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Restructuration / Stratégie Masterfoods en recherche de compétitivité en Europe de l’Ouest

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Masterfoods Europe a annoncé une réorganisation de ses opérations en Europe de l’Ouest. Les propositions faites par le groupe, actuellement en cours de négociation, pourraient conduire à la suppression de 1 070 postes sur un total de 11 000. Trois pays sont concernés. Au Royaume-Uni, pays le plus touché avec 700 postes susceptibles d’être supprimés, une réorganisation industrielle sur l’activité de confiserie de chocolat est en cours. En France (250 postes sur la sellette sur 1320) et en Allemagne (120 postes), où le groupe avance plus prudemment, les réorganisations ne concernent pour le moment que des fonctions européennes et touchent uniquement les cadres de l’entreprise.

Dans la foulée des grands groupes tels Kraft Foods et Sara Lee, Masterfoods est en pleine recherche de rentabilité en Europe. Le géant américain spécialisé dans le petfood, la confiserie de chocolat (Mars), les glaces et autres produits d’alimentation humaine (marques Uncle Ben’s, Ebly, Suzi Wan, etc.) vient ainsi d’annoncer une vaste réorganisation de ses opérations dans l’Ouest européen. Cette réorganisation concerne le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France – à tous les niveaux et dans tous les services - et pourrait à terme aboutir à la suppression de 1 070 postes sur les 11 000 salariés que compte actuellement le groupe en Europe occidentale. «  Les propositions que nous annonçons aujourd’hui ont pour raison d’être la croissance et la compétitivité. Nous avons besoin de gagner en souplesse et efficacité », a déclaré Pierre Laubiès, président de Masterfoods Europe. Après une première consultation, le groupe est entré dans une phase de négociation avec les salariés et les comités d’entreprise, tout en précisant que selon les résultats de ces discussions, il « entend minimiser le nombre de licenciements » en ayant recours à des départs volontaires, des retraites anticipées et des redéploiements, internes ou externes.

Fermeture sur deux ans d’une usine en Grande-Bretagne

Le pays le plus touché est le Royaume-Uni. Le groupe y prévoit en effet jusqu’à 700 suppressions d’emploi, dont 500 à Slough. La confection de barres chocolatées et autres produits de snackfood y sera concentrée sur le site de Dundee Road, dont la capacité de production sera accrue, avec à la clé des investissements de 62 millions d’euros. Parallèlement, sur deux ans, le site voisin de Liverpool Road verra sa production progressivement réaffectée à Dundee Road et sur d’autres usines du groupe en République tchèque, en Allemagne et en Hollande et ce jusqu’au retrait du groupe. Cette réorganisation de la production, qui touche également l’usine de petfood de Melton Mowbray, dans le Leicestershire, et vraisemblablement d’autres sites au Royaume-Uni, a pris de court employés et syndicats, peu habitués à de tels dégraissages chez Masterfoods. Si outre-Manche le groupe américain peut conduire sa restructuration sans trop d’entrave, il semble avancer beaucoup plus prudemment sur le continent européen. Alors que Nestlé en France est entré dans une véritable guerre juridique avec les syndicats pour conduire ses restructurations au sein de sa filiale Nestlé Waters, l’américain marche sur des œufs.

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L’organisation européenne du groupe remise en question

En France, où 250 postes pourraient à terme être supprimés sur 2 320, la problématique est en effet tout autre. Certes, la réorganisation industrielle est à l’ordre de jour avec une reconfiguration des lignes de production de boîtes et la fermeture d’une ligne de pochons sur l’usine de petfood de Saint-Denis-de-l’Hôtel, mais elle ne devrait pas conduire à des licenciements comme en Grande-Bretagne. Dans l’hexagone, la recherche de rentabilité se traduit pour le moment par une remise en question de l’organisation européenne du groupe et le retour vers une organisation nationale par catégorie. « L’axe de réflexion est de revenir à une organisation davantage concentrée sur le marché local, par catégorie, alors que jusque-là le groupe s’est un peu perdu dans les méandres européens », explique Yvette Schmidt, responsable des relations extérieures du groupe. Les postes sur la sellette dans l’hexagone concernent ainsi des fonctions paneuropéennes au niveau des cadres de l’entreprise. En Allemagne, où une réorganisation de la production de petfood est également prévue, la logique est sensiblement la même. Outre-Rhin, Masterfoods, dans sa quête de compétitivité, cherche également à ramener les coûts trop élevés en matière de rémunérations et d’avantages à un niveau qui soit en ligne avec celui des marchés locaux.

En France, les salariés du groupe ne semblent pas préparés à d’éventuels plans de licenciement : il n’y a pas ou très peu de représentation syndicale au sein du groupe. «  Il s’agit d’un choix de la part des salariés, dû à une bonne politique d’information de la part du groupe et à une vraie représentation interne au sein des comités d’entreprise », explique Yvette Schmitt. Mais ces suppressions de postes administratifs peuvent-ils n’être que la première vague d’une restructuration de plus grande ampleur ? Car à l’avenir, la recherche de compétitivité et de rentabilité en Europe de l’ouest, surtout dans un marché aussi bridé que la France, pourrait se traduire par un plan de licenciement plus vaste au niveau industriel. « Il est envisagé de réorganiser notre business en France par catégories de produits spécifiques, ce qui constituerait une première étape vers des restructurations ciblées », conclut le groupe. Si les salariés, sentant un vent de restructuration souffler, se réveillaient, la tranquillité sociale du groupe en France pourrait bientôt n’être qu’un simple souvenir.