Jamais, de mémoire d’observateur, on n’avait vu cela : un tel écart entre les évolutions de revenus des différentes catégories d’agriculteurs. Une progression de 98 % pour les exploitants spécialisés en grandes cultures, une baisse de 59 % pour le hors-sol en général (plus forte encore pour les éleveurs de porcs) et de 23 % pour les éleveurs de bovins spécialisés viande. En partie, la hausse des uns explique la baisse des autres puisque les grandes cultures, transformées en aliments du bétail, sont vendues par les uns et achetées par les autres. Mais il n’y a pas que cela. De plus en plus, les logiques de marché pourraient, au niveau mondial, se distinguer. L’émergence de fournisseurs de viande (Brésil, Argentine) à bas coût de main-d’œuvre, la priorité donnée aux protéines les moins coûteuses (végétales plutôt qu’animales) pour nourrir une population mondiale sans cesse croissante et surtout la disparition de la Politique agricole commune pour la régulation des marchés va sans doute accentuer l’écart entre l’évolution des cours des produits carnés et ceux des produits végétaux. Un phénomène sans doute amplifié par une plus grande volatilité des marchés que prévoient la plupart des spécialistes et que constatent déjà les céréaliers.

Les intérêts économiques pourraient donc rapidement diverger entre ces deux métiers de l’agriculture qui sont celui des cultures et celui de l’élevage. La présentation des revenus dans la presse grand public est d’ailleurs révélatrice : on n’y a pas parlé, cette année, de revenus des agriculteurs, mais de ceux des céréaliers ou des éleveurs.

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Pour toutes ces raisons, il faudra peut-être redoubler d’efforts pour maintenir l’unité du monde agricole. Hier, tous se retrouvaient pour réclamer une Pac efficace ; demain, chacun se situera face à son marché, avec des intérêts économiques pas forcément convergents.