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Michel Prugue, Coop de France : « Nous demandons à ce gouvernement d’être lucide et pragmatique »

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Michel Prugue, président de Coop de France, présente sa nouvelle campagne de communication, qui se déroule du 2 au 11 juin, visant à renforcer l’image des coopératives et des coopérateurs. Il attend beaucoup de ce nouveau gouvernement et le prend au mot sur les questions des allégements de charges et du droit à l’erreur. Coop de France apportera sa contribution à la réforme de la Pac et aux États généraux de l’alimentation.

Vous avez lancé la 3e semaine de la coopération agricole. Quelle est l’originalité de cette nouvelle édition ?

La coopération et les coopératives sont encore peu connues du grand public. Après avoir communiqué plusieurs années sur notre modèle et nos valeurs, nous voulons désormais faire connaître nos produits et ouvrir les portes de nos exploitations et de nos usines. Faire savoir ce que nous apportons dans les assiettes des Français. Nous voulons aussi montrer que grâce au fait que les agriculteurs français se sont associés pour investir dans des outils, ils ont créé de l’emploi non délocalisable dans les territoires ruraux. Nous voulons témoigner sur ce qui est positif.

La coopération n’est pas la seule à communiquer sur l’image positive de l’agriculture…

C’est vrai, la grande distribution et les industries privées le font aussi très souvent. Mais nous en avons marre de nous faire piller notre image. Désormais, nous voulons nous la réapproprier et montrer tout ce que l’on fait dans les fermes, les coopératives et leurs outils de transformation dans les différentes filières.

Comptez-vous apposer un logo sur les produits issus de la coopération ?

C’est une piste à explorer. Nous sommes en réflexion pour savoir s’il faut aller jusque-là et s’il faut le généraliser. Certaines coopératives communiquent déjà sur le « consommer coopératif ». C’est le cas de Daucy, Savéol, Agrial ou encore le champagne Nicolas Feuillatte. Il est évident qu’il y a une véritable appétence de nos concitoyens pour en savoir plus sur l’origine des produits alimentaires et leur histoire.

Combien coûte cette campagne de communication ?

Nous consacrons en 2017 un budget de 2,50 M€ à la communication. C’est moins que les années 2014, 2015 et 2016 où le budget était de 4,30 M€. Ceci est lié au fait que nous ne faisons plus de spots publicitaires dans les médias. Aujourd’hui, nous investissons le numérique et les réseaux sociaux en mobilisant l’ensemble de notre réseau, car nous sommes convaincus que c’est là où nous devons être présents. L’impact sera équivalent, voire plus qualifié. Nous venons de lancer un nouveau site internet (www.lacooperationagricole.coop) et une chaîne Youtube qui met en avant des hommes et des femmes qui transmettent leur passion et expliquent leur savoir-faire. On peut aussi aborder les grands débats qui animent notre société : le bien-être animal, l’environnement…

Vous avez mené un combat pour bénéficier du CICE, mais vous n’avez pas eu gain de cause. Avec le nouveau gouvernement, quelles sont vos revendications en la matière ?

Tout le monde nous l’avait promis et il ne s’est rien passé. Or, il était totalement légitime que les coopératives bénéficient du CICE, et le fait de ne pas en bénéficier crée une distorsion de concurrence entre les coopératives et les entreprises privées. On nous rétorque que nous sommes avantagés fiscalement, mais ce n’est pas vrai car les coopératives paient davantage d’impôts territoriaux et elles ont moins de possibilités de défiscalisation. De toute façon, cette question avait fait l’objet d’une plainte devant les tribunaux et nous avons gagné.

Désormais nous demandons de pouvoir disposer du futur dispositif d’allègement de charges promis par le président de la République. Et si le CICE devait malgré tout être maintenu, nous demanderions des outils de compensation. Par ailleurs, au-delà des charges financières, il faut aussi parler de réduction de charges normatives et réglementaires : la durée pour obtenir une autorisation fait partie des distorsions de concurrence entre pays de l’UE.

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Cela rejoint aussi le concept de droit à l’erreur mis en avant par Emmanuel Macron.

Nous serons très attentifs à ce sujet. Aujourd’hui, tout le monde a peur du contrôle, y compris les contrôleurs ! Nous sommes entrés dans une chaîne de la trouille. Nous atteignons des sommets avec la mise en œuvre de la réforme de la Pac. D’autant que toute l’énergie passée dans les tracas administratifs ne l’est pas pour la gestion des entreprises. Il faut complètement changer l’état d’esprit des services administratifs. En revanche, quand il y a une fraude avérée, n’ayons pas peur de sanctionner lourdement. Nous demandons à ce nouveau gouvernement d’être lucide et pragmatique.

Concernant la Pac, quelles sont vos propositions pour la faire évoluer ?

Emmanuel Macron utilise beaucoup le terme "protéger" en parlant de l’Europe. Mais le système d’aides actuel n’est plus en mesure de stabiliser le revenu des agriculteurs. Il faut changer les règles et renforcer la gestion des risques, avec une palette d’outils de quatre ordres : l’épargne de précaution individuelle ; la mutualisation du risque ; un renforcement des systèmes assurantiels ; et enfin une solidarité collective par un soutien financier national et européen. Pour renforcer la gestion des risques, nous considérons qu’il faudrait faire basculer une partie de celle-ci sur le 1er pilier de la Pac. Et surtout, la France doit reprendre le leadership dans les débats européens sur la prochaine Pac.

Dans le cadre des États généraux, la question des relations commerciales entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs va être relancée. Les coopératives sont au cœur du sujet. Faut-il supprimer la Loi de modernisation économique (LME) ?

Tout d’abord, la logique de l’affrontement ne fonctionne pas car le rapport de force est inégal : il est de 1 000 à 100 000 entre la distribution et les agriculteurs ! Et arrêtons de donner comme prétexte le pouvoir d’achat des Français pour tirer les prix à la baisse, car cela détruit de la valeur et incite à l’importation. Par ailleurs, il est illusoire de croire qu’une réforme sur les relations commerciales de plus améliorera définitivement le revenu des agriculteurs. Il y a eu sept lois sur les relations commerciales en vingt ans ! Pour autant, nous pensons qu’il y a lieu de modifier certains points de la LME. Par exemple, il faut arrêter les comparateurs de prix qui sont des pousse-au-crime. Il faut aussi harmoniser le code rural avec le code du commerce. Mais le plus important est de construire des relations sur de nouvelles bases, en faisant en sorte que le fournisseur ne soit pas la variable d’ajustement. Nous devons profiter du fait que les Français sont davantage prêts à payer plus cher les produits dont ils connaissent l’origine pour renforcer l’organisation économique afin de mieux répondre aux marchés.

Comment allez-vous contribuer au débat sur les États généraux ?

Pour réussir à stabiliser le revenu des agriculteurs, il nous semble important d’avoir une approche systémique, en agissant sur plusieurs leviers. Le premier est celui de la gestion des risques : nous sommes convaincus que les coopératives organisent un premier niveau de mutualisation des risques dans les territoires. Le deuxième porte sur les relations commerciales : il faut faire évoluer la LME, le droit de la concurrence et les relations commerciales. Le troisième concerne les marchés, en s’attaquant à la fois à la consommation durable et à l’export. Enfin, le dernier porte sur la performance et la compétitivité des entreprises, avec un allégement des charges et une relance de l’investissement. Les coopératives apportent aux agriculteurs l’indispensable poids économique dont ils ont besoin pour peser dans la filière alimentaire. La spécificité de nos entreprises devra donc être prise en compte dans le cadre de ces États généraux. Nous y serons très attentifs.

Aujourd’hui, tout le monde a peur du contrôle, y compris les contrôleurs ! Nous sommes entrés dans une chaîne de la trouille

La spécificité de nos entreprises devra être prise en compte dans le cadre des États généraux de l’alimentation