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Présidence française de l’UE Mariann Fischer Boel juge prématuré un débat sur l’après-2013

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, a jugé la commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, au cours d’un entretien avec le bureau européen d’Agra organisé à quelques jours du début de la présidence française de l’UE. Selon la commissaire, qui, ces deux derniers mois, dit , de la France doit être de parvenir à un accord sur le bilan de santé de la Pac . A propos de la crise alimentaire, la commissaire estime qu’elle est en Europe et que

L’agenda du prochain semestre « fait partie des prérogatives de la présidence française de l’UE », a concédé, le 13 juin, la commissaire européenne à l’agriculture, lors d’une rencontre avec le bureau européen d’Agra. Il n’en reste pas moins que, pour Mariann Fischer Boel, tous les efforts de la France et de son ministre de l’agriculture, Michel Barnier, doivent être portés sur la négociation du bilan de santé. Pour l’après-2013, les services de la Commission de Bruxelles se livrent à « un brainstorming interne », a-t-elle reconnu en soulignant toutefois que « ce n’est pas un sujet » pour la fin de son mandat qui s’achève à l’été 2009. La réflexion à long terme sur la politique agricole sera portée par « la prochaine Commission ».

Dans l’immédiat, la commissaire a insisté sur le fait que « la crise alimentaire ne change en rien le bilan de santé », réfutant toute nécessité de revoir à la baisse ses ambitions de libéralisation des outils de gestion de marchés. D’ailleurs, « il n’y a pas de crise alimentaire en Europe. Une crise se caractérise par une pénurie de denrées comme c’est le cas dans certains pays pauvres », a-t-elle fait remarquer. Les mécanismes d’intervention constituent « un frein » pour les marchés, a-t-elle défendu, en faisant référence à la suppression de l’intervention pour le seigle décidée en 2003 et qui a permis de libérer le cours de cette céréale.

Quotas laitiers : « Les vaches ne sont pas des machines »

En ce qui concerne l’augmentation des quotas laitiers, Mme Fischer Boel a souligné qu’elle « avait l’impression qu’une large majorité d’Etats membres était d’accord avec cette décision » et qu’en y regardant de près, « l’augmentation de 2 % des quotas d’avril dernier n’a pas encore fait sentir ses effets sur la production ». « Les vaches ne sont pas des machines avec un robinet que l’on peut ouvrir pour faire couler davantage de lait », a-t-elle ironisé, justifiant ainsi « une nécessaire période d’adaptation » avant la fin des quotas. Les producteurs de lait grévistes en Allemagne ont, selon elle, été « surpris par les baisses de prix décrétées par la grande distribution à bas prix qui s’est servie de la hausse de 2 % des quotas pour mettre les prix sous pression (…). Il est crucial que les producteurs et leurs coopératives ne soient pas divisés par les cinq ou six personnes qui décident dans la grande distribution en Europe ».

Mme Fischer Boel a aussi « clairement exclu » l’option d’une réduction de la fiscalité sur le carburant pour venir en aide aux secteurs mis en difficulté par la hausse des prix du pétrole. En revanche, dans le cadre du bilan de santé de la Pac, une partie des nouveaux crédits transférés des aides directes vers le développement rural (modulation) pourrait, selon elle, servir à des « investissements visant à réduire la consommation d’énergie du secteur agricole ». « C’est un argument qui plaide en faveur des 8 % de modulation supplémentaires » proposés, a-t-elle relevé.

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Accord à l’OMC : « Je ne mettrais pas ma main à couper »

A propos de son projet d’utiliser les crédits non dépensés de la Pac pour venir en aide aux agricultures des pays en voie de développement, Mariann Fischer Boel a constaté que « les ministres ont été surpris », par cette idée pour expliquer leurs réticences. « Je pense encore que c’est une bonne idée, mais c’est l’argent des Etats membres », a-t-elle indiqué, en laissant entendre que, s’il n’y avait pas d’accord rapide des chefs d’Etat et de gouvernement pour concrétiser ce projet, celui-ci resterait lettre morte. De même, sur les négociations de l’OMC, la commissaire s’est montrée très réservée, expliquant qu’elle « ne mettrait pas sa main à couper » sur les chances d’un accord dans les prochaines semaines. Toutefois, si un consensus se dessine, « nous le verrons avant le début de la présidence française ou durant les premiers jours de celle-ci », a-t-elle assuré.

La commissaire européenne est aussi revenue sur la question des OGM. « Il est désespérément nécessaire de trouver une solution », a-t-elle confié. Selon elle, des seuils de tolérance sont « nécessaires », « la tolérance zéro entraîne une augmentation des prix », en particulier pour « le soja pour lequel nous sommes largement dépendants ». Faute de solution, « les producteurs de viande européens seront moins compétitifs » que leurs concurrents dans le monde, a-t-elle mis en garde.

Distribution de fruits, Traité : « Donner un visage plus humain à la Pac »

Par ailleurs, Mariann Fischer Boel a évoqué le programme de distribution gratuite de fruits dans les écoles. Il ne s’agit « ni de procédures pour absorber les surplus de production ni de nourrir les jeunes écoliers », a-t-elle insisté, soulignant que la récente réforme du secteur avait assaini le marché. Ce programme de 90 millions d’euros va permettre « d’inculquer aux jeunes de bonnes habitudes alimentaires » et de « donner un visage plus humain à la politique agricole européenne ». Un rapprochement entre l’Union et les citoyens qui paraît encore plus urgent après le « non » irlandais du 12 juin au Traité de Lisbonne. Du fait de ce « non » irlandais, il n’y aura « probablement pas de codécision le 1 er janvier 2009 » , c’est-à-dire pas de compétences accrues, à cette date, du Parlement européen dans le domaine agricole, a commenté Mariann Fischer Boel. Ce qui théoriquement relâche quelque peu la pression sur les négociations du bilan de santé étant donné que, selon la commissaire, faute d’accord avant l’extension aux dossiers agricoles de la codécision, les discussions auraient été retardées de « deux ou trois ans ».