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INVESTISSEMENT/PRODUITS DE LA MER Meralliance va investir dans l'élevage de saumons à terre

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Meralliance va investir 9,5 millions d'euros dans une ferme d'élevage de saumons à terre en Bretagne. Le groupe, qui veut ainsi mieux maîtriser certains de ses approvisionnements, a réalisé une bonne année 2013, avec une progression des volumes de 16 %, sur un marché très chahuté par la hausse des matières premières et le fort recul de la consommation en France en fin d'année. Ses marges sont toutefois mises à rude épreuve dans la GMS en France.

Meralliance, spécialiste du poisson fumé et mariné sous MDD, finalise un projet d'investissement de 9,5 millions dans un élevage de saumons à terre, au Guilvinec (29), à proximité de son usine de Quimper. « En Norvège et en Ecosse, l'élevage de saumons est concentré dans de grandes fermes. Il est difficile d'assurer nos approvisionnements pour des matières premières qui requièrent une alimentation et des conditions d'élevage spécifiques », explique Gilles Charpentier, p.-d.g. de Meralliance. L'entreprise transforme ainsi 2 000 tonnes de saumon label rouge, quand les fermes norvégiennes en produisent plutôt 6 000 tonnes, abattus en deux ou trois mois. Aussi Meralliance a-t-elle pris le parti de créer son propre élevage de saumon à terre. Le projet prévoit une capacité de 800 tonnes (soit une petite partie des approvisionnements du groupe, qui se montent à 20 000 tonnes) et les premiers saumons devraient en sortir en 2016 (après douze mois d'élevage et des autorisations attendues pour la fin de l'année). Le tour de table est en train d'être constitué. Devraient y participer Meralliance, Gilles Charpentier à titre personnel, des financiers et des fournisseurs comme Veolia.

AMÉLIORER LE FACTEUR DE CONVERSION ET RÉDUIRE LES TRANSPORTS

Dans l'élevage, l'eau de mer circulera en circuit fermé avec un système de filtration. Seule l'eau de mer qui s'évapore (environ 10 % par jour) sera remplacée. « Comme nous maîtriserons la salinité, le pH et la température, nous allons améliorer le facteur de conversion (1) de 1,3 en moyenne à 1, ce qui permettra d'utiliser moins de nourriture. Pour cette dernière, nous utiliserons notamment des co-produits des pêcheries du Guilvinec », explique Gilles Charpentier. Cet élevage permettra aussi de réduire les coûts et émissions de carbone liés au transport. Ce saumon origine France intéresse déjà les distributeurs, assure Gilles Charpentier, qui réfléchit actuellement à la façon dont il pourra être valorisé.

UNE BONNE ANNÉE 2013 DANS UN CONTEXTE CHAHUTÉ

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Outre la très forte hausse des matières premières en 2013 (les prix ont doublé en un an), le marché du saumon fumé a connu un fort recul en fin d'année après la diffusion d'un Envoyé spécial sur les conditions d'élevage. Alors que les difficultés se sont multipliées dans le secteur l'an passé, avec des défaillances d'entreprise, Gilles Charpentier fait état d'une belle année 2013. « Nous avons progressé de 16 % en volume en 2013 et notre chiffre d'affaires devrait passer de 130 millions d'euros à 160 millions d'euros sur l'exercice qui se clôturera fin mars », explique-t-il. L'entreprise a gagné des marchés à l'export et en RHF, qui ont permis de pallier la chute du marché. Malgré une hausse des prix de l'ordre de 10 %, le surcoût des matières premières n'a pas été totalement répercuté, mettant « les marges de Meralliance sous pression », constate toutefois le dirigeant. « Je regrette la façon de fonctionner française. Nos clients anglais, hollandais et d'Europe du Nord acceptent les hausses de prix et notre rentabilité vient davantage des ces pays », précise-t-il.

Meralliance, qui emploie 950 personnes, dispose d'un site à Quimper (produits haut de gamme et de spécialités), d'un site en Pologne (entrée de gamme et premier prix) et a repris un site en Ecosse l'an passé (Esco, qui livre principalement Asda). Ils produisent 10 000 t de poissons fumés et marinés. L'entreprise dispose également d'une plateforme logistique à Landivisiau et d'un bureau d'achat en Norvège. Elle est contrôlée par Gilles Charpentier (65 %), accompagné par Azulis Capital (35 %)

(1) Il faut 1,3 kg d'aliment, ce qui correspond à 3 kg de poisson, pour produire 1 kg de saumon.