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Marchés Marchés financiers dérivés de l’agriculture : la régulation peine à voir le jour

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Envisagée dès 2009 par un G20, la régulation des marchés financiers dérivés de l’agriculture peine à voir le jour. Une rencontre organisée par l’association Pluriagri le 13 novembre a également montré que les professionnels et opérateurs restent dubitatifs. Il y a plus de questions posées que de réponses apportées. Une inquiétude partagée : que la régulation des marchés dérivés vienne handicaper le fonctionnement des marchés physiques.

La régulation des marchés financiers dérivés des marchés agricoles verra-t-elle bientôt le jour ? Rien n’est moins certain si l’on en croit les interrogations encore nombreuses des professionnels et opérateurs du monde agricole. C’est bien ce qu’a révélé une rencontre, le 13 novembre, organisée par l’association Pluriagri, sous la houlette de son directeur Jean-Christophe Debar.
Rappel historique : après l’affolement des marchés agricoles en 2007-2008, né de décisions étatiques (notamment le blocage de ses exportations par la Russie) amplifiées par la spéculation, le G20 de Pittsburgh (2009), confirmé par celui de Cannes (2011) jette les bases d’une régulation des marchés financiers dérivés de ceux des produits agricoles. En même temps, un débat mondial fait surface concernant la « financiarisation » des marchés agricoles. Les marchés à terme, originellement utilisés comme contrepartie des marchés physiques, ont attiré des capitaux financiers et fini, selon bon nombre d’analystes, par amplifier la volatilité naturelle des marchés agricoles.
 
Régulation européenne
À son tour, l’Union européenne envisage une « nouvelle architecture », selon les termes de Frédéric Courleux, économiste au Centre d’Etudes et de Prospective, des outils de régulation. Plusieurs directives sont annoncées : l’une sur les marchés de gré à gré (dénommée « Emir »), une autre sur les contrôles de délit d’initié (MAD), une troisième sur les places de marché et les conditions d’accès aux sociétés d’investissement (Mifid).
Un dispositif à venir qui doit réguler ces activités sur « six couches », comme l’explique Wayne Smith conseiller technique à l’autorité des marches financiers (AMF) : 1. La définition des instruments financiers. 2. Quelles seront les entités financières régulées ? 3. Quelles seront les règles en matière de compensation et de déclaration des transactions ? 4. Quelle transparence pour les marchés ? 5. Quelles seront les règles appliquées aux limites de position ? 6. Quel sera le rôle du régulateur en matière de surveillance et de contrôle des pratiques ?
Autant dire que tout, ou presque, est encore à faire. Non sans susciter des inquiétudes ou scepticismes de la part des opérateurs ou de leurs représentants. Jeanine Busserole, de chez Sigma Terme (société de courtage et négoce filiale d’InVivo) mettait en garde, le 13 novembre, contre une définition irréaliste de ce qu’est une information privilégiée pour les opérateurs sur les marchés physiques. Ceux-ci, créateurs d’échanges physiques ne sont-ils pas par définition à l’origine des informations de marché ? Alors faut-il les surveiller et sanctionner comme on sanctionne un investisseur financier ? Dans le même esprit, Anne-Laure Paumiers, chargée du suivi des marchés chez Coop de France, insiste pour qu’on évite de qualifier les opérations des coopératives comme des opérations financières.
 
Distinguer le financier du physique
Toute la question est en effet de bien distinguer les investisseurs financiers des opérateurs du marché physique. Et éviter que la règlementation des premiers vienne perturber le travail des seconds. Notamment pour la définition des limites de position (limites imposées à un opérateur pour ses prises de position sur les marchés financiers).
Une distinction des genres qui n’empêche pas les uns d’avoir besoin des autres. « On vit très bien avec la volatilité », lance Emmanuel Jayet, chargé de la recherche chez SucDen. « J’ai besoin des financiers », insistait Jeanine Busserolle. En regrettant d’ailleurs qu’on « ne trouve pas de contrepartie pour des petits volumes » qui sont ceux plus fréquemment usités en France. Paris n’est pas Chicago. Et Anne-Laure Paumiers d’insister sur le fait que « les marchés financiers doivent bien refléter les prix des marchés physiques ».
En clair, présentée en un temps comme une nécessité absolue, la régulation des marchés dérivés va prendre bien du temps et susciter bien… des réserves.

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