Michel Lacoste, président du Conseil national des appellations d’origine laitière (Cnaol), revient sur les appellations d’origine protégées (AOP), à l’occasion de l’assemblée générale des AOP laitières qui a eu lieu le 29 septembre. Il évoque les trois grands axes de travail pour les années à venir.
Le 29 septembre, s'est tenue l’assemblée générale des AOP laitières. Quel en êtait le thème ?
Le thème en était « les AOP, un concept qui répond aux attentes sociétales ». C’est un sujet qui avait été défini bien avant l’annonce des États généraux de l’alimentation (EGA). Et pourtant il raisonne particulièrement bien avec l’actualité. Les AOP apportent des réponses lisibles aussi bien au niveau du consommateur que du producteur par la transparence qui existe dans les cahiers des charges. Nous sommes régulièrement cités lors des EGA. Pour autant, nous souhaitons continuer à évoluer.
La répartition de la valeur entre les maillons de la filière est donc plus facile que dans les filières conventionnelles ?
Je n’ai pas le sentiment que cela soit plus facile dans le cas des AOP. Mais le fait de travailler avec un collectif d’opérateurs, sur un territoire donné et sur un produit donné permet une approche toute de même différente. Le fait que l’AOP soit un choix joue également auprès des producteurs. Chaque fois que le cahier des charges s’enrichit, globalement la valeur suit. Mais le producteur doit garder en mémoire que le coût du passage en AOP peut être très variable en fonction des filières.
Certains grands groupes, comme Lactalis, sont présents dans les AOP (1). N’est-ce pas un piège à long terme ?
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La présence des industriels dans les filières AOP n’est pas quelque chose de nouveau et ils sont dans l’obligation de respecter les mêmes règles. Ce qui me questionne plutôt, c’est la difficulté de transmission des PME en France, notamment du côté des petites laiteries. Par contre, il ne faut pas perdre la notion de collectif de transformateurs au sein de l’AOP, le monopole d’un transformateur fromager amènerait à son affaiblissement.
Quels sont les axes de travail concernant les AOP à l’avenir ?
Au sein du Cnaol, nous travaillons sur trois axes. Tout d’abord la communication des engagements environnementaux et économiques auprès du consommateur que contiennent les cahiers des charges des AOP. Ce dernier connaît les AOP pour le goût, la qualité du produit mais pas pour ses effets positifs sur le territoire. Nous aimerions que les pouvoirs publics nous accompagnent dans cette communication car nous n’arrivons pas à lever des fonds à Bruxelles. Vient ensuite le renforcement des moyens de lutte contre la fraude en France et à l’international. Il s’agirait de nommer des agents assermentés au sein des AOP et de lutter non seulement contre l’imitation du code visuel ou couleur de l’AOP mais aussi contre l’imitation de sa fabrication, à l’image de ce qui se fait déjà en Italie. Et pour finir, nous souhaiterions un allégement réglementaire dans le cas de changement de cahier des charges à Bruxelles. Les délais sont trop longs et il y a trop d’intermédiaires (Inao, ministère de l’Agriculture, Commission européenne).
(1) « Avec le rachat de Graindorge, Lactalis devient le leader du camembert AOP », Agra Alimentation du 16 juin 2016