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Santé alimentaire Marc Mortureux, artisan du rapprochement Afssa-Afsset

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Le nouveau directeur général de l’Afssa (Agence de sécurité sanitaire des aliments) rendra un rapport sur le rapprochement avec l’Afsset (sécurité environnementale) mi-novembre. Ses consultations ont commencé le 2 novembre.

«Ce ne sera pas une absorption de l’Afsset par l’Afssa. Ce sera bel et bien une fusion. » En s’exprimant ainsi, le nouveau DG de l’Afssa, Marc Mortureux, montre toute la prudence avec laquelle il compte procéder à un regroupement voulu en juillet par la loi Hopital. « Il y aura des synergies, mais les cultures de chacune devront être préservées ».
La France veut développer la pratique des agences sanitaires, qui consiste à dissocier les phases d’évaluation du risque sanitaire de la phase de décision politique. C’est pour cela que l’Afssa et ensuite l’Afsset avaient été créées sur la base de services qui existaient déjà. Pour une approche plus globale des risques et pour mettre en commun des moyens, les deux agences vont être regroupées. Marc Mortureux a été chargé d’un rapport sur la préfiguration du futur ensemble. Un rapport qu’il remettra mi-novembre, expliquait-il à quelques journalistes le 13 octobre. Cet ancien DG adjoint de l’institut Pasteur multiplie les contacts depuis le 2 octobre. Pour lui, la logique du rapprochement est évidente : « Nous sommes dans une époque où toute atteinte à l’environnement est considérée comme une atteinte à la santé humaine », dit-il. Et puis, sur le plan de l’expertise, bien des sujets sont communs, comme l’eau par exemple. Les OGM pourraient également l’être sauf que l’expertise des OGM sur le plan environnemental est jusqu’à présent confiée au Haut Conseil des biotechnologies.

Prudence
La prudence de Marc Mortureux s’explique aussi par l’enjeu que représentent l’Afssa et l’Afsset dans le cadre des décisions publiques et à l’heure du principe de précaution. Rares sont les décisions gouvernementales qui ne sont pas précédées par une saisine de l’Afssa. Le cas des OGM l’a bien montré. Mais le gouvernement n’est pas lié par un avis de l’agence, comme l’a aussi montré le cas des autorisations d’OGM. Cependant, cela implique que les Comités d’experts spécialisés (CES), ces comités chargés d’élaborer les avis, fassent l’objet d’une très grande attention, notamment quant à leur indépendance. Marc Mortureux s’engage à être particulièrement rigoureux sur ce point. Il y a les procédures classiques (déclarations d’intérêt, retrait d’un expert s’il a un intérêt dans le dossier) mais depuis quelques temps, seuls les chercheurs du public sont invités à y participer. S’il n’y en a pas dans un domaine, le CES procède par audition. La rigueur de l’expertise ne suffit cependant pas. « L’évaluation scientifique ne suffit pas à créer le consensus », constate Marc Mortureux pour qui, prenant l’exemple des OGM, « il faut avant tout que chacun reste à sa place, dans son rôle ».

Etude sur le vin
Le nouveau DG de l’Afssa sait que son travail est politiquement et économiquement sensible. Il devra demain travailler (il « n’aime pas le mot de tutelle ») avec pas moins de cinq ministères : l’alimentation, la santé, la consommation, l’écologie et le travail. Et puis, les dossiers concernés touchent des intérêts économiques considérables. L’Afssa vient de lancer un dispositif d’alerte sur les effets des compléments alimentaires ; « et on réflechit à s’autosaisir sur la question du vin », dit-on à l’agence. On y remarque la foultitude d’études qui semblent conclure de manière divergente. « En fait, elles sont toutes justes mais abordent la question de façon différente. Il faudra sans doute une étude globale bénéfice-risque », affirme-t-on. Marc Mortureux sait que la société attend beaucoup de l’Afssa, et à fortiori de la future agence aliments-environnement. Son poste est sensible. Mais il peut être un beau tremplin : un des prédécesseurs de Marc Mortureux fut Martin Hirsch.

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