La guerre en Ukraine entraîne une hausse inédite des prix des grains. Des voix s’élèvent, comme à FranceAgriMer et InVivo, pour relancer la production européenne.
Les records tombent tous les jours : depuis la guerre entre la Russie et l’Ukraine, les cours des grains atteignent des sommets, Euronext clôturant le 2 mars à 361 €/t en blé, 355 €/t en maïs, 803,75 €/t en colza. Et pour cause, les ports de la mer Noire sont à l’arrêt dans ces deux pays, qui pèsent 30 % des exportations mondiales de blé et orge, 79 % en huile de tournesol. Ce conflit redistribue les cartes. « On commence à observer des défauts sur des contrats pour cause de force majeure » liées au conflit armé, souligne Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre à FranceAgriMer. De tels cas risquent de se multiplier. « Les principaux importateurs devront se rabattre sur d’autres origines », anticipe-t-il. Et que penser de la prochaine récolte ? « On voit mal, dans le contexte actuel, les agriculteurs ukrainiens être en mesure de semer leurs cultures de printemps, au premier rang desquelles le maïs », pointe la société Agritel. Une situation qui touche aussi les semenciers, avec parmi eux des entreprises françaises comme Euralis, Maïsadour, Limagrain qui ont fermé leurs usines dans le pays.
Appel à « libérer le potentiel » de l’UE
Thierry Blandinières, le directeur général d’InVivo, a appelé le 2 mars à « libérer le potentiel » de production céréalière de l’UE, pour compenser le retrait de l’Ukraine. « Il faut libérer le potentiel de production de la ferme européenne », a-t-il dit en conférence de presse. Cela passe par deux mesures « à court terme ». D’une part, l’UE doit produire plus, dès la prochaine campagne, selon lui. L’idée est de pallier une future récolte de grains en Ukraine réduite de moitié, hypothèse « optimiste » : pour le blé, le volume en moins correspond aux 20 Mt qu’exporte habituellement le pays, soit un effort de production supplémentaire de 10 à 15 % pour l’Europe en récupérant des terres en jachères. D’autre part, le patron d’InVivo juge nécessaire de caper, « pendant un à deux ans », le prix des engrais azotés, en forte inflation. Invivo est implanté en Ukraine et en Russie, depuis le rachat de Soufflet en décembre.
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La guerre en Ukraine montre la nécessité pour la France et l’UE de « redevenir une puissance agricole et agroalimentaire forte », a déclaré le 28 février Jean-François Loiseau, président de la commission thématique International de FranceAgriMer. « Il faut réarmer nos filières », selon lui, face à des soucis d’approvisionnement liés au conflit en mer Noire. Cet appel à une « réindustrialisation du complexe agricole et agroalimentaire » est aussi motivé par un recul « depuis vingt ans » de nos parts de marché à l’international, argumente Jean-François Loiseau, par ailleurs à la tête d’Intercéréales (interprofession).