Après 2003, voici un nouveau pas que vient de franchir l’Europe agricole en direction du marché. Les agriculteurs se rapprochent un peu plus, à leur corps défendant, d’une situation où ils seront en prise directe avec la concurrence et sans filet de sécurité. Les quotas laitiers vont être vidés de leur substance, l’intervention publique sur les grandes cultures est sérieusement amendée tandis que les aides directes seront presque toutes découplées de la quantité produite.
Cette évolution n’est pas une surprise et le mérite de Michel Barnier, dans la négociation du bilan de santé de la Pac, est d’avoir tempéré sa brutalité. Des sous seront dégagés pour aider les productions les plus fragiles, un bilan sera fait, pour, le cas échéant, donner une aide compensatoire aux producteurs de lait. De plus, une partie de l’intervention reste possible et la modulation (prélèvement) sur les aides Pac est moins forte que prévue initialement. Cela n’empêche pas certaines situations caricaturales comme dans le sucre où on garde une taxe à la production après avoir organisé un marché déficitaire pour l’Europe. On invite les producteurs, en somme, à aller parcourir le monde en plombant leurs semelles.
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Ceux qui voulaient encore croire – notamment depuis l’apparition de la crise financière mondiale – que les esprits européens reviendraient à une politique de régulation sont déçus. La très vive réaction des organisations agricoles s’explique ainsi. D’autant que, sur le terrain, tous les exploitants (producteurs de lait, de viande, de grandes cultures…) sont aux prises avec une baisse drastique des prix et des acheteurs qui exercent une pression parfois scandaleuse. Au fond, c’est comme si on leur disait que la situation d’aujourd’hui est faite pour durer. Il y a un an, avec les prix d’alors, ce bilan de santé aurait été jugé passable. Aujourd’hui, il est considéré comme une provocation.