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Marine le Pen : « Le patriotisme alimentaire, l’un des grands axes de notre projet »

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Entre sortie de l’Europe, retour du franc et d’une politique agricole française, Marine Le Pen, présidente du Front national, expose son programme. Elle revendique un retour des négociations de prix en interprofession en lien avec la distribution des aides à la production.

Dans quelle mesure votre projet permet-il de soutenir l’agriculture française ?

Il faut tout d’abord préciser le contexte général de notre projet, marqué par un axe extrêmement clair qui est la révolution de la proximité. Cette révolution comprend le renforcement des communes et des départements, et donc une modification institutionnelle avec notamment la suppression des intercommunalités et des conseils régionaux, et le retour à une proximité démocratique. Dans ce cadre, on trouve évidemment des mesures qui touchent à l’agriculture et à la ruralité.

Vous défendez notamment le patriotisme économique, au sein d’une France sortie de l’Union européenne ?

Le patriotisme alimentaire est un des grands axes de notre projet, avec la priorité de la production française dans les appels d’offres des collectivités, ce qui est aujourd’hui interdit par l’Union européenne. Je note d’ailleurs que beaucoup de nos concurrents parlent de patriotisme économique sans jamais remettre en cause la question de l’Union européenne… Ce patriotisme alimentaire s’appuie aussi sur la coopération avec les consommateurs, qui aujourd’hui n’est pas possible car la transparence n’est pas suffisante sur les produits. Nous souhaitons la mise en place d’un étiquetage obligatoire pour toutes les denrées commercialisées en France, indiquant le ou les pays d’origine et de transformation. Enfin, il est indispensable de lutter contre le dumping, problème majeur auquel sont confrontés les agriculteurs. On ne peut pas autoriser l’importation en France de productions qui ne respectent pas les normes imposées à nos propres producteurs.

Pour les producteurs, les relations commerciales inéquitables sont également une explication à la faiblesse de leurs revenus. Que proposez-vous à ce sujet ?

Vous savez je suis un adversaire résolu des abus et des excès de la grande distribution. On s’aperçoit que tout a été fait, ces dernières années, non pour contrer ces dérives, mais pour les autoriser et même leur permettre de se développer dans de multiples domaines. C’était le cas, par exemple, de la Loi de modernisation de l’économie (LME), tellement marquée du sceau de la complicité avec la grande distribution. Une de mes idées serait de mettre en place un coefficient multiplicateur et de l’appliquer sur les produits alimentaires afin de fixer une marge à la grande distribution. On éviterait ainsi de laisser le petit Poucet qu’est le producteur face au géant de la distribution. Aujourd’hui, on nous explique qu’il y a toute une série de lois que les petits producteurs peuvent utiliser à l’égard de la grande distribution. Ils peuvent l’utiliser certes mais ce sera la dernière fois de leur vie car après ils seront morts. La grande distribution les tue.

Pourtant la contractualisation et les organisations de producteurs sont des outils pour changer les rapports de force ?

La contractualisation, on voit bien que c’est un désastre. Elle a officialisé la loi du plus fort, justement celle de ces multinationales de la distribution et de l’agro-alimentaire au détriment des agriculteurs qui n’ont pas le droit de s’organiser de manière efficace pour percer dans les négociations de prix. Nous, on souhaite une négociation de prix et de volume par filière entre producteurs, transformateurs et distributeurs. C’est la fameuse négociation tri-partite à laquelle nous sommes attachés, notamment au sein des interprofessions. L’État, présent dans ces négociations, sera garant de la transparence.

Quel avenir donnez-vous alors aux aides de la Pac ?

Notre analyse c’est que la Pac et particulièrement la Pac 2014-2020 ne remplit plus aucun de ses objectifs. La fin des mesures de régulation des prix et des volumes, la diminution des aides directes aux agriculteurs, le découplage des aides, on a vu ce que cela a donné ! D’où l’idée de transformer la Pac en Paf (Politique agricole française). Nous souhaitons maintenir le niveau des aides parce que nous considérons que la situation de l’agriculture en France est la conséquence d’erreurs politiques manifeste et qu’il n’y a aucune raison pour que ce soit les agriculteurs seuls qui en payent le prix. Mais il faut évidemment que ces aides contribuent à l’équilibre des filières, au maintien d’un prix correct pour le consommateur mais aussi d’un revenu correct pour l’agriculteur. Moi je crois beaucoup à la différenciation des filières. Nous réfléchissons aussi à mettre en place un système de stockage par l’État afin de faire face aux crises de surproduction.

Votre programme est très protectionniste alors que la France exporte aussi beaucoup ?

Le protectionnisme pour lequel on plaide est un protectionnisme intelligent encore plus en matière agricole car il préserve la sécurité et la qualité du produit qui sont aussi des atouts primordiaux à l’export. On ne nie pas la mondialisation en elle-même. On nie le mondialisme, soit l’idéologie qui consiste à refuser toute régulation de la mondialisation. Je reviens à l’idée de l’État stratège. Je reviens à l’idée que la souveraineté alimentaire d’un pays, du peuple, est un élément essentiel de notre indépendance et de notre bien-être. Et l’État stratège à son rôle à jouer, y compris dans la reconstitution des éléments d’une filière. De plus, produire au plus près et retraiter sur place, c’est aussi notre vision de l’écologie.

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Quel modèle agricole revendiquez-vous ?

Moi je suis la candidate de la défense du modèle agricole familiale français. Voilà. Pas des gros. Les gros ont profité de la Pac, de l’Europe et de la mondialisation pour se développer. Le modèle agricole français, on le connaît, c’est le modèle familial. J’ai fait une conférence sur la France durable dans laquelle j’ai développé l’idée que, dans cette espèce de course folle au bas de gamme qui pousse au gigantisme des structures et à l’absorption des structures familiales, on est perdant dans tous les domaines. L’agriculteur doit rester libre de ses investissements et de ses choix de production.

La FNSEA est très présente dans le paysage agricole français. On évoque encore la co-gestion. Quel est votre regard sur ce syndicat ?

La FNSEA porte une responsabilité gigantesque. Elle s’est fait le bras armé de toutes les politiques de dérégulation, d’écrasement des prix, d’assassinat programmé de l’agriculture et de libre-échange total. Enfin, la direction de la FNSEA. Mais une grande partie de cette direction est du bon côté du manche. On voit bien qu’il y a là un découplage total entre la base et la direction de ce syndicat. C’est comme le MEDEF pour la situation économique du pays.

Je suis éleveur. J’ai des problèmes de trésoreries. Je vote pour vous, votre projet. Demain, vais-je toucher mes aides rapidement ?

Des choses sont immédiatement possibles pour jouer sur le marché comme modifier les appels d’offres des collectivités ou obliger à l’étiquetage de l’origine des produits. Le volant social du projet est aussi important. Le système des DPU peut être maintenu le temps de négocier avec les filières un système d’aide vraiment intelligent et performant.

Y a-t-il dans votre programme un volet en faveur des TPE et PME, qui constituent d’ailleurs l’essentiel du secteur agricole ?

Dans le même état d’esprit qui anime notre projet, l’accompagnement des TPE et des PME fait partie du plan de réindustrialisation de la France. À l’image de l’agriculture et de l’agroalimentaire aujourd’hui, tout est fait pour une poignée de géants. Nous voulons rééquilibrer les soutiens en faveur des petites entreprises, en allégeant la complexité administrative et fiscale qui les étrangle, abaisser les charges sociales, libérer l’accès au crédit…

Quel projet portez-vous concernant les territoires ruraux qui se sentent parfois oubliés par les politiques publiques ?

Je veux garantir l’accès aux services publics pour tous sur l’ensemble du territoire français, que ce soit en matière de santé, de transport, d’administration… La Poste et la SNCF resteront des entreprises publiques, et je propose de regrouper en un seul ministère l’aménagement du territoire, les transports et le logement. Il est également nécessaire de soutenir les investissements dans les infrastructures, en particulier sur le numérique.

Photo : de Rodolphe de Céglie