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FNSEA/JA Manifestations du 5 novembre : entre succès politique et échec médiatique

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Si la FNSEA et les JA ont obtenu des réponses à leurs revendications auprès du gouvernement, l'image des manifestations du 5 novembre risque de rester négative auprès du grand public.

L ES ragondins victimes de coups de pieds et peints à la bombe, à Nantes, resteront peut-être la seule image que retiendront les Français des manifestations du 5 novembre de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs (JA). Pourtant, les agriculteurs avaient des raisons de manifester, étant au cœur d'une « crise morale, sociale et économique », selon Xavier Beulin, président de la FNSEA (1).

36 500 agriculteurs sont descendus dans la rue pour montrer leur « ras-le-bol » selon le syndicat, « du jamais-vu depuis des années ». Cela s'est le plus souvent exprimé par une colère contre les « contraintes » trop lourdes. Symbole de cette réglementation, la nouvelle directive nitrates doit faire basculer 63 000 exploitations en zones vulnérables, entraînant des situations compliquées pour nombre d'entre elles, qui ne pourront plus épandre leurs déjections animales.

Les agriculteurs entendus sur les contrôles et la directive nitrates

« Toute cette mobilisation a été porteuse de résultats puisque (…) le gouvernement a apporté des réponses concrètes à 5 de nos revendications », se félicite la FNSEA.

Le Premier ministre Manuel Valls a rappelé devant l'Assemblée nationale le souhait du gouvernement que « l'organisation des différents contrôles en exploitations agricoles soit mieux acceptée par les agriculteurs ». Il diligentera une mission pour dresser un état des lieux des contrôles et proposer des pistes d'amélioration « permettant une meilleure planification des contrôles et une meilleure appropriation des règles communautaires par les agriculteurs ».

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a réaffirmé la volonté du gouvernement d'assouplir l'application de la directive nitrates. Il évoque notamment « la prise en compte des limites des bassins versant alimentant les masses d'eau superficielles, ce qui évite de classer tout le territoire communal ». De plus, les discussions avec la Commission européenne se poursuivent concernant la prise en compte des pentes et du stockage au champ des fumiers d'élevage. Enfin, « une expertise scientifique est engagée par l'Inra, l'IRSTEA, le CNRS et l'Ifremer pour mieux caractériser les facteurs entraînant l'eutrophisation des eaux ».

Les chambres d'agriculture fermées pour défendre leur budget

Les chambres d'agriculture ont fermé leurs portes, le 5 novembre « pour interpeller sur leur situation économique », explique Guy Vasseur, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture. « Mais nos services seront à disposition des agriculteurs pour traiter les urgences sur les exploitations », expliquait-il le 4 novembre. Il justifie cette mobilisation parce que « la quasi totalité des présidents de chambres sont élus FNSEA ou JA ». Mais il défend « toutes les chambres », y compris celles tenues par d'autres syndicats.

La FGA-CFDT dénonce une « confusion des genres », qui va plutôt « contribuer à décrédibiliser les chambres d'agriculture tant auprès des agriculteurs que des pouvoirs publics ». Le syndicat de l'agroalimentaire rappelle son « opposition totale » avec les revendications de la FNSEA, comme la TVA sociale ou le maintien des exonérations des saisonniers agricoles. Elle rappelle « que les chambres d'agriculture sont des organismes chargés d'une mission de service public et donc soumises à l'obligation d'assurer la permanence et la continuité de ce service public ».

Les chambres d'agriculture vont devoir faire face à une diminution de la part fiscale de leur recette, et à une réduction du montant de la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti.

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Plusieurs autres revendications de la FNSEA avaient reçu des réponses avant même la manifestation (1) : le gouvernement a retiré l'écotaxe, s'est engagé pour soutenir l'origine France et promouvoir des relations commerciales équilibrées, a entamé un travail sur les conditions de mise en œuvre du compte pénibilité et l'apprentissage, ainsi qu'un réflexion sur l'accompagnement et le déploiement de l'innovation en agriculture.

Des actions variées… et parfois violentes

92 actions ont eu lieu dans toute la France, prenant des formes diverses : distribution de pommes de terre à Paris, dépôt de fumier devant plusieurs préfectures, mise en place de barrages filtrants sur l'A10 en Touraine, barrage sur l'A16. Les JA ont contrôlé les cantines du ministère de l'Economie, constatant un nombre important de produits importés.

Au Mans ou à Moulins, les esprits se sont échauffés en fin de manifestation, les forces de l'ordre faisant l'usage de gaz lacrymogène. Et dans de nombreuses villes, les agriculteurs ont laissé sur leur passage des tonnes de fumiers, des pneus et des denrées agricoles.

« Notre détermination dans le calme et le respect des personnes sera un atout pour faire prendre en compte nos soucis et accompagner le travail des ministères », avait prévenu la veille Dominique Barreau, secrétaire général de la FNSEA, appelant « au calme ».

A Amiens, deux hommes ont été mis en garde à vue pour violences à agents de la force publique et pour dégradation de biens publics. Les manifestants ont alors bloqué deux accès de l'A16 en protestation, puis les interpellés ont été relâchés et les barrages ont été immédiatement levés.

A Nantes, ils ont lâché des ragondins vers la préfecture et jeté des animaux morts (des ragondins et un sanglier) sur des tas de fumier, purin, lisier, poireaux. Une action filmée qui a choqué. Europe Écologie Les Verts, dont le local de Toulouse a été recouvert de lisier, parle des « méthodes choquantes » et de « l'impunité » de la FNSEA : « Tout le monde a vu ces images ultra-violentes de tonnes de lait déversées sur les murs de bâtiments publics, de tas de fumier devant les portes des institutions supposées à l'origine de leur malheur, de ces animaux balancés comme des objets et écrasés sans ménagement », liste le parti dans un communiqué du 6 novembre. L'association L214 et la fondation Brigitte Bardot ont annoncé leur volonté de porter plainte pour « actes de cruauté » sur les ragondins.

Xavier Beulin a affirmé qu'il « ne cautionne pas ce type de dérapage ». « Les images ne sont pas agréables à regarder et, malheureusement, elles risquent de masquer ce qui était cette journée », regrette-t-il.

(1) Voir Agra N°3469