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Méthaniseurs : le projet de PPE « peu incitatif » à la méthanisation

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Le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publié le 25 janvier par le ministère de la Transition écologique, « accorde peu de place au développement de l’énergie issue de l’agriculture, notamment de la méthanisation », a commenté le 28 janvier Olivier Dauger, président de l'association France gaz renouvelables. Il ne prend pas en compte les avantages en termes de production d’engrais organiques, d’émissions de CO2, et de revenu pour les agriculteurs.

Le projet de PPE, pour les périodes 2019-2023 et 2023-2028, publié le 25 janvier par le ministère de la Transition écologique, « accorde peu de place au développement de l’énergie issue de l’agriculture, notamment de la méthanisation », a commenté le 28 janvier Olivier Dauger, dans un entretien avec Agra Presse. Il est président de l'association France Gaz renouvelables et chargé des dossiers « énergie » à la FNSEA.

D’après lui, non seulement le projet de PPE rabaisse de 10 % à 7 % en 2030 les ambitions du biométhane dans la consommation de gaz en France inscrites dans la loi de Transition énergétique de 2015, mais il diminue les tarifs de rachat de biométhane au producteur de 95 € le mégawatt actuellement à 67 € en 2023 et 60 € en 2028. « Nous espérions des tarifs de rachat incitatifs pour développer la filière, puis ensuite réduire les tarifs une fois la filière lancée. C’est l’inverse qui est proposé. » Pour Olivier Dauger, on est passé de l’esprit de la Cop 21, qui avait à la fois une volonté de développer les énergies renouvelables et de réduire les émissions de gaz à effet de serre, « à une vision avant tout budgétaire », axée surtout sur la compétitivité. Cette orientation se traduirait aussi, dans le secteur photovoltaïque, par l’exploitation de grandes fermes solaires, dévoreuses de foncier, au détriment des panneaux solaires sur les toits de bâtiments, qui sont « à 80 % des bâtiments agricoles ».

France Gaz renouvelables : un travail d’explication auprès des élus et de l’exécutif

L’association France Gaz renouvelables, qui regroupe les agriculteurs-méthaniseurs, les chambres d'agriculture et des opérateurs comme GRDF et GRTgaz, va faire un travail d’explication auprès des parlementaires, des présidents de région et des cabinets ministériels pour leur expliquer les avantages du biométhane collatéraux à la production d’énergie, a par ailleurs annoncé à la presse son président Olivier Dauger, agriculteur dans les Hauts de France, le 30 janvier. Ce travail est nécessaire, parce que le gaz renouvelable « est le parent pauvre » du projet de PPE. Ce projet « ne prend en compte que la compétitivité de l’énergie », a-t-il souligné. L’association veut rappeler tous les autres avantages de la méthanisation (voir encadré). Il a cité à plusieurs reprises les orientations tracées par Stéphane Le Foll quand il était ministre de l’Agriculture et par Nicolas Hulot quand il était ministre de l’Écologie. « Lorsque l’on expose ces externalités positives à l’administration, elle nous répond “ votre interprétation est réaliste, mais elle ne rentre pas dans les bonnes cases », a signalé Olivier Dauger.

La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) s’inscrit dans le cadre de la Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (TECV). Le fait qu’elle relève du pouvoir réglementaire du ministère de la Transition écologique, a soulevé des critiques de députés, y compris de la République en marche…

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On est passé de l’esprit de la Cop 21 à une vision avant tout budgétaire 

De nombreux avantages collatéraux à prendre en compte

L’association France Gaz renouvelables a rappelé les principaux et nombreux avantages collatéraux à prendre en compte dans les décisions publiques qui concernent : la décarbonation de l’économie, la production d’engrais organiques, la création de revenus complémentaires pour les agriculteurs, la création d’emplois ruraux, la valorisation des déchets. La méthanisation est une énergie non intermittente contrairement à l’éolien et au photovoltaïque, son digestat permet de reconquérir la qualité de l’eau grâce à une meilleure assimilation des éléments nutritifs par les plantes, les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) contribuent à augmenter le taux de stockage du carbone dans le sol. Autant d’avantages collatéraux à prendre en compte, rappelés par Olivier Dauger.

Jacques-Pierre Quaak, agriculteur en Seine et Marne et co-président de l’association France Gaz renouvelables, a mentionné au point presse du 30 janvier plusieurs avancées qu’apporte la méthanisation à l’agriculture : elle introduit de nouvelles cultures, à travers les Cive (seigle d’hiver, moha – « herbe du Soudan –, avoine brésilienne) et de nouvelles technologies, comme la compression de bio-méthane à la ferme pour le collecter et le rassembler dans des stations d’injection ou de gaz pour véhicule. Un tel projet est en cours en Bretagne. Quant aux groupes laitiers Bongrain et Sodiaal, ils sont en train de mettre au point le rechargement en biométhane du camion de collecte de lait : pendant que le camion collecte le lait, il se fait le plein sur la ferme de l’éleveur, a indiqué Francis Claudepierre, président de l’Association des agriculteurs-méthaniseurs de France, éleveur laitier dans les Vosges.