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Marché laitier : incertitudes pour 2017

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La production laitière européenne continue de reculer mais devrait repartir prochainement à la hausse. Les prix des produits laitiers remontent mais rien ne dit que cette tendance va se poursuivre. Lors de sa dernière réunion, l’Observatoire européen du marché laitier a fait un constat mi-figue mi-raisin de la situation du secteur. Pour les organisations agricoles EMB et Via Campesina, l’UE doit proposer de nouveaux outils de régulation afin de faire face à la volatilité.

Dans son rapport faisant suite à sa réunion du 28 mars, l’Observatoire européen du marché laitier se montre prudent. « L’équilibre du marché mondial semble incertain avec la reprise de la production aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, et une progression de la demande plutôt modeste », conclut-il. Autres éléments d’incertitude : l’écart de prix sans précédent entre les graisses et les protéines et l’évolution à la baisse depuis le début de l’année des prix de la poudre de lait écrémé malgré son poids limité dans la production de l’UE (moins de 10 %).

Si les prix des produits laitiers de l’UE sont généralement en baisse depuis le début de l’année, ils se maintiennent toujours à des niveaux bien supérieurs à ce qu’ils étaient il y a un an (+ 76 % pour la poudre de lactosérum, + 57 % pour le beurre, + 41 % pour la poudre de lait entier, + 11 % pour la poudre de lait écrémé et + 30 à 40 % pour les fromages).

La réduction de la collecte de lait s’est poursuivie en janvier de 2,4 %, et les chiffres provisoires pour février confirment la tendance, avec de fortes diminutions dans les principaux États membres producteurs. Conséquence : les prix moyens du lait à la ferme ont atteint 334 €/100 kg en janvier avec une nouvelle augmentation attendue en février. Au total, le prix du lait se situe environ 31 % au-dessus de son niveau de juillet, atteignant la moyenne des cinq dernières années.

Pour la suite de 2017, « compte tenu de la situation du troupeau et des autres facteurs du marché, une augmentation de 0,6 % de la collecte de lait de l’UE peut être attendue sur l’année, la plupart de la hausse étant attendue au second semestre ».

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Mesures de régulation

Une fois n’est pas coutume, l’European Milk Board (EMB), qui tenait le 30 mars son assemblée générale, a salué l’efficacité du programme de réduction volontaire des volumes de lait qui a « fait ses preuves » et a eu « un effet direct sur le prix de lait ». Toutefois, prévient l’EMB, « certes, les prix se sont améliorés, mais la reprise pourrait être de courte durée si un mécanisme de crise global n’est pas mis en place ». L’organisation demande donc que « la renonciation volontaire aux livraisons […] devienne un instrument régulier et joue un rôle essentiel dans le secteur tout comme le plafonnement des volumes ».

Moins d’enthousiasme du côté de Via Campesina qui constate que « deux ans après l’annonce concrétisant la suppression du régime des quotas laitiers le 31 mars 2015, aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon ». L’organisation paysanne regrette que les réponses proposées aux crises du marché « reposent sur l’initiative individuelle, comme les réductions volontaires, l’indication facultative de l’origine du lait et des mesures de soutien nationales » alors que sur « le marché unique, l’impact positif de ces initiatives est extrêmement limité ». Via Campesina plaide donc pour le rétablissement d’un instrument public de régulation de la production pour limiter le développement des grandes fermes et freiner la destruction du modèle de production européen.