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Disparition Marcel Bruel, l’artisan d’une filière viande modernisée

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C’est un hommage unanime qui a été rendu à Marcel Bruel, décédé le 18 novembre à son domicile, en Aveyron. Cet orateur d’exception aura aussi été le bâtisseur d’une filière viande modernisée, tout en étant un des personnages centraux de la FNSEA. Né en 1922, ancien leader syndical dans les années soixante et soixante-dix, président de la Fédération nationale bovine (FNB), secrétaire général de la FNSEA, créateur de l’interprofession bovine et fondateur de grands groupes coopératifs comme la Sica Centre Sud et Socopa, Marcel Bruel était un orateur et entraîneur d’énergies exceptionnel.

Marcel Bruel fut, du temps de Michel Debatisse et de la « révolution silencieuse », l’un des artisans de l’agriculture moderne, pleinement intégrée dans les circuits économiques et créatrice des outils de transformation qui sont une des forces de l’élevage français.

« Déculotter Poujade »

Jeune syndicaliste dès la Libération, il fut du fameux congrès de la Mairie de Paris qui contribua à créer la FNSEA. Plus tard, ce fut lui qui s’opposa aux velléités de récupération du syndicalisme agricole de la part de Pierre Poujade, qu’il promit de « déculotter ». « C’est grâce à lui que la FNSEA n’a pas basculé dans le poujadisme », se souvient son confrère Marcel Deneux, qui présida la fédération des producteurs de lait (FNPL) lorsque Marcel Bruel était aux commandes de la FNB. L’Aveyronnais qu’il était avait même lancé quelques centaines de bovins dans les rues de Rodez pour impressionner les poujadistes.

D’origine modeste, Marcel Bruel avait été formé par la Jac (Jeunesses agricoles catholiques) comme d’autres personnalités qui ont fait le syndicalisme agricole : Michel Debatisse, Raymond Lacombe, André Cazals, André Laur… Il lui restera un humanisme et une foi dans le progrès que tous ceux qui l’ont connu se plaisent à souligner. Rapidement, il devait devenir un organisateur. « Il avait une farouche volonté pour organiser le marché de la viande », se souvient encore Marcel Deneux.

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Créateur de coopératives

Dans sa région, il impulsa la création d’outils coopératifs déterminants, sans toutefois en devenir le gestionnaire. Socopa, Sica Centre Sud, puis, au niveau national, Interbev, la première configuration de l’Office des viandes (Onibev) sont largement le fruit de son initiative. Mais c’était avant tout un « politique » et organisateur syndical, plus intéressé par la conception que par la gestion. De sensibilité plutôt à gauche, du moins au début de sa carrière, il fit appel à un homme résolument à gauche, Pierre Mazeran, (ancien directeur de l’Institut technique bovin) pour être directeur de la FNB et de la CNE (Confédération nationale de l’élevage). C’est ensemble qu’ils ont relancé les organisations syndicales de l’élevage. Pierre Mazeran devint plus tard membre du cabinet d’Édith Cresson puis directeur de l’Office des viandes.

Cette sensibilité n’empêcha pas Marcel Bruel d’être durablement séduit par les gaullistes, à commencer par Georges Pompidou et surtout par Jacques Chirac, jeune ministre de l’Agriculture à qui il lance un jour : « Vous êtes le Sully de l’agriculture ! » du nom de ce ministre d’Henri IV qui fut un des grands promoteurs de l’agriculture française. Il faut dire que le futur président de la République arrivait aux commandes de l’agriculture par une période de hausse exceptionnelle des prix de la viande. En tout cas, la formule restera.

Refus de la politique

« Marcel Bruel était un tribun formidable », se souvient Pierre Mazeran. De fait, il avait le sens de la formule choc, ajoutée à des discours qu’il n’écrivait pas lui-même (très rares sont les syndicalistes qui écrivent eux-mêmes leurs discours) mais qu’il savait rendre vivants, comme s’il les improvisait. Les témoins de cette époque ont encore en mémoire ces assemblées générales où Marcel Bruel enflammait les militants, non seulement en épinglant – sans excès – le pouvoir politique de l’époque, mais aussi en fixant des objectifs enthousiastes pour les éleveurs français. « Georges Pompidou aurait aimé qu’il se présente en 1967 », raconte encore Pierre Mazeran. Le président de la République le connaissait autant en voisin aveyronnais qu’en syndicaliste agricole. Mais Marcel Bruel, en dehors de sa mairie locale et contrairement à bon nombre de syndicalistes FNSEA (Michel Debatisse, Marcel Deneux, François Guillaume, Joseph Daul…) n’a pas voulu briguer de mandat électif. Son énergie, il la consacra à construire des organisations au service de l’élevage et des éleveurs.