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Marc Fesneau à l’Agriculture, une promesse de continuité

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Après Jacques Mézard, Stéphane Travert, Didier Guillaume et Julien Denormandie, c’est au tour de Marc Fesneau de devenir ministre de l’Agriculture sous la présidence d’Emmanuel Macron. Ancien député Modem, élu rural de la Beauce, ancien cadre de chambre d’agriculture, sa nomination est perçue, par les professionnels du syndicalisme majoritaire, comme une promesse de continuité en termes de ligne politique et d’« ambition » pour l’agriculture. Pour l'heure, il d'ailleurs gardé les directeur et directeur adjoint de cabinet de Julien Denormandie, ainsi que son conseiller Pac. Malgré cette apparente continuité, les ONG et la Confédération paysanne ne désespèrent pas de « restaurer une collaboration fructueuse » après plusieurs mois de froid avec son prédécesseur. Seule potentielle différence avec Julien Denormandie, Marc Fesneau est un pratiquant et fervent défenseur de la chasse, ce qui lui vaut déjà les foudres de la fondation Brigitte Bardot.

Cela fait quelques années que son nom circulait dans le Landerneau agricole, mais il avait été à chaque fois devancé, par Stéphane Travert, Didier Guillaume, puis Julien Denormandie. C’est cette fois chose faite. Marc Fesneau a finalement été nommé Rue de Varenne, avec un intitulé de poste légèrement modifié, conformément à la demande de la FNSEA : ministre de l’Agriculture et de la « souveraineté alimentaire ». Il n’aura pas eu beaucoup de chemin à faire, puisqu’il était jusqu’ici ministre des Relations avec le Parlement, domicilié au 69 rue de… Varenne. Il remplace Julien Denormandie, dont le nom n’est pas apparu dans le nouveau gouvernement.

Attendu à Matignon ou au secrétariat général de l’Elysée, Julien Denormandie a surpris tout le monde, en annonçant, sur le réseau social Twitter, sa « décision personnelle et importante pour [lui], mûrie de longue date : celle de pouvoir enfin consacrer plus de temps à [sa] famille ». Et d’ajouter : « C’est le choix du coeur : j’ai trop manqué à ma famille, et elle m’a trop manqué. C’est désormais à elle que je veux consacrer l’essentiel de mon énergie. » Lors de la passation, Marc Fesneau a qualifié le choix de son prédécesseur « respectable et admirable ». Et d’ajouter : « Je ne doute pas que les vents te seront favorables et que nous nous reverrons. »

Chambres et coop' satisfaites

Comme Julien Denormandie, Marc Fesneau est perçu comme un bon connaisseur du secteur agricole, pour avoir travaillé plusieurs années à la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher. En 2002, il y était directeur du service chargé des politiques de développement local. Marc Fesneau a également des attaches familiales dans le secteur ; son père François Fesneau a une longue carrière de décideur du secteur agricole : conseiller technique du cabinet de Michel Rocard, lorsque ce dernier était ministre de l’Agriculture (1983-1985), directeur général de l’Association des comités économiques de fruits et légumes (Afcofel), de Céréaliers de France – et président du conseil d’administration d’Agra.

Pour les professionnels agricoles, l’arrivée de Marc Fesneau est le signe d’une volonté de continuité, notamment par son profil technique et proche du secteur agricole. Sa nomination est le « signe d’une ambition agricole maintenue », confie à Agra Presse le président des Chambres d’agriculture France Sébastien Windsor, pour qui Marc Fesneau est un connaisseur des « enjeux techniques » de l’agriculture. Selon nos confrères de Contexte, il devrait d’ailleurs conserver le même directeur de cabinet que son prédécesseur, et pour encore quelques semaines le même conseiller Pac. Du côté de la Coopération agricole (LCA), Dominique Chargé se dit « satisfait » de la nomination de Marc Fesneau, une personne qu’il « apprécie » personnellement et qui « connaît bien les sujets d’agriculture et d’alimentation ».

L'accueil est moins chaleureux du côté des ONG, qui espèrent elles un changement de méthode. En froid avec Julien Denormandie, notamment depuis la présentation de son arbitrage sur le PSN au printemps 2021, les organisations de la plateforme espèrent simplement « restaurer une collaboration fructueuse ». Elles plaident notamment pour «une considération effective de toute la profession agricole comme des organisations environnementales, de bien-être animal, de solidarité internationale et de citoyens-consommateurs». 

Chasseur et élu rural

Pour l'heure, Marc Fesneau se distingue surtout de son prédécesseur en étant un ardent défenseur de la chasse, qu’il pratique, notamment à l’arc ; en 2018, il a même cosigné une tribune de défense de la chasse à courre. C’est d’ailleurs lui qu’Emmanuel Macron avait envoyé au dernier congrès de la fédération des chasseurs (FNC) au printemps pour y présenter son programme à la présidentielle. Marc Fesneau avait notamment proposé une réforme du dispositif des dégâts de gibier, ou « un accès plus rapide au permis de chasse ». Les chasseurs ne s'y trompent pas. « Très satisfait » de sa nomination, le président de la fédération de chasse du Loir-et-Cher Hubert-Louis Vuitton revendique des « contacts amicaux » avec lui : « Il pourra être un pont entre les chasseurs et l’agriculture. Nous pourrons compter sur lui », prédit-il.

Opposante historique à la chasse, la fondation Brigitte Bardot a, à l’inverse, qualifié sa nomination de « scandaleuse », dans un communiqué paru le 24 mai. En tant que député, Marc Fesneau se serait distingué par le « rejet de toute amélioration de la condition animale », pointe la FBB (fin des cages pour les poules pondeuses et les lapins, vidéosurveillance dans les abattoirs, menus végétariens dans les cantines scolaires). La nomination de Marc Fesneau ne devrait pas non plus plaire aux vegans et aux anti-spécistes. Dans un portrait dressé par le journal Challenges pour les élections régionales 2020, qu’il perdra lourdement (4e place), Marc Fesneau disait vouloir mener un combat contre « les végans et les antispécistes, ceux qui comparent les élevages de poulets à des camps de concentration SS. Ce sont des fous dangereux qui ont perdu le sens commun ».

Chasseur, Marc Fesneau est aussi un élu rural et affiche une forte proximité avec ces territoires. Après avoir grandi à Paris, il s’est installé à Marchenoir, commune de quelque 600 habitants de la Beauce dont sa famille est originaire. Elu conseiller régional du Centre en 2004, maire de Marchenoir en 2008, et tête de liste du Modem pour les régionales de 2010, il est promu la même année secrétaire général du parti. « Il a gardé un ancrage local. Il continue de venir chasser, même si c’est moins souvent », assure Hubert-Louis Vuitton. « Il est resté très proche des gens et de la ruralité », abonde Didier Delerue, président de la FDSEA du Loir-et-Cher, interrogé par Agra presse.

Réputé influent au Parlement

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Ancré localement, Marc Fesneau est aussi un homme réputé influent parmi les députés, ce qui lui a valu d’être nommé ministre des Relations avec le Parlement. Il a été élu dès 2010 secrétaire général du Modem. Elu député en juin 2017 avec le soutien d’En Marche, il était devenu président du groupe Modem à l’Assemblée. Sa popularité s’était étendue chez les « marcheurs », analyse l’AFP : en 2018, il récoltait 86 voix lors de l’élection du président de l’Assemblée nationale, bien au-delà de celles des 46 députés Modem, face à Richard Ferrand (LREM).

Sa personnalité reste encore assez peu connue du grand public. « Il a de la finesse politique et sait aplanir les conflits », salue le député Jean-Louis Bourlanges, interrogé par l’AFP quand son collègue Erwan Balanant estime « difficile de lui trouver des défauts ». Un élu d’opposition juge ce bon vivant « assez sympathique » mais allant « un peu au gré du vent ». « Pas un capitaine Fracasse », admet-on dans les rangs de la majorité. Pour un autre député d’opposition, interrogé par Agra Presse, « il peut être un réformateur, mais tout dépendra de la lettre de mission que lui donnera le président de la République : satisfaire les rangs de la FNSEA ou marquer son territoire ? »

Localement, « c’est quelqu’un agréable, à l’écoute », reconnait l’ancien porte-parole de la Confédération paysanne du Loir-et-Cher, Gilles Guellier. Selon lui, Marc Fesneau est d’ailleurs « certain » d’être réélu député dans son département, où la candidate Nupes est une « inconnue » issue des rangs de la France insoumise. « Il a de bonnes idées, mais il est aux ordres », présume toutefois Gilles Guellier. Quant au président de la FDSEA, il perçoit Marc Fesneau comme « un pragmatique, qui n’a pas pris la grosse tête » et qui « n’hésitait pas à passer un coup de fil quand il voulait comprendre un dossier ».

Premier déplacement… à domicile

Cet attachement à son territoire a été confirmé par son premier déplacement de ministre de l’Agriculture, dans le département voisin du Cher, touché par la sécheresse printanière. Il y a expliqué que la « question de la souveraineté alimentaire » n’était pas « résolue », dans la lignée de son prédécesseur. Evoquant la guerre en Ukraine, le nouveau ministre a souligné que cette crise vient « rappeler qu’on a besoin de produire ». « Ce n’est pas chez nous que le problème va se poser là, mais parlons aux Egyptiens, à l’Algérie, à la Tunisie », qui peuvent se poser la question « de savoir s’ils vont pouvoir se nourrir », a-t-il ajouté, rappelant la nécessité d'« assurer la production et en même temps d’œuvrer en direction de l’environnement ».

Autant de déclarations qui collent, pour l’instant, avec la promesse de continuité que laissait présager son profil.

MR

 

Nomination de M. Fesneau : « scandaleuse », pour la Fondation Brigitte Bardot

Dans un communiqué du 24 mai, la Fondation Brigitte Bardot (FBB) qualifie de « scandaleuse » la nomination de Marc Fesneau au ministère de l’Agriculture, estimant que ce choix met « le bien-être animal sous la coupe d’un chasseur à l’arc ». « Désormais responsable de la protection animale en France, il pourra user de son pouvoir pour bloquer toute avancée en matière de condition animale », avance l’association. « Cette insulte et ce mépris pourraient être sanctionnés lors des prochaines élections législatives pour faire barrage à ce gouvernement », prévient la FBB, alors que M. Fesneau est candidat dans la 1re circonscription du Loir-et-Cher. L’association rappelle que Marc Fesneau « a été vice-président du groupe d’études "Chasse et pêche" à l’Assemblée nationale ». Député pendant l’élaboration de la loi Egalim 1, « il s’est fait remarquer par son rejet de toute amélioration de la condition animale », pointe la FBB (fin des cages pour les poules pondeuses et les lapins, vidéosurveillance dans les abattoirs, menus végétariens dans les cantines scolaires). Par ailleurs, de par sa nomination Rue de Varenne, « il devient, hélas, l’un des administrateurs [de la Fondation Brigitte Bardot] comme la loi l’exige », déplore l’association.