs s’étaient, pour beaucoup, perchés sur ce matériel de céréaliers afin de mieux voir et de respirer plus aisément. « Lève toi, producteur laitier » accompagné de « mais ils sont où nos dirigeants ? » furent les refrains entamés par la foule pendant que certains éleveurs roulaient sur du matériel agricole, un rouleau tasse-avant, devant les barrières. La tension monta d’un cran. Les CRS relarguèrent encore une dose de gaz alors que les barrières avaient à peine été forcées. La dose, plus forte que les autres, fit reculer de 10 m les éleveurs. Les minutes s’écoulèrent lentement. Romuald Schaber semblait égaré, perché lui aussi, mais seul. Il devait affronter une double barrière, celle mise par le gouvernement et celle de la langue car il ne parlait pas un mot de français.

Quatre stands dévastés

Les dirigeants de l’OPL, de l’APLI et de l’EMB, voyant que la situation n’évoluait pas, engagèrent la foule à repartir vers les autres halls. Le cortège se remit en route vers une autre cible, le hall 5, après que le ministre fut parti discrètement, caché par deux cars de CRS, sans recevoir les représentants des manifestants. Là, les militants de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale s’en prirent aux lieux de « pouvoir » de la FNSEA comme le Cniel (interprofession laitière), complètement détruit avant de s’en prendre au stand de la FNSEA et celui du ministère de l’Agriculture et en partie à celui de FranceAgriMer. Symbole, un drapeau de chaque organisation syndicale fut accroché au sommet du stand du ministère de l’Agriculture. Deux militants de la Confédération paysanne furent interpellés puis libérés en fin d’après-midi alors que les CRS évacuaient le hall à grand renfort de gaz lacrymogène.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Coordination rurale
Suivi
Suivre