L’agriculture « n’est plus dans un coin » et la société au sens le plus large doit être associée à la prise de décisions publiques la concernant. Telle est la conviction du ministre de l’Agriculture Michel Barnier qui a lancé le 27 mars le principe de trois grands colloques sur l’alimentation, la recherche en agriculture et le développement des pays du tiers-monde. En prélude, un site dénommé www.parlonsagriculture.com sera le lieu d’un forum destiné à préparer la parole publique sur ces colloques. Michel Barnier lui-même devait participer à un débat internet (un « chat ») le 31 mars de 18 h 30 à 19 h 30.
Si le grand public désirait s’exprimer sur l’agriculture et l’alimentation, il va en avoir l’occasion. C’est exactement à cette fin que le ministre de l’Agriculture Michel Barnier lance une grande opération de réflexion et de communication. Une opération menée en quatre temps. En premier lieu, un site internet vient d’être lancé, www.parlonsagriculture.com, destiné à accueillir un forum grand public et certains blogs émanant de conseillers scientifiques associés à l’opération. Il s’agit de Claude Fischler, sociologue de la consommation, Hervé Guyomard, économiste et chercheur à l’Inra, Hervé Thiss, chimiste et chercheur à l’Inra également, ainsi que Michel Griffon, chercheur et responsable du département écosystèmes et développement durable à l’ANR (Agence nationale de la recherche). Sur ce site, le ministre de l’Agriculture devait tenir un « chat » informatique (débat avec les internautes) le 31 mars de 18 h 30 à 19 h 30. De plus, les internautes y découvriront le film d’un « micro-trottoir » réalisé lors du Salon de l’agriculture, faisant réagir le grand public sur les questions agricoles.
Trois colloques
L’objectif de ce site est aussi de préparer la tenue des trois colloques importants qui sont les trois étapes ultérieures de l’opération du ministère :
– « Qu’est-ce qu’on mange ? » : sur ce thème aura lieu le premier colloque le 23 avril à Paris, Palais Brongniart, de 9 heures à 17 heures Avec la participation de Claude Fischler comme grand témoin, ce colloque abordera des sujets aussi sensibles que les OGM, le clonage, l’obésité de même que les problèmes de qualité et de politique publique.
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– « Quelles agricultures pour demain ? » Sous ce thème, un colloque du 21 mai (Cité des sciences et de l’industrie à Paris) abordera la recherche et le type d’agriculture qui pourrait prévaloir à l’horizon 2030. Le grand témoin sera Joël de Rosnay et la journée associera des étudiants de l’enseignement agricole supérieur. Une des questions posées : à qui appartiendra la campagne ?
– « Qui va nourrir le monde ? » le 3 juillet à Bruxelles, dans les locaux du Parlement européen sera le dernier colloque. Ce sont Michel Griffon et Erik Orsenna qui seront les grands témoins de la journée. La réflexion portera sur l’agriculture comme moteur de la croissance et du développement de même que la gouvernance mondiale et régionale pour les agricultures. Le directeur général de la FAO Jacques Diouf devrait y participer.
« Une aide à la décision publique »
Michel Barnier compte faire, de toute la matière de ces colloques et du site, « une aide à la décision publique ». Selon le ministre, le moment est idéal en raison du début des discussions sur le bilan de santé de la Pac, de la prochaine présidence française de l’Union européenne et compte tenu de plusieurs échéances politiques (loi de modernisation économique, réforme de la recherche…). Concernant la politique agricole commune, en fin d’année « nous devrions connaître le contenu de notre boîte à outils et la manière dont on peut l’utiliser », explique le ministre. Mais pour lui, « il faut clairement démontrer que l’agriculture n’est pas qu’une affaire de spécialistes ». Il a pris soin d’inviter certains de ses collègues du gouvernement (Roselyne Bachelot, Valérie Pécresse) mais il place toute cette opération sous l’autorité de scientifiques de renom. Certains, le 27 mars, usant de leur autorité de chercheur, n’hésitaient pas à lancer des propos pas toujours politiquement corrects : « On a besoin aujourd’hui de plus de chimie, lançait Hervé Thiss, mais de chimie intelligente ». Et de faire un plaidoyer émerveillé des possibilités que recèlent les produits agricoles. « Plutôt que de déverser des carottes dans la rue on peut les craquer pour en faire des choses merveilleuses, » disait-il. Claude Fischler, pour sa part, se plaisait à rappeler les différences de sensibilité des Américains et des Français à l’égard de l’alimentation. Les premiers parlant nutrition tandis que les seconds cultivent le plaisir et la convivialité de l’alimentation. Tandis qu’Hervé Guyomard annonçait des pistes d’espoir pour produire plus tout en produisant mieux, Michel Griffon, évoquait deux grands enjeux : d’une part le risque d’épuisement des ressources naturelles et notamment forestières de la planète si on continuait l’agriculture sur les voies actuelles ; d’autre part la prise en compte de la mondialisation des échanges notamment dans un contexte climatique changeant, cette mutation faisant évoluer les conditions de production des générations futures.