Marion Guillon, directrice générale de l’Institut nationale de la recherche agronomique, s'exprime sur le projet de loi d’orientation et de programmation sur la recherche, en discussion actuellement. Elle insiste sur le fait qu’il faut tenir compte des spécificités de la recherche appliquée. La directrice de l’Inra veut être force de proposition pour fédérer la recherche agronomique autour de grands programmes, mais aussi créer des pôles de recherche régionaux par thème spécifique. Elle assure par ailleurs que l’Inra est prêt à s’engager dans la création d’écoles doctorales sur des thématiques très spécifiques à l’agriculture.
Le gouvernement a lancé une consultation nationale en vue de préparer la future loi d’orientation agricole et de programmation de la recherche. Vous avez été consultée personnellement. Quel a été votre message fort ?
Mon premier souhait est que la loi de programmation tienne compte de la pluralité de la recherche. L’Inra est un organisme de recherche finalisée, qui a besoin d’une validation avec la profession agricole, la transformation et la société pour prévoir ses orientations scientifiques. Elle a développé des compétences dans l’approche de partenariat et dans l’évaluation. Il faut en effet passer du temps à discuter avec les interlocuteurs afin de bien cerner la pertinence des questions à poser et des sujets de recherche qui en découlent.
Cette recherche finalisée a-t-elle besoin de se réorganiser ?
Nous avons effectivement l’intention de prendre des initiatives pour créer des pôles de recherche régionaux sur des thématiques déterminées, qui feraient aussi appel à des compétences autres que celle de l’Inra. Il s’agirait en fait d’aller plus loin que les unités mixtes déjà existantes. On pourrait ainsi imaginer que Montpellier ait un pôle sur l’agronomie Nord-Sud et Toulouse sur la sécurité des aliments. Par ailleurs, l’Inra est prêt à s’engager dans la création d’écoles doctorales, notamment sur des thématiques qui n’existent pas dans l’enseignement universitaire (zootechnie, alimentation animale...).
Est-il pertinent d’envisager des fusions avec d’autres instituts de recherche en agronomie comme l’IRD, le Cirad ou le Cemagref ?
Cela ne me semble pas opportun car les thématiques de recherche ne sont pas totalement communes et les chercheurs n’ont pas les mêmes statuts. Nous avons plutôt cherché jusqu’alors à mettre en commun ce qui était possible, notamment une maison d’édition avec le Cirad, l’IRD et l’Ifremer. Nous avons surtout cherché à trouver une cohérence dans nos programmations scientifiques. Je ne dis pas que le système est optimal, mais il a été amélioré.
Y a-t-il le même objectif de rationalisation de la recherche au niveau européen ?
Tout à fait. L’Inra doit penser tous ses sujets de recherche à l’échelle européenne, simplement parce que nous n’avons pas les moyens de tout faire. Par exemple en santé animale, on pourrait se répartir l’étude des maladies selon les pays, de même que l’étude des maladies émergentes. Nous travaillons déjà dans ce sens avec les chercheurs anglais. La génomique des plantes se prête aussi à ce type de coopération.
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Vous proposez que l’Inra devienne "agence de programmes". Que voulez-vous dire exactement ?
Il s’agirait de gérer des programmes de recherche nationaux, en réalisant des appels d’offres pour que des équipes externes s’y intègrent. L’institut de recherche prépare déjà la mise en place, pour 2004, de trois grands programmes fédérateurs de ce type portant sur le développement durable, l’alimentation et l’écologie. Nous avons fait un appel d’offre pour que des équipes externes puissent rejoindre ces programmes. Pour l’instant, c’est nous qui finançons, mais nous nous proposons de les gérer à une plus grande échelle, à condition qu’on nous en donne les moyens.
Où en est Génoplante et quel est son avenir ?
Ce programme français de génomique des plantes nous a permis de rester dans la course avec nos petits moyens. Il a permis le dépôt de 15 brevets jusqu’à aujourd’hui, qui sont détenus par une société commune à tous les partenaires. Ce programme doit être renouvelé fin 2004 et j’espère sincèrement qu’il y aura un Génoplante III. La société Bayer, qui a racheté Aventis Crop Science, va sans doute se désengager car elle est impliquée dans le même type de programme en Allemagne (Gabi). Il faudra donc recomposer le partenariat de Génoplante entre les semenciers, les instituts de recherche, les ministères et la profession agricole.
Le poste de président de l’Inra est vacant depuis novembre 2003, Pourquoi ?
L’Inra va bientôt changer de statut. Il y aura un président exécutif qui choisira des directeurs généraux délégués. Ceci a pour but d’éviter de se retrouver avec un président et un directeur en conflit, comme cela a pu se passer dans certains instituts de recherche, mais pas à l’Inra. Les statuts sont en cours de signature et de validation par le Conseil d’Etat.
Propos recueillis par Nicole OUVRARD