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Résultats/Vins et spiritueux Marchés émergents et marques premium moteurs de la croissance de Pernod-Ricard et Diageo

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Les deux géants mondiaux des vins et spiritueux ont tous deux connu un exercice 2013 faste, affichant des croissances solides, affectées par la crise de la consommation dans les pays de la vieille Europe, mais que vient compenser le dynamisme des ventes dans les pays émergents ou aux États-Unis. La stratégie privilégiant les marques haut de gamme semble également porter ses fruits.

Mission accomplie, tel était en substance le message qu’a voulu faire passer Pierre Pringuet, vice-président et directeur général de Pernod Ricard, lors de la présentation des résultats de son groupe pour l’exercice allant à fin juin 2013. Le chiffre d’affaires annuel progresse de 4%, avec une croissance interne de 4%, soit 319 millions d’euros (M€), un effet périmètre défavorable de 70 M€ lié à des cessions mais un effet positif des changes de 110 M€. « En dépit d’un environnement moins porteur que l’année précédente, nous avons atteint notre objectif de croissance», a estimé le dirigeant. Le résultat opérationnel courant s’élève à 2 230 M€, en augmentation de 6%, une performance conforme aux attentes du groupe. La marge opérationnelle affiche sa meilleure progression (+42 points de base) depuis trois ans pour deux raisons principales, selon le groupe. Tout d’abord, la poursuite de la stratégie de premiumisation améliore la marge brute. Les marques dites du Top 14 ont une croissance de 5%, supérieure à la moyenne du portefeuille. Les marques premium renforcent ainsi leur poids dans le chiffre d’affaires qui passe de 73 à 75%. S’agissant des marques, le cognac Martell est resté en 2012-2013 la marque leader avec une croissance interne du chiffre d’affaires bien supérieure à 10% (15%). Le whisky Jameson enregistre quant à lui une « excellente performance » (+17%), lui permettant de devenir la 2e marque contributrice de la croissance du groupe. Les scotches en revanche ont ralenti le rythme, notamment Ballantine’s (-6%) qui a souffert sur le marché espagnol. Ricard, Malibu et le champagne Mumm ressortent également en baisse.
 
Un essoufflement de la Chine pour le groupe français
L’Asie/Reste du monde demeure la première zone de vente avec 40% du total et une croissance de 8%, malgré un ralentissement sur l’exercice précédent. Cela est notamment vrai pour la Chine qui voit sa progression de 9% marquer nettement le pas face aux 25% de l’année précédente. Sur le seul 4e trimestre, les ventes ont même reculé de 3%. Pour 2013-2014, le groupe prévient que ce marché devrait rester dans le rouge au premier semestre en raison d’une base de comparaison « très défavorable » avant une amélioration au second semestre, à partir du prochain Nouvel An chinois. L’Inde demeure dynamique grâce aux whiskies. L’Amérique (27%) progresse en particulier grâce aux États-Unis qui gagnent 8%, compensant les difficultés du Brésil. L’Europe de l’Est avec 11% de progression est poussée par la Russie (+16%) principal contributeur. L’Europe de l’ouest est le maillon faible, avec un recul de 3%, principalement imputable au sud du continent (-7% en Espagne). La France qui représente 7% des ventes accuse une baisse de 7%, dans un contexte de récession, de météo défavorable et d’alourdissement des taxes. Les marques premiums s’en tirent toutefois mieux. Pour l’avenir, Pernod Ricard anticipe une croissance toujours soutenue, mais à un rythme moins élevé dans les pays émergents, une bonne croissance aux États-Unis et une situation toujours difficile en Europe de l’Ouest, mais en léger mieux. Le groupe se dit prêt à saisir « toutes opportunités de croissance », y compris des acquisitions « ciblées, de préférence aux États-Unis ou dans les pays émergents », même si la priorité reste la croissance interne. La situation financière le lui permet, le groupe ayant significativement réduit sa dette de 635 M€ à 8 727 M€ fin juin.
 
Les résultats de Diageo dopés par les pays émergents
Le groupe britannique Diageo ne cache pas non plus sa satisfaction au vu des résultats publiés fin juillet. Son chiffre d’affaires a progressé de 6% à 11,433 milliards £, soit 13,4 milliards € (Md€), et son bénéfice opérationnel de 9% à 3,431 Md £. Le résultat opérationnel progresse de 9% et le résultat net de 28% à 2,485 Md £ (environ 2,8 Md €). « Ces résultats reflètent les forces de Diageo qui a enregistré une croissance de 5% (en Amérique du Nord) reflétant la force de son activité de spiritueux aux Etats-Unis et une croissance à deux chiffres dans les marchés émergents », a commenté le nouveau directeur général du groupe, Ivan Menezes, qui a remplacé Paul Walsh le 1er juillet, cité dans le communiqué du groupe. Diageo dégage désormais 42% de son chiffre d’affaires dans les pays émergents et a pour ambition d’arriver à 50% en 2015. Le groupe a pour cela multiplié les acquisitions récemment, en devenant notamment l’actionnaire principal de l’indien USL et en montant à 100% de sa coentreprise chinoise SJF Holdco.
À la croissance des ventes, s’est ajouté un effet prix très favorable et une réduction des coûts de production qui ont conforté les marges opérationnelles, se félicite Diageo. Les marques stratégiques du groupe ont connu de remarquables performances. Les whiskies ont connu pour la plupart des croissances à deux chiffres : Crown Royal (17%), Johnny Walker (10%), Buchanan’s (26%), JεB connaissant pour sa part une baisse de 17%. Au total, ce segment progresse de 9%, et représente 36% des ventes mais contribue pour 68% de la croissance totale du groupe. Les vodkas qui pèsent pour 12% des ventes ont gagné 5%. La bière, un des produits phares avec la Guinness, a progressé de seulement 2% et représente 21% du chiffre d’affaires total. Ce marché a été pénalisé par une baisse de 2% en Europe de l’Ouest, compensée en partie par les pays émergents (+6%). Les vins qui pèsent pour 4% des ventes ont reculé de 7% en Europe de l’Ouest mais gagné 4% aux États-Unis. Les ventes globales réalisées par le groupe en France ont chuté de 8%, avec une baisse de 15% pour JεB, en raison des hausses des taxes et de l’agressivité commerciale de la concurrence, explique Diageo. Pour l’avenir, Ivan Menezes a confirmé dans un entretien à la BBC, vouloir poursuivre sa politique de développement des marques premium et des whiskys écossais, estimant que les consommateurs « cherchent de plus en plus à boire des produits de qualité ce qui permettra d’améliorer encore les marges bénéficiaires du groupe ».

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