OGM, perturbateurs endocriniens, bien-être animal… le 14 novembre, les Rencontres de l’agriculture positive ont été l’occasion pour les intervenants de discuter du regard porté par la société sur le monde agricole à travers le traitement médiatique de controverses à caractère scientifique.
« Avant je ne voulais pas répondre aux journalistes. J’avais peur de me faire piéger. Puis j’ai compris que de ne pas répondre, ça rendait les sujets controversés (OGM, phytos, bien-être animal, etc.) tabous », a témoigné Guillaume Lefort, agriculteur et ambassadeur #agridemain, lors des Rencontres positives de l’agriculture organisé par Grignon énergie positive, Céréopa et Agroparistech, le 14 novembre. Et de poursuivre : « Puis j’ai décidé de me former et j’essaie d’expliquer notre métier, nos pratiques. » Néanmoins, pour l’agriculteur, il reste beaucoup à faire sur son rapport aux médias. « J’aime bien l’innovation, illustre l’agriculteur. Mais c’est dommage, ils ne parlent pas assez des aspects positifs. »
Anticiper les controverses
Ainsi, Jean-Marc Petat, directeur agriculture durable et communication chez BASF, parle de "stratégie marketing de la peur" en affirmant qu’il y a une augmentation des reportages TV "à charge". Il dénonce "l’absence d’intervention des autorités dans la polémique", alors qu’une partie de ces reportages est diffusée "par le service public". Enfin, il présente une initiative prise par les Britanniques à propos des controverses sur des sujets scientifiques. "Ils ont une plateforme internet Science media center. Elle permet de remettre un peu de sciences dans le débat politique". La gouvernance de la plateforme est composée de journalistes et d’universitaires. Sur le site, on peut lire que la plateforme limite à 5 % des fonds globaux la participation des financeurs pour "se protéger de la dépendance vis-à-vis des financeurs". Jean-Marc Petat glisse que BASF a mis en place une plateforme de discussion en amont des futures controverses possibles. "Sur les nanotechnologies, nous avons lancé une plateforme avec les associations, les journalistes, les industriels, les scientifiques… Si nous ne sommes pas toujours d’accord, cela crée des liens".
Les sciences mal traitées ?
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Par ailleurs, le rôle des scientifiques dans les controverses a été passé au peigne fin. Jean-François Huneau, d’Agroparistech et expert dans un groupe de travail à l’Anses sur la nutrition, illustre : "Dans un avis sur l’alimentation bio, on a vu des extraits médiatisés, mais coupés et sortis de leur contexte, et qui n’avaient plus le sens d’origine", déplore-t-il. Par ailleurs, Elsa Delanoue, agronome et sociologue pour les instituts techniques de l’élevage (Idele, Itavi, Ifip), affirme que "les gens ont perdu confiance" dans les sciences. Selon Jean-François Huneau, lorsqu’un avis est "à rebrousse-poil" de ce qui est attendu, "on nous suspecte". Pour rappel, le député et mathématicien Cédric Villani (LREM) est chargé depuis le mois d’octobre d’une mission sur l’indépendance et l’objectivité des agences européennes.
(1) http://www.sciencemediacentre.org/about-us/funding/
"En Angleterre, la plateforme Science media center permet de remettre un peu de sciences dans le débat politique", selon Jean-Marc Petat, directeur agriculture et communication chez BASF