L’OPECST a souhaité traiter de la place des médias dans cette affaire. Trois journalistes invités à témoigner ont dénoncé l’exclusivité donnée au Nouvel Observateur, qui a révélé le premier les résultats de cette étude. Invité à cette audition, l’hebdomadaire n’a pas donné suite. Ont donc témoigné Michel Alberganti, journaliste scientifique et chroniqueur chez France Culture, Valéry Laramée de Tannenberg, président de l’association des journalistes de l’environnement et Sylvain Huet, chroniqueur scientifique pour Libération et président de l’association des journalistes scientifiques de la presse d’information. Les journalistes ont fustigé une clause qu’ont dû signer les journalistes du Nouvel Obs, exigeant d’eux le respect d’un embargo sur cette information. La pratique est courante dans la presse, mais généralement proposée sur un pied d’égalité à tous les médias, pour que les journalistes puissent recueillir d’autres avis. Or, cette clause interdisait également aux signataires de faire réagir d’autres scientifiques.

Garantir la publication scientifique

L’objectif a été de protéger l’étude et d’assurer sa publication dans la revue scientifique Food and Chemical Toxicology, a répondu Gilles-Eric Séralini. Un impératif aux yeux des financeurs qui ont apporté pour sa réalisation quelque 3 millions d’euros. L’équipe du Criigen aurait dû rembourser cette somme en cas de non-parution dans le journal scientifique, a expliqué Gilles-Eric Séralini.
C’est en tant que « témoin extérieur » aux mondes de l’agriculture, des biotechnologies et du journalisme, que Cédric Villani, médaillé Fields, professeur à l’université de Lyon et directeur de l’institut Poincaré, est intervenu. Il a rappelé de nombreux cas de controverses et de médiatisations dans l’histoire des sciences. Il relevait toutefois une « brèche de déontologie scientifique » dans le cas présent. Cédric Villani rappelait que la science avance par débats et controverses, mais aussi que le reviewing (exercice de relecture par des pairs, systématique pour une publication dans une revue scientifique) n’est pas une garantie d’exactitude, tout en estimant que « l’implication médiatique a desservi le débat ».