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Marc Halévy : « passage d’une notion de propriété à une notion d’usage de l’outil »

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« L’adaptabilité de votre entreprise est-elle toujours en accord avec la modification du monde qui vous entoure ? », interrogeait le physicien et philosophe Marc Halévy, lors de la dixième convention des Agroéquipements, le 8 avril. Il a donné des clefs pour comprendre les différentes ruptures qui caractérisent le monde d’aujourd’hui. Selon lui, "on passe d’une notion de propriété à une notion d’usage de l’outil".

« Révolution numérique », « pénurie des ressources écologiques », fin d’une « économie basée sur le prix le plus bas », développement des « ressources immatériels » (intelligence, créativité, innovation…) sont entre autres à l’origine d’un « changement de paradigme », a expliqué le physicien et philosophe Marc Halévy. Son intervention, le 8 avril, lors de la dixième Convention des agroéquipements, avait pour objectif de donner des éléments de compréhension à cette révolution que vivent les entreprises aujourd’hui, notamment dans le monde agricole. Le terme de « paradigme » correspond aux grandes valeurs qui ont organisé la société depuis plusieurs siècles, explique-t-il. Il cite pour exemple, la république, la laïcité, les droits de l’homme. « On imagine bien que la société antique ne fonctionnait pas sur les mêmes valeurs ! », s’exclame-t-il. Ainsi, les bases du paradigme actuel dateraient de la Renaissance. « Pour chaque civilisation, chinoise, romaine, indienne…, on a observé la même chose. Lorsqu’un paradigme n’est plus en phase avec son époque, il disparaît. Mais un nouveau apparaît pour prendre le relais », déclare-t-il, éclairé par le constat d’historiens.

Passage de la notion de propriété à celle d’usage

Pour autant, il existe une période où les deux paradigmes se côtoient. En effet, les institutions de pouvoirs « font tout pour préserver le monde d’hier », car elles en sont garantes. Il cite par exemple les freins à l’évolution de la fiscalité des entreprises. Et en parallèle, s’observent des modifications cruciales dans la société. « La révolution numérique à l’échelle de l’humanité a tout changé. Tout le monde a accès à un savoir phénoménal », via internet, explique-t-il. Cela entraîne également une révolution dans les liens entre générations au sein des familles et dans les entreprises puisque le savoir n’est plus transmis de manière descendante. D’un point de vue économique, « le passage d’une économie de masse et de prix à une économie intelligente et durable », s’observe également. « La nouvelle économie montre le passage d’une notion de propriété à une notion d’usage de l’outil » (location de matériel agricole entre agriculteurs, par exemple), complète Marc Halévy. « C’est la créativité qui va permettre d’augmenter la valeur d’usage », continue-t-il.

Changement du rôle du manager

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Marc Halévy note ainsi que « la valeur d’une entreprise n’est plus sa taille, mais son intelligence. Or, sur l’intelligence, pas d’économie d’échelle ! Pour sortir de l’ornière des prix bas, des marges rabotées, il faudra innover, créer de la valeur ». Il revient sur les problématiques de gestion des jeunes générations dans l’entreprise qui ne veulent pas « réussir dans la vie », mais « réussir leur vie » et surtout « trouver un sens » à leur travail. « Le rôle de manager » n’est plus d’ordonner, « mais de répondre à la question du pourquoi ». La qualité, l’innovation, la connaissance, seront donc les sources de développement des entreprises à l’avenir. À la fin de son intervention et à la suite d’un sondage dans la salle, près de 5 % des membres de la convention se sont dits « effrayés » par l’avenir, mais la majorité s’est dite « enthousiaste » et « curieuse ». Une intervention qui a repris finalement la majorité des thèmes abordés par les intervenants durant les deux jours de la convention.

D’ici à 5 ans, 68 % des agriculteurs prévoient d’investir dans du matériel, souvent « connecté »

Dans une étude révélée par Sylvie Bourcier de la société d’études marketing ADQuation, lors de la dixième Convention nationale des agroéquipements, le 8 avril, les 660 agriculteurs interrogés prévoient d’investir d’ici cinq ans dans du matériel (68 % d’intentions d’achat), des bâtiments agricoles (4 %) et des terres (39 %). L’équipement dans des systèmes électroniques de surveillance des troupeaux passerait de 22 à 42 % des élevages d’ici à 2020. Les robots de traite seraient présents dans 32 % des structures laitières contre 21 % aujourd’hui. Du côté des céréaliers, les stations météo connectées (27 % des exploitations en 2020), la télématique et le transfert de données entre les machines et le PC de l’exploitation (27 %) ainsi que les dispositifs de détection des besoins en fertilisation (22 %) seront les prochains investissements. Quant aux drones agricoles, moins de 5 % des agriculteurs envisagent d’en devenir propriétaires. La location de matériel sera également amenée à se développer puisque 14 % des agriculteurs interrogés se disent prêts à le faire entre agriculteurs (21 % chez leurs concessionnaires). Le tracteur (14 %), les remorques (7 %) et les outils de travail du sol et de semis (6 %) sont les outils que les agriculteurs interrogés se disent prêts à louer.