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Commerce Menaces sur l’emploi des jeunes, selon la grande distribution

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Aux yeux du lobby de la grande distribution, certains amendements de la commission de l’emploi du Parlement européen sur le projet de directive sur des conditions de travail transparentes et prévisibles (1) vont compromettre les intérêts des salariés du commerce de détail.

Réagissant au vote du 20 octobre 2018 de la commission de l’emploi du Parlement européen sur le projet de directive relatif à des conditions de travail transparentes et prévisibles, Christian Verschueren, directeur général d’EuroCommerce a averti sans détour : « En supprimant la flexibilité dont le secteur a besoin pour employer du personnel supplémentaire aux heures de pointe comme Noël, les eurodéputés mettent en danger non seulement les emplois temporaires, mais aussi l'avenir des détaillants ayant des employés permanents."

Selon lui, le secteur de la distribution – qui emploie quelque 29 millions d'Européens, soit un jeune sur cinq en Europe – est confronté « à un défi majeur dans le passage à la vente en ligne et à une pression concurrentielle accrue sur ses marges ». Il estime que les amendements adoptés par les eurodéputés auront pour effet « de rendre impossible l'embauche d'une majorité de jeunes travailleurs, employés sous contrat jusqu'à 8 heures par semaine. Cela empêchera les détaillants d'embaucher du personnel supplémentaire pour répondre à la demande de pointe ou pour remplacer des employés malades. Cela pénalise les jeunes qui travaillent un nombre limité d'heures dans les magasins et les supermarchés parallèlement à leurs études, qui ne peuvent pas travailler plus d'heures et perdent une source importante de revenus supplémentaires ».

Aux yeux du directeur général, l'introduction par exemple d'heures rémunérées minimales garanties et l'augmentation du nombre d'heures fixes des travailleurs « ne feront que miner gravement l'utilisation actuelle de formules de travail flexibles par les détaillants. Cela ne profitera ni aux employeurs ni aux travailleurs ». Il souligne par ailleurs que d’autres jeunes « seront privés d'une première expérience professionnelle formatrice dans le commerce de détail qui leur permettrait d'acquérir d'importantes compétences interpersonnelles et humaines essentielles dans une société numérisée ». Pour lui, il ne s’agit ni plus ni moins « d’un pas dans la mauvaise direction au moment où le chômage des jeunes dans tant d'Etats membres reste très élevé».

Pour sa part, le Conseil des ministres de l’emploi de l’UE a déjà arrêté en juin dernier sa position de négociation sur le projet de directive. Et sur la base de ce mandat, la présidence du Conseil (l'Autriche jusqu’au 31 décembre 2018 ou la Roumanie à partir de janvier 2019) devrait entamer des négociations avec le Parlement européen dès que ce dernier aura adopté sa propre position.

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Le projet de directive relatif à des conditions de travail transparentes et prévisibles (présenté le 21 décembre 2017 par la Commission européenne) vise à répondre aux défis que posent les changements intervenus dans le monde du travail, notamment la flexibilité accrue sur le marché du travail, et en particulier l'augmentation de la part des formes d'emploi "atypiques", telles que le travail temporaire, le travail à temps partiel et sur appel, les contrats "zéro heure", le travail domestique, le travail basé sur des chèques et le travail via une plateforme.

Les nouvelles formes d'emploi ne sont souvent pas aussi régulières ou stables que les relations de travail traditionnelles et peuvent se traduire par une prévisibilité réduite pour les travailleurs concernés, ce qui est source d'incertitude quant à la protection sociale et aux droits applicables. Elle peut même conduire à des situations où les travailleurs se retrouvent dans une position très dépendante et précaire, sans savoir si, et quand, ils travailleront le jour suivant.

La proposition prévoit des obligations révisées d'informer les travailleurs, par écrit et en temps utile, au sujet des éléments essentiels de leur emploi. Le délai de réception de ces informations a été ramené de deux mois à une semaine pour les informations de base initiales, et à un mois maximum à compter du premier jour de travail pour les autres informations. Il s'agit notamment d'informations sur le lieu de travail, le type de travail, le temps de travail, la rémunération, la durée des congés payés, l'identité de l'organisme de sécurité sociale percevant les cotisations sociales, le droit à la gratuité des formations et la procédure à observer en cas de cessation de la relation de travail. Une des nouveautés est que même si le rythme de travail est imprévisible, l'employeur est tenu d'indiquer la période de référence durant laquelle le travailleur peut être appelé à travailler et le délai de prévenance minimal.

(1) Cette directive actualisera et remplacera l'actuelle directive 91/533 concernant « le droit pour les employés d'être informés par écrit des aspects essentiels de la relation de travail ».