Renforcer les actions visant à permettre aux PME agroalimentaires de se développer et assouplir l’environnement législatif dans lequel elles évoluent. Telles ont été les principales recommandations émises à l’issue de la conférence organisée par la Ciaa (Confédération des industries agroalimentaires de l’UE) le 2 juillet sous le thème « Compétitivité des PME agroalimentaires européennes ». L’ambition de cette rencontre, qui a rassemblé plus de 150 représentants de l’industrie, des pouvoirs publics et des universités, était de mieux cerner les problèmes et les défis liés à la compétitivité auxquels sont confrontées les PME agroalimentaires européennes . Le président de la Ciaa, Jean Martin, en attend des actions concrètes et cohérentes et si possible rapidement comme l’indique l’interview ci-après.
« Nous saluons toutes ces initiatives entreprises par la Commission pour épauler les PME mais ces initiatives doivent aboutir à des résultats concrets. C’est à la lumière de ces résultats que nous pourrons mesurer leur succès ». S’il se félicite des actions récemment engagées par Bruxelles en faveur des PME (« Small Business Act, Groupe à haut niveau pour la compétitivité de l’industrie agroalimentaire), le président de la Ciaa, Jean Martin, estime toutefois que l’effort le plus important devra porter sur le développement d’une « approche holistique et intégrée de la politique alimentaire qui se concentre sur les besoins et le rôle du secteur dans son ensemble et en particulier les PME qui en forment l’épine dorsale ».
Libérer du potentiel
Invitée à dresser le tableau des actions entreprises par la Commission en faveur des PME, Françoise Le Bail, directrice-adjointe à la DG Entreprises et Industrie à la Commission européenne, a rappelé que la plupart des emplois dans l’UE sont le fait des PME, c’est-à-dire les entreprises comptant au maximum 250 salariés. Si elles jouent un rôle primordial pour le développement futur celles-ci sont souvent confrontées « à plusieurs obstacles bureaucratiques ». Afin qu’elles puissent libérer leur potentiel pour une croissance durable à long terme et pour la création d’emplois plus nom-breux, la responsable de la DG Industrie et entreprises, souligne qu’avec la création le 25 juin 2008 du « Small Business Act » (SBA) les PME disposent d’une batterie de mesures visant à faciliter l’accès des PME au financement, à l’innovation, à la formation. Françoise Le Bail a reconnu que le développement des PME agroalimentaires en Europe est « tout à fait insuffisant comparé à ce qui se passe aux Etats-Unis ». Dans ces derniers, les PME, sept ans après leur création atteignent une croissance d’environ 60 % alors qu’en Europe la croissance n’arrive qu’à 10 voire 20 % « dans le meilleurs des cas ». Sur la question des retards de paiement, la responsable communautaire a indiqué que la modification de la directive 35/2000 sur les délais de paiement devrait apporter une solution à ce problème « qui voit chaque année quelque 450 000 emplois perdus en Europe du fait des défauts ou de retards de paiement ». Elle a affirmé que d’ici janvier 2009 une proposition modifiée de la directive « délais de paiement » sera présentée par la Commission. Selon elle, la Commission devra aussi veiller à ce que les études d’impact de la législation européenne soient étendues aux PME car, reconnaît-elle, « sur les 150 études d’impact menées en 2007, seules deux ont porté sur les PME ». Désormais les tests portant sur les conséquences pratiques des nouvelles législations européennes sur les PME « seront systématiques », a promis Françoise Le Bail.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Elle a également révélé que pour encourager le développement de l’innovation, la Commission compte aussi proposer d’assouplir les règles en matière d’aides d’Etat et notamment les règles de notification. Pour encourager l’accès des PME aux marchés des pays en forte croissance (Chine, Inde notamment), Françoise Le Bail note qu’aujourd’hui seules 8 % des PME européennes font de l’export : « C’est tout à fait décevant et quand je dis à l’export c’est souvent de l’autre côté de la frontière... ».
Améliorer les délais de paiement
Horacio Gonzalez Aleman, responsable de la task-force « Relations commerciales » au sein de la Ciaa, a rappelé de son côté que le secteur agroalimentaire européen est un secteur très fragmenté avec un nombre très important d’entreprises de petites tailles et de micro-entreprises (moins de dix personnes). Selon lui, il faut engager un débat avec les pouvoirs publics pour restructurer le secteur. Il a également souligné la « forte dépendance économique du secteur agroalimentaire vis-à-vis du secteur de la distribution, qui lui n’est pas du tout fragmenté ce qui crée un fort déséquilibre au sein du marché communautaire ». Selon lui, la directive sur les délais de paiement 35/2000 doit être rapidement modifiée. Il a rappelé qu’un groupe de travail au sein de la Ciaa s’y attelle depuis deux ans. L’idée étant d’arriver à ramener les délais de paiement à 30 jours au lieu de 90 jours actuellement. Horacio Gonzalez Aleman estime aussi nécessaire de prévoir des « pénalités fixes contre les mauvais payeurs » et d’aborder la question des pratiques commerciales déloyales en recourant à un « système de responsabilité civile pour pouvoir déposer des plaintes ».