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Max Havelaar se tourne vers le local

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Comme les consommateurs, le géant du commerce équitable veut jouer la carte du local. Bientôt des expérimentations seront menées pour labelliser des produits français sous le sceau Max Havelaar, jusqu'ici réservé aux pays du Sud.

« Le commerce équitable Nord-Nord a pour nous un grand avenir », assure Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar, interrogé par Agra Presse le 4 mai. C’est donc tout naturellement que « Max Havelaar souhaite lancer avant la fin de l’année des expérimentations » pour labelliser des produits français, annonce-t-il. Jusque-là, le label Fairtrade/Max Havelaar est accessible aux seuls produits issus des pays du Sud.

« Il y a une parenté de la problématique et des similitudes entre les agriculteurs du Sud et certaines poches de grande vulnérabilité au Nord », justifie le directeur de Max Havelaar, ajoutant que les mécanismes anti-pauvreté du commerce équitable ont fait preuve de leur efficacité. Pour autant, le droit de la concurrence européen ne permet pas de calquer tels quels les mécanismes mis en place dans les pays du Sud et notamment l’obligation d’un prix minimum d’achat au producteur. Pour contourner ce problème, « nous utiliserons sûrement un prix recommandé ou un mécanisme de fixation de prix », glisse-t-il.

Ce tournant stratégique s’explique aussi par une demande française, de plus en plus en quête de produits responsables autour du trépied « local, bio et juste ». « La crise [du Covid-19, ndlr] est un catalyseur de cette problématique-là », observe Blaise Desbordes. Le sondage OpinionWay pour Max Havelaar publié le 5 mai révèle ainsi que « 54 % de Français souhaiteraient basculer dans un monde où la consommation alimentaire deviendrait 100 % locale ».

Réalisés pendant le confinement, le sondage rappelle les grandes tendances de consommation observées avant l’épidémie avec une préférence affichée des consommateurs pour le local, le régional, le made in France et la bio.

Local mais en consommant des produits exotiques

« La préférence responsable et équitable des Français se maintient bien dans la crise, c’est une bonne nouvelle […] Nous avons, comme en 2018, connu une croissance exceptionnelle du marché du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar en 2019 (+22 %), on pouvait craindre que cette dynamique soit stoppée par la crise, il n’en est rien semble-il », explique Blaise Desbordes.

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Le commerce équitable Sud-Nord n’est pas donc pour autant voué à disparaître. Le sondage indique que les Français souhaitant privilégier le local envisagent difficilement de se passer définitivement de produits exotiques tel que le riz, chocolat ou encore de café et d’épices. Un paradoxe qui n’est qu’« apparent » assure Blaise Desbordes car les valeurs qui sous-tendent la demande de local sont les mêmes que celles du commerce équitable.

« Le local est un horizon qui incarne un certain nombre de valeurs universelles, explique-t-il. La valeur qui domine c’est la volonté de privilégier une agriculture à taille humaine, proche, territorialisée. Les Français veulent soutenir les producteurs dont ils savent bien que la mondialisation débridée les fragilise. »

« Il y a des similitudes entre les agriculteurs du Sud et certaines poches de grande vulnérabilité au Nord »

70 députés veulent privilégier le local dans la commande publique

« Les règles de la commande publique doivent être assouplies afin de permettre l’intégration d’un critère de préférence locale ! », demandent 70 députés de la majorité dans une tribune diffusée le 30 avril, dans la droite ligne des demandes de la FNSEA et des JA la veille. Ces parlementaires, dont Stéphane Travert, ancien ministre de l’Agriculture, et François de Rugy, ancien ministre de la Transition écologique, appellent le gouvernement à « impérativement et rapidement lancer des négociations au niveau de la Commission et du Parlement européen(s) » afin de pouvoir intégrer un critère de préférence locale dans la commande publique pour les produits agricoles et alimentaires. Une mesure qui serait, selon eux, « en cohérence avec la stratégie de la ferme à la fourchette en faveur du développement des circuits courts, sur laquelle travaille la Commission européenne ». Une telle position pourra être soutenue par d’autres États membres « désirant eux aussi relancer et favoriser leur économie locale », estiment les élus. « La souveraineté alimentaire, que nous appelons tous de nos vœux, doit se concrétiser dans la priorisation de la commande publique vers des produits français. Cela représentera un soutien important aux producteurs français, nécessaire à l’avenir de ces filières », justifient-ils.