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Capital investissement Michel Chabanel, président, et Gilles Sicard, directeur général délégué de Céréa Partenaire : « Nous nous fixons pour objectif d’investir 20% de nos fonds hors des frontières françaises »

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Le gestionnaire de fonds d’investissement spécialisé dans l’agrobusiness Céréa Partenaire va donner de l’ampleur à ses investissements à l’étranger. En 2018, il va ainsi cibler en priorité l’Italie, où il vient d’investir dans Monviso, mais aussi l’Espagne et le Benelux. Il pourrait même installer une équipe à l’étranger, à l’image de sa maison mère Unigrains qui a ouvert un bureau en Italie. Dans les prochaines semaines, Céréa Partenaire annoncera officiellement le lancement d’un fonds de dette de 300 millions d’euros environ, destiné à prendre le relais du fonds actuel. Le point sur avec Michel Chabanel, président de Céréa Partenaire et Gilles Sicard, directeur général délégué de Céréa Partenaire.

Comment s’est déroulée l’année 2017 pour Céréa Partenaire ?

Nous avons mené cinq opérations au cours des douze derniers mois pour notre fonds Céréa Capital II de 225 millions d’euros, déjà investi pour plus de la moitié de cette somme : Groupe GPS, Carambar & Co, Store Novation, Organic Alliance et Monviso. Tandis que nous sommes sortis d’IpackChem, Bretèche Industrie et Buffalo Grill. Au total, nous détenons des participations dans douze entreprises, quatre via notre fonds précédent et huit via le nouveau fonds. Pour la dette prioritaire, les 268 millions d’euros levés en 2016 ont presque tous été investis dans une trentaine d’opérations. Enfin, en mezzanine, nous avons complété cinq opérations avec notre fonds Céréa Mezzanine III, levé en 2016 avec 200 M€.

Qui sont les souscripteurs de vos fonds ?

Nous levons des fonds essentiellement auprès d'institutionnels français, beaucoup de compagnies d’assurance, et depuis ces dernières années de plus en plus souvent auprès de caisses de retraite et les fonds publics qui ont bénéficié d’évolutions réglementaires leur permettant d’investir dans des sociétés non cotées. En revanche, les banques sont aujourd’hui moins présentes depuis la crise de 2008. Nous avons aussi quelques personnes physiques, des dirigeants d'entreprises que nous avons accompagnés par le passé et qui souscrivent à nos fonds. Ces personnes savent parfaitement que le private equity est un des actifs récurrents le plus rentable dans lequel investir. Enfin, des family offices qui s’intéressent aussi aux entreprises non cotées, sont investisseurs dans nos fonds, mais ils sont encore peu nombreux. Sans oublier Unigrains, qui sponsorise nos fonds entre 17 et 20%.

L’entreprise italienne de biscuiterie Monviso est votre premier investissement hors des frontières nationales. Allez-vous poursuivre vos prises de participations dans ce pays ?

Nous allons développer notre activité en Europe et en particulier en Italie, mais aussi en Espagne et dans les pays du Benelux. Dans ces pays, il y a de nombreuses PME et ETI agroalimentaires qui sont en demande de solutions pour financer leur développement. L’offre y est sans doute moins importante qu’en Allemagne, tandis que nous ne souhaitons pas aller au Royaume-Uni à cause des incertitudes liées au Brexit. Nous n’avons pas encore d’équipe à l’étranger, mais des projets sont à l’étude notamment en Italie. Notre prochaine opération porte d’ailleurs sur une entreprise dont le siège est basé à l’étranger et qui a une activité en France. Comme pour les dossiers en France, nous pouvons proposer une large palette de financements : capital, dette mezzanine et dette prioritaire. Par exemple, pour Monviso, nous avons pu intervenir en prenant une majorité du capital et en proposant un financement mezzanine. Notre force est d'apporter une vraie différenciation dans des pays comme l'Espagne ou l'Italie parce que nous sommes spécialistes de l'agroalimentaire.

Quels sont les principaux paramètres que vous prenez en compte dans vos choix d’investissements ?

Notre objectif est d'apporter des capitaux et de la liquidité à des PME, à des entrepreneurs, ou des familles et de les accompagner dans leurs projets. Nous nous intéressons uniquement aux PME et ETI matures, qui réalisent un chiffre d’affaires compris entre 30 et 200 millions d’euros pour l’activité capital transmission, et jusqu’à 300 ou 500 millions d’euros pour de la dette. Nous sommes là pour aider des entrepreneurs à développer leurs activités. Il faut que cette entreprise soit déjà rentable, qu’elle soit positionnée sur un créneau porteur, qu’elle soit sensibilisée aux enjeux de la RSE et qu’elle soit dotée d’un management de qualité dont on partage les objectifs. Nous sommes aussi très sensibles à son potentiel de développement et en particulier à sa capacité à exporter sur des marchés aux attentes différentes du marché hexagonal. Par exemple, La Comtoise, que nous avons aidé à s'internationaliser, travaille maintenant avec ses premiers clients en Allemagne. La société réalise aujourd'hui 5 % environ de ses ventes à l'export, contre zéro à notre arrivée dans son capital en 2015 *.  Beaucoup d'entreprises ont un vrai besoin d'exporter aujourd'hui, ne serait-ce que pour se désensibiliser de la distribution en France qui s'est terriblement concentrée ces dernières années et continue dans sa guerre des prix à détruire de la valeur. Enfin, nous prenons en compte le contexte marqué ces dernières années par la dérégulation de certaines productions et la volatilité accrue du cours de certaines matières premières.

Quel intérêt une entreprise a-t-elle à se rapprocher de vous plutôt que de sa banque ?

Nous ne sommes pas un simple préteur. Nous apportons du conseil, un réseau, de l'accompagnement. Et nous sommes complémentaires car nous proposons des produits que les banques ne souhaitent pas proposer, du crédit in fine non-amortissable, c'est-à-dire du crédit à 7 ans qui n’est remboursé que la 7ème année, alors que les banques sont plutôt sur des produits amortissables à 5 ans, compte tenu de leurs contraintes règlementaires. Dans le cas d'un projet long, c'est un peu court. Ceci justifie que nous soyons plus chers qu'une banque avec lesquels nous sommes avant tout complémentaires. Et pour les entreprises, c'est aussi un moyen de diversifier leurs sources de financement. Il y a encore quelques années, en France, le financement non-bancaire représentait seulement 30 %, nous sommes probablement maintenant autour de 50 %. Aux Etats-Unis, c'est l'inverse, 70 % du financement est désintermédié. Grâce à notre expertise sectorielle, nous sommes des partenaires qui parlent le même langage qu'eux.

Combien de dossiers étudiez-vous chaque année ?

Nous étudions une quarantaine de dossiers chaque année en capital, qui débouchent sur deux investissements en moyenne par an. En mezzanine, des opérations de quasi fonds propres, nous réalisons quatre à cinq opérations, tandis qu’en dette, il s’agit d’une douzaine d’opérations. Nos trois activités se complètent et le taux de sélectivité des dossiers est à peu près le même pour chacune. Nos investissements qui couvrent tout l'agrobusiness de la fourche à la fourchette, se répartissent à 35/40 % dans la transformation, 30/35 % dans l'aval et dans l'amont et le solde dans les entreprises au service de la chaîne de valeur de l'agroalimentaire.

Quels sont vos objectifs pour l’année 2018 ?

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Dans les prochaines semaines, nous annoncerons le premier closing d’un nouveau fonds de dette qui va prendre le relais du fonds actuel, actuellement en fin de période d’investissement. Ce sera un fonds d’environ 300 millions d’euros qui permettra de proposer de la dette corporate, de la dette senior et de l’unitranche.

Nous allons aussi préparer le lancement d’un nouveau fonds de capital qui verra le jour vers 2019. En termes d’investissement, nous allons mettre l’accent sur l’international : nous nous fixons pour objectif d’investir 20% de nos fonds hors des frontières françaises. Nous avons une approche thématique un peu unique tant en France qu’en Europe, et nous comptons capitaliser sur cette approche pour développer notre activité en Europe.

Que pensez-vous de la volonté d'Emmanuel Macron de favoriser les financements aux entreprises pour relancer l'industrie ?

C'est bien ; on ne peut être que positif. Mais aujourd'hui il y a déjà pléthore de financements sur le marché. Une entreprise structurée et qui cherche à se financer, trouve un financement. On entend dire que certaines entreprises ne trouvent pas de crédit, mais souvent c’est parce qu’on veut financer des risques de capital par de la dette. Forcément, les banques ne suivent pas. Si votre entreprise est sous-capitalisée, vous avez beau avoir de beaux projets, les banques ne sont pas là pour prendre les risques d'un actionnaire. Un des challenges en France est de lever la réticence d’un entrepreneur à ouvrir son capital. C'est tout l'inverse dans les pays anglo-saxons, où un patron préfère avoir 10 % du capital de son entreprise qui fait 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires, que 90 % d'une entreprise qui en fait 50 millions.

La levée de financement et de capitaux est complexe et il est important d’avoir une direction financière solide. Parmi notre portefeuille, les entreprises dont le manager a mis en place une direction financière très solide, sont souvent celles qui performent le mieux.

Pourquoi existe-t-il aussi peu de fonds très spécialisés dans la filière agroalimentaire ?

Parce qu'il est plus facile d'être un investisseur généraliste afin de pouvoir traiter plus de dossiers. Nous ne nous sommes pas instaurés spécialistes du jour au lendemain. Nous avons une vraie valeur ajoutée par notre histoire et aussi parce qu'Unigrains et ses études sont derrière nous. Nous avons construit au fil des ans une connaissance et une expertise approfondies des entreprises intervenant sur la chaine de valeur de l’agroalimentaire.

*Agra Alimentation du 10 septembre 2015

 

Céréa Partenaire : chiffres clés

-1 milliard d'euros levés depuis 2004

-plus de 90 opérations réalisées

-24 collaborateurs dont 18 professionnels de l'investissement