Les fabricants d’aliments sont inquiets : comment vont-ils boucler la campagne alors que toutes les matières premières sont rares et chères ? Andrée Desfois, directrice de publication de Stratégie grains, revue d'analyse en Europe pour les professionnels de l'industrie des céréales, a livré ses analyses sur le déficit fourrager lors d’une session de formation organisée par l’Association française des techniciens de l'alimentation et des productions animales (Aftaa) le 3 décembre à Paris. Pour l’instant, le déficit fourrager 2003/2004 est estimé à 5 Mt et la consommation de céréales par le secteur animal devrait baisser de 6 Mt.
« Les perspectives ne sont pas optimistes », s’inquiète Pierre Merlot, directeur du Syncopac (coopératives d’aliments du bétail). «Jusqu’en septembre-octobre, les fabricants étaient couverts par des contrats qui leur assurait de la marchandise, mais ce n’est plus le cas actuellement», continue-t-il. Et les choses se compliquent car toutes les matières premières qui entrent dans la composition des aliments voient leur prix augmenter. Ainsi, l’indice IPAA (voir graphique) a augmenté de 38 % depuis juillet 2003. En France, la part du blé dans les aliments restent importante car « c’est ce qui coûte relativement moins cher », précise Pierre Merlot, alors que le maïs s’est littéralement envolé (il cotait 160 E/t le 27 novembre). On voit revenir dans les ports bretons et espagnols des produits de substitution des céréales (PSC) que l’on avait oublié depuis 1992 : le corn gluten feed et le manioc. Mais les coûts prohibitifs de frets maritimes réduisent la compétitivité des produits à l’importation. De plus, les cahiers des charges très strictes en matière de non-OGM qui ont été établis ces dernières années, en période d’excédents de production, vont être bien difficiles à tenir car ils restreignent les importations.
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Un déficit fourrager estimé à 5 millions de tonnes au niveau européen
« Nous estimons l’ampleur du déficit fourrager européen à 5 millions de tonnes », a indiqué Andrée Desfois. L’analyste tient à préciser que lorsqu’on parle de «déficit fourrager», cela ne correspond pas à la perte de production mais à la différence entre le stock prévu à la fin de la campagne et le stock minimum nécessaire (stock outil). S’appuyant sur les derniers chiffres des marchés céréaliers, Andrée Desfois estime que pour résorber le déficit fourrager en Europe, il faudrait « réussir à importer plus de 5 millions de tonnes de maïs ». Les pistes supplémentaires avancées par Stratégie Grains sont l’importation de 3 Mt de blé d’Amérique du Nord, contre 2 à 2,5 d’habitude, puis l’importation de 1Mt de sorgho. Il faudrait également sortir 1Mt de blé et 0,2 Mt d’orge des stocks d’intervention, ainsi que 2Mt de seigle. « Avec tout cela, il resterait alors un déficit résiduel proche de 1 Mt seulement », affirme Andrée Desfois. Mais, selon Pierre Merlot, le seigle à 110 E/t comme il est adjugé actuellement par la Commission européenne, n’est pas compétitif en France.
Consommation de céréales en baisse
Au-delà du déficit fourrager, la consommation européenne de céréales par le secteur animal devrait être en baisse de 6 millions de tonnes, alors qu’en France, la tendance est inverse. Concernant la production des aliments composés, la situation des secteurs est assez différente. Du côté de l’alimentation pour bovins, on note une hausse de 33,5 Mt à 35,6 Mt, que la directrice de publication de Stratégie Grains explique notamment par « un manque de fourrage ». Andrée Desfois précise toutefois que « l’impact sur le marché des céréales n’est pas énorme car pour l’instant, le taux d’incorporation des céréales dans ces aliments n’est pas énorme ». En revanche, la production d’aliments composés est en baisse dans les secteurs du porc (de 44,3 à 44,1Mt) et les volailles (37,3 à 36,8 Mt). Ces baisses restent assez légères. « L’essentiel de la baisse semble derrière nous. Les conséquences de la réduction des cheptels porcins du Nord de l’Europe semblent stabilisées », conclut Andrée Desfois. Par ailleurs, l’analyste met l’accent sur la baisse de consommation des céréales à la ferme, qui devrait passer, en ce qui concerne le marché européen, de 56,8 millions de tonnes en 2002/2003 à 53,8 pour les prévisions de 2003/2004.