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Marchés agricoles : Bruxelles reste vigilante

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La reprise du marché laitier reste fragile, admet la Commission européenne. Et l’évolution des autres secteurs d’élevage est incertaine. Le commissaire européen Phil Hogan a fait le point le 23 janvier avec les ministres de l’agriculture de l’UE sur la situation des marchés agricoles. Il estime que les mesures prises en 2016 pour lutter contre la crise ont été efficaces mais qu’il faut rester prudent. Les États membres ont soutenu l’idée de prolonger – voire d’étendre – les mesures du Paquet lait au-delà de 2020.

Une cinquantaine de producteurs de l’European Milk Board (EMB) ont pulvérisé une tonne environ de poudre de lait – à l’aide d’un gros ventilateur – le 23 janvier devant le bâtiment du Conseil à Bruxelles alors qu’à l’intérieur, les ministres de l’agriculture des Vingt-huit s’apprêtaient à avoir une discussion sur la situation du marché laitier et la suite à donner au Paquet lait. L’EMB s’oppose à la mise en vente des stocks publics d’intervention et demande que les mesures de réduction volontaires de la production laitière mises en place à l’automne pour faire face à la crise soient pérennisées. Un autre syndicat minoritaire, la coordination Via Campesina, a soutenu la manifestation.

Mais à la sortie de ce premier Conseil agricole sous présidence maltaise, Phil Hogan a indiqué qu’il ne comprenait pas vraiment cette manifestation puisque les prix ont augmenté en moyenne de 25 % depuis le mois d’août et que la Commission ne brade pas ses stocks de poudre de lait en refusant – une nouvelle fois le 19 janvier – les offres qui lui sont soumises, les considérant comme trop basses. Le commissaire européen à l'agriculture a reconnu que la reprise restait fragile mais s’est voulu « optimiste pour les mois à venir », prévenant quand même qu’il faudrait rester vigilant notamment vis-à-vis du pic de production printanier.

Soutien à l’extension du Paquet lait

Entre janvier et novembre 2016, la production européenne a reculé de 0,7 % (-3,8 % sur le seul mois de novembre). La Commission européenne a lancé depuis le mois de décembre trois appels d’offres portant sur 22 000 tonnes de poudre de lait écrémé mais seules 40 t ont trouvé preneur pour le moment (lors du premier appel), Bruxelles jugeant les prix d’achat proposés trop faibles par rapport aux cours du marché. Prochaine échéance : le 7 février. « Je peux vous assurer que la Commission continuera à étudier les offres qu’elle reçoit de manière prudente, en étroite coopération avec les États membres, afin d’éviter toute perturbation du marché », a assuré Phil Hogan.

Les ministres de l’agriculture des Vingt-huit ont également eu un échange de vues sur l’avenir du Paquet lait entré en vigueur en 2012 sur la base d’un rapport de la Commission (1). Une majorité d’États membres a soutenu une extension de ces règles au-delà de 2020. La France a demandé que celles-ci soient étendues à tous les secteurs, en particulier les dispositions portant sur les négociations collectives. Le Danemark et la Suède pourraient accepter cette extension des règles, à condition que celles-ci restent volontaires. Et l’Allemagne a souligné que le Paquet lait, malgré de bons résultats, n’a pas empêché la crise dans le secteur.

Épidémies et quotas

La vigilance est aussi de mise sur les autres secteurs de l’élevage. Sur la viande bovine, le commissaire européen a indiqué que les prix s’étaient redressés à la fin de l’année dernière et affichaient une plus grande stabilité. « Les exportations sont dynamiques mais l’évolution du marché à court terme reste incertaine en raison de la baisse de la consommation en Europe du Sud et de l’augmentation de l’offre », a-t-il néanmoins précisé. Pour le porc et la volaille, les inquiétudes viennent surtout des flambées de peste porcine africaine et de grippe aviaire qui pourraient avoir un impact négatif sur le marché.

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Phil Hogan a également rappelé que 2017 serait une année très importante pour le secteur du sucre avec l’abolition des quotas dans huit mois seulement (2).

Coup de pouce au secteur ovin

Enfin, le commissaire européen a détaillé la façon dont pourraient être mises en œuvre les recommandations du groupe de travail sur le secteur ovin qui lui ont été rendues au mois d’octobre (3). Si la mise en place d’un paiement environnemental spécifique reconnaissant les systèmes herbagers attendra la prochaine réforme de la Pac, certaines des mesures proposées dans le rapport seront financées en 2017 ou 2018. « J’ai l’intention de veiller à ce qu’un budget spécifique soit affecté à des mesures visant les ovins dans le prochain programme de travail annuel de la Commission pour 2018 », a annoncé Phil Hogan. D’ici là, le secteur pourra profiter du programme de promotion doté d’un budget de 133 millions €. Sur le marché intérieur, le secteur de la viande ovine peut bénéficier de la rubrique « Systèmes de qualité », pour laquelle 27 millions € sont disponibles, ainsi que de celle plus générale mettant en avant les spécificités des produits de l’UE, dont le budget est de 23 millions €. Enfin, a précisé le commissaire européen, « étant donné le rôle que peut jouer le secteur de la viande ovine dans la gestion durable des terres et la préservation de la biodiversité, c’est un candidat parfait pour demander un soutien dans le cadre du nouveau budget de 15 millions € disponible pour la sensibilisation à l’agriculture durable de l’UE ».

(1) Voir n° 3571 du 28/11/2016

(2) Voir n° 3565 du 17/10/2016

(3) Voir n° 3566 du 24/10/2016