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Max Havelaar réfléchit à certifier des produits du nord

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La branche française de l’ONG Max Havelaar mène actuellement une réflexion afin de pouvoir certifier des produits issus du travail des agriculteurs locaux. Les consommateurs sont demandeurs de tels produits, mais le label devra s’adapter à une agriculture française très différente de celle des pays du sud.

Rien n’est décidé pour l’instant, mais la branche française de l’ONG spécialisée dans le commerce équitable réfléchit actuellement à labelliser des produits agroalimentaires bruts ou transformés issus de France. « Nous sommes en veille active en vue d’expérimenter la labellisation de produits agricoles français », explique Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. « Nous faisons actuellement des simulations pour voir à quoi cela pourrait ressembler », poursuit ce dernier, qui ne pourra rien dévoiler de concret avant plusieurs mois.

L’idée de labelliser des produits issus des terroirs français vient du constat qu’« il y a une attente des consommateurs pour les produits locaux qui respectent des conditions de production équitables », explique le dirigeant. Il note par ailleurs une sensibilité croissante des consommateurs aux produits locaux depuis les États généraux de l’alimentation de 2018. Dans le dernier sondage réalisé fin 2019 par Opinion Way pour Max Havelaar France, le prix juste payé au producteur est le critère d’achat cité par le plus de consommateurs, avant la préservation de la santé ou de l’environnement.

La démarche de réflexion menée par Max Havelaar en France n’est pas isolée. En Italie, la branche locale de Max Havelaar y réfléchit aussi, « notamment en lien avec la question des conditions de travail des ouvriers agricoles dans le sud de l’Italie », explique Blaise Desbordes. La question préoccupe le gouvernement et les consommateurs y sont sensibles. Des expérimentations ont lieu aussi au Kenya (thé) et en Inde (sucre de canne), des pays qui produisent sous le label Max Havelaar. Sachant qu’une classe moyenne locale est sensible aux achats locaux et équitables, l’idée de Max Havelaar est d’y distribuer sur place les produits.

Toutefois, le déploiement d’un label de commerce équitable en France se heurte à au moins deux écueils. « Il faut s’interroger sur la compréhension du label Max Havelaar par les consommateurs qui nous connaissent comme un label soutenant les producteurs des pays du sud », souligne Blaise Desbordes. Autre problème : l’impossibilité de mettre en place un prix minimum d’achat pour les agriculteurs en Europe, alors que cela est le cas dans les pays où l’ONG est implantée. Et qu’il s’agit d’un élément clé de la démarche de Max Havelaar. « On permet en France que des agriculteurs vendent à des prix au-dessous du prix de revient », rappelle Blaise Desbordes.

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Les Français décidés à acheter plus de produits équitables

À l’occasion du confinement en place en France depuis la mi-mars, Max Havelaar s’est interrogé sur la poursuite des achats de produits labellisés par les Français. Interrogés par Opinion Way les 14 et 15 avril, les Français affirment majoritairement maintenir ou renforcer leurs achats de produits équitables. Après le confinement, les sondés affirment à plus de 80 % qu’ils vont privilégier des achats alimentaires permettant une juste rémunération des agriculteurs, respectant les conditions de travail dignes pour les travailleurs agricoles, apportant une meilleure qualité nutritionnelle, et respectueux de l’environnement.

Plus généralement, plus d’un Français sur deux souhaiterait « basculer dans un monde où la consommation alimentaire deviendrait 100 % locale », explique Max Havelaar, même s’« ils éprouvent des difficultés à imaginer se passer définitivement de plusieurs produits qui doivent nécessairement provenir d’ailleurs » comme le riz, le chocolat, le café ou le thé.

En 2019, les ventes de produits équitables portant le label Max Havelaar ont continué de progresser de façon soutenue, atteignant 902 millions d’euros, en hausse de 22 % par rapport à 2018 : +25 % pour les volumes de banane, +29 % pour le cacao et +9 % pour le café. Parmi les facteurs de croissance : l’augmentation du nombre de produits labellisés, l’engagement des grandes surfaces et du hard discount (60 % des ventes se font en GMS) et la double certification bio et équitable.