Le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a défendu une politique de long terme et de souveraineté dans le domaine des matières premières, à l’occasion de la 30e édition de l’ouvrage collectif annuel Cyclope sur les matières premières, le 24 mai. Qu’il s’agisse de transition énergétique ou de réduction de la dépendance en protéines, le ministre a estimé qu’il faut savoir conjuguer les chocs du court terme et les stratégies de long terme.
« Vous avez raison d’insister sur la tension qui existe entre la préparation des efforts de transition énergétique, entre autres, et la tyrannie des chocs à court terme », a déclaré Emmanuel Macron, s’adressant aux experts et auteurs de l’ouvrage collectif annuel Cyclope sur les matières premières. Face à la complexité et à la volatilité croissantes des marchés de matières premières, il faut des stratégies industrielles qui s’inscrivent dans la durée, et des politiques de réduction des charges qui permettent aux entreprises de tenir dans les chocs, surtout celles qui sont les plus exposées au marché mondial, a-t-il soutenu.
« Nous faisons une erreur grave en laissant partir des emplois »
Le plus important, face à la volatilité, « est de s’assurer que notre économie est armée pour absorber les chocs de cyclicité » des marchés des matières premières. Cela suppose de « maintenir une stratégie industrielle », a dit le ministre, saluant le groupe industriel oléoprotéagineux Sofiprotéol-Avril, qui a su « structurer un appareil productif ». Cela suppose aussi de « ne pas perdre notre savoir-faire ». « Je regrette qu’on ait perdu des compétences, je pense notamment aux OGM », a lancé à ce propos le ministre de l’Économie sous les applaudissements.
Dans le domaine énergétique, qui peut être extrapolé aux minerais et à l’agriculture, il plaide pour « un vrai volontarisme » pour entamer la « transition énergétique » : une politique qui puisse augmenter les prix des matières premières de grande consommation, comme les produits énergétiques, par la taxe carbone ; en juillet dernier, les députés avaient fixé un objectif de 100 euros la tonne de CO2 en 2030. « Le prix du CO2 est trop faible sur les marchés. Or il faut un signal prix » pour mener à bien la transition énergétique et écologique. Parallèlement, « il faut utiliser intelligemment les recettes de ce signal-prix » pour diminuer les charges sur le travail, notamment pour « les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale ». Ce volontarisme souhaité par le ministre de l’Économie consiste aussi à financer l’innovation, un moyen de tenir face aux chocs de prix.
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Avoir une « vraie politique de souveraineté »
Emmanuel Macron a placé comme un « axe prioritaire la consolidation de notre souveraineté », ajoutant « qu’il ne faut pas avoir peur de ce terme ». Affirmer sa souveraineté par des politiques industrielles de long terme « n’est pas du protectionnisme ». « Il ne faut pas être autarcique, mais il ne faut pas non plus être court-termiste », a-t-il souligné, rappelant que la confrontation du court terme et du long terme crée souvent des « tensions » politiques. Le « défaut de l’Europe » est qu’après s’être frottée « plus tard que les autres » blocs de pays aux confrontations du marché, elle est « plus naïve que les autres ». Au moment où l’Europe est « attaquée » par des pays qui subventionnent leurs entreprises, « nous faisons une erreur grave en laissant partir des emplois », a-t-il martelé. « Avant de décider de ne pas agir parce que des événements pourraient nous conduire à freiner nos ardeurs, décidons déjà de faire résolument ce qui dépend de nous », a-t-il conclu.
Xavier Beulin : doubler la production agricole, mais plus encore dans les protéines
Prenant la parole au colloque de Cyclope le 24 mai, Xavier Beulin, président de la FNSEA, a repris l’impératif répété dans toutes les instances internationales de doubler la production agricole dans les 30 ans. « Doubler, oui, mais plus encore dans les protéines », a-t-il complété. « D’ici 15 à 20 ans, nous aurons un déficit en protéines » dans le monde. Or,n pour l’instant, les cours bas (entre 300 et 400 dollars la tonne la graine de soja à Chicago entre janvier et avril 2016, contre 500 à 600 de janvier 2012 à mi-2014) incitent opérateurs et pouvoirs publics à se reposer sur cet approvisionnement à bas prix, confortable pour les consommateurs finaux et favorable aux indices d’inflation. « Mais les activités qui nous intéressent sont celles du long terme. On voit les dégâts qu’entraîne le pétrole à 30-40 dollars le baril : on réduit les investissements dans le renouvelable », s’est inquiété le président de la FNSEA. D’où cette question aux décideurs : « À quoi sert la politique sinon l’art d’anticiper ? J’attends des pouvoirs publics une vision de long terme et d’anticipation ».