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Manifestations : en attendant « Rungis 2 »

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Emmanuel Macron a réuni, le 2 mai à l’Élysée, une cinquantaine d’organisations du secteur agricole et agroalimentaire, pour prendre date. Le président de la République souhaite prononcer – en septembre ou début 2025 – un nouveau discours d’orientation, de l’envergure de celui de Rungis prononcé en 2017. Comme il y a sept ans, il pourrait inclure des approches par filière, mais aussi par territoire, après une concertation qui pourrait s’engager dès l’été - si l’ensemble des syndicats y étaient disposés. Une suite est notamment attendue au plan de soutien à « l’agriculture méditerranéenne », dont une première tranche de 50 millions d’euros a été annoncée par le Premier ministre le 27 avril. En déplacement dans la Manche, Gabriel Attal avait pour mission de clore la séquence de négociation débutée cet hiver – avec de nouvelles annonces, principalement à destination des exploitations en difficulté.

Ceux qui attendaient un discours ont été déçus. C’est finalement une promesse de discours qu’Emmanuel Macron avait réservée à la cinquantaine de représentants professionnels invités le 2 mai à l’Élysée. Au préalable, chacun d’entre eux avait pu prendre la parole pour résumer ces derniers mois durant lesquels – d’octobre à mars – le secteur agricole français et européen a été secoué par une mobilisation qu’il n’avait pas connue depuis la réforme de la Pac de 1992. Une séquence que l’Élysée souhaite conclure, sans toutefois espérer la fin complète des manifestations.

Intervenant en conclusion, le président de la République a donc promis un discours, qu’il a déjà qualifié de « Rungis 2 ». Autrement dit un discours d’orientation de la même envergure que celui qu’il avait tenu au Marché d’intérêt national en 2017, appelant alors le secteur à monter en gamme face à la concurrence internationale, et s’en prenant vertement à ceux qui auraient parié trop fortement, dans les filières volaille et céréales, sur les marchés mondiaux.

Même si, depuis 2017, le discours avait été largement amendé par Emmanuel Macron – notamment lors de la crise Covid –, le syndicalisme majoritaire demandait, depuis les manifestations de l’automne, une prise de parole marquante, pour fixer des caps : qu’il s’agisse de la montée en gamme, du commerce extérieur, mais également de l’adaptation au changement climatique – singulièrement dans le sud de la France –, ou de l’agriculture en outre-mer.

« Seul dans la pampa »

Pour ce discours, Emmanuel Macron a proposé deux échéances : la rentrée de septembre, ou bien… après les élections des chambres d’agriculture, craignant que le scrutin ne se mêle au bon déroulé de son allocution et de la concertation qui précéderait. Sa condition pour qu’un discours se tienne dès la rentrée ? Que l’ensemble des syndicats agricoles y soient favorables. « Je ne veux pas me retrouver seul au milieu de la pampa », aurait dit le président de la République.

Au moins deux syndicats y semblent disposés. En conférence de presse le 2 mai, les présidents de la FNSEA et des JA ont plaidé pour que ce discours se tienne dès septembre : « L’agriculture ne doit pas attendre », estime Arnaud Rousseau. De même, interrogée par Agra Presse, la présidente de la Coordination rurale, Véronique Le Floc’h, juge que, « si ce n’est pas en septembre, les élections reviendront à un référendum pour définir ce plan d’avenir ». La Confédération paysanne semble moins ouverte à participer à l’exercice ; dans un communiqué, elle a répondu qu’elle n’attendait pas « de grands discours » mais des « actes concrets » - pour le syndicat, « la négociation n’est pas terminée ». Et de citer ses priorités : « prix plancher », redistribution de la Pac, partage de l’eau, pesticides… Autant de sujets sur la table dans les prochains mois.

Selon les professionnels, le discours pourrait inclure une « approche par filière ». Parmi les annonces de Gabriel Attal prévues le 27 mai, Matignon avait évoqué la mise en place de « plans et contrats d’avenir territoriaux », une idée poussée par les Jeunes agriculteurs, et qu’ils souhaitent voir réapparaître dans ce discours. Depuis 2017, la plupart des interprofessions disposent d’un plan de filière relativement à jour – sur la base desquels une discussion rapide pourrait s’engager d’ici septembre

Une suite est notamment attendue au plan de soutien à « l’agriculture méditerranéenne ». Une première tranche de 50 millions d’euros en 2024 a été annoncée par le Premier ministre le 27 avril. En déplacement dans la Manche, Gabriel Attal avait pour mission de clore la séquence de négociation débutée cet hiver – avec de nouvelles annonces, principalement à destination des exploitations en difficulté.

Attal démine dans la Manche

Dans la Manche, quatorze mesures ont été dévoilées, dont un large volet consacré au soutien à la trésorerie. Comme demandé par la FNSEA, des mesures de trésorerie seront annoncées pour les agriculteurs les plus en difficulté qui n’auraient pas pu bénéficier du « plan de trésorerie d’urgence » dévoilé le 24 février par Bercy et les banques ; une enveloppe de « 100 millions d’euros » va être allouée – via BPI France – aux agriculteurs.

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Cette dernière tranche du plan dédié à la trésorerie se décline en cinq types de mesures : « prêts de trésorerie pouvant aller jusqu’à 75 000 € » ; « garanties de prêts de banques commerciales privées allant jusqu’à 200 000 euros » ; « garanties de crédits d’affacturage qui permettent de transformer des créances sur l’État ou des grands donneurs d’ordre en prêts immédiats » ; « subventions à l’innovation jusqu’à 50 000 € et des prêts méthanisation agricole » ; « programmes d’accompagnement non financiers comme l’accélérateur agroécologie ».

Pour les agriculteurs en difficulté, le gouvernement annonce également un « dispositif simplifié permettant d’orienter sur la base d’un audit simplifié aidé », et travaille sur un « accompagnement financier dans le cadre d’une transmission à un jeune agriculteur ».

En matière de fiscalité, le gouvernement prévoit une « augmentation du taux de dégrèvement de TFNB sur les terres agricoles de 20 % à 30 % » dans le cadre du projet de loi de finances pour 2025 ; ainsi qu’une « exonération de 30 % de la réintégration de la dotation d’épargne de précaution (DEP) dans le résultat fiscal et social de l’exploitation en cas de sinistre climatique ou sanitaire ».

Plan « agriculture méditerranéenne »

La surprise de ces nouvelles annonces tient surtout dans le lancement d’un « plan d’accompagnement de l’agriculture méditerranéenne », comme demandé par la présidente de la région Occitanie et la FNSEA. Le gouvernement a été particulièrement réactif face à une demande qui avait émergé au Salon de l’agriculture. Doté de 50 millions d’euros, pour l’année 2024, ce plan servira à « mener la transition vers de nouvelles pratiques culturales et des nouvelles filières », grâce à des fonds issus de budgets dédiés à la « Planification écologique ».

Les services de Matignon mettent en avant les aléas particulièrement importants subis par les régions du sud de la France ces dernières années, qui ont cumulé la sécheresse, le gel, la grêle et la MHE (bovins). Le plan sera précisé à l’issue d’une mission du CGAAER (ministère) en cours dans les départements de l’Aude, des Pyrénées-Atlantiques et de l’Héraut. Le syndicalisme majoritaire souhaiterait d’ores et déjà en changer la dénomination (et sa référence à la Méditerranée), considérant que les besoins s’étalent plus largement sur les régions Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Paca.

À l’occasion d’une conférence de presse organisée le 28 février, Carole Delga, présidente de l’Occitanie, avait demandé « une reconnaissance de l’agriculture méditerranéenne », pour obtenir des dispositions plus favorables en matière « d’accès à l’eau » et de « compensation des handicaps naturels ». La présidente de région était questionnée par Agra Presse sur le décrochage de la valeur ajoutée nette au coût des facteurs par actif dans sa région par rapport à la moyenne nationale depuis dix ans. C’est en Occitanie qu’étaient apparues, à l’automne, les premières mobilisations qui ont abouti aux manifestations nationales de cet hiver.

100 projets hydrauliques « d’ici fin 2024 »

Par ailleurs, le gouvernement devrait s’engager à faire aboutir d’ici fin 2024 une liste de 100 projets hydrauliques, « compatible avec une gestion durable de la ressource ». Environ 300 projets avaient été identifiés à l’issue du Varenne de l’eau, que le gouvernement souhaiterait accélérer – ces 100 projets en constitueraient une première tranche. Il souhaite également travailler sur une modification de l’arrêté de 2021 simplifiant les dérogations pour les projets de retenues hydrauliques.

Enfin, le Premier ministre a confirmé son engagement à appliquer les simplifications de la Pac que le Parlement européen vient d’adopter dès la campagne en cours 2024 ; elles concernent les BCAE 1 (prairies), 7 (rotations), 8 (jachères) et 9 (prairies).

Le discours pourrait inclure une « approche par filière »

Mission CGAAER en cours dans l’Aude, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales

100 projets à faire aboutir d’ici fin 2024