Dans une déclaration commune, seize États membres de l’UE, dont la France, demandent à la Commission européenne de revoir la Directive sur le miel afin de rendre plus précis l’étiquetage de l’origine des mélanges de miels. Cette démarche vise aussi à mieux informer les consommateurs et à établir des pratiques de commercialisation équitables.
Au nom de 16 États membres (1), la Slovénie et le Portugal ont présenté, lors du Conseil des ministres de l’agriculture du 27 janvier, une déclaration commune sur l’étiquetage de l’origine des mélanges de miel. Ils estiment que le secteur apicole européen est confronté à de nombreux défis en termes économiques, sanitaires et environnementaux, notamment en ce qui concerne l’origine du miel. Selon les signataires de la déclaration, si la directive sur le miel (2001/110) impose certes une obligation d’étiquetage du pays d’origine du miel, il n’en reste pas moins qu’en cas de mélange de miels récoltés dans plusieurs pays, le miel peut être étiqueté tout simplement comme « mélange de miels de l’UE » ou « mélange de miels de pays tiers » ou encore « mélange de miels de l’UE et de pays non-UE ».
Pour les 16 États membre, un tel étiquetage des mélanges ne fournit pas aux consommateurs des informations complètes et fiables sur l’origine du miel, quand on sait, disent-ils, « la grande sensibilité des consommateurs européens à ces informations ». À leurs yeux, même si les consommateurs ont théoriquement la possibilité de choisir du miel étiqueté d’origine, en réalité, l’étiquetage « UE/non UE » crée un biais d’information chez ces derniers. De nombreux conditionneurs et commerçants de miel en Europe abuseraient aujourd’hui de cette indication d’origine simplifiée dans le but de dissimuler le véritable pays d’origine ainsi que les proportions de miels originaires des différents pays concernés. Les signataires de la déclaration commune reconnaissent toutefois que si les demandes croissantes des consommateurs pour plus d’informations sont un fait, il reste que dans de nombreux cas, le facteur prix est plus important. Par conséquent, disent-ils, « les consommateurs qui optent pour un produit moins cher reçoivent moins d’informations que ceux qui choisissent un produit plus cher ». Pour eux, il ne devrait pas y avoir de discrimination et les consommateurs et les citoyens européens « sont en droit de recevoir la même qualité et la même fiabilité d’information quel que soit le prix du produit ». Ils estiment en outre, qu’il est de la première importance que le miel et les mélanges de miel commercialisés dans l’UE respectent les mêmes normes d’étiquetage afin de garantir une concurrence loyale.
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Comme l’indique, rappellent-ils, le rapport de la Commission européenne concernant le secteur de l’apiculture du règlement 1308/2013 (publié en décembre 2016), le miel importé de pays tiers est beaucoup moins cher que le miel produit dans l’UE. Et en raison des coûts de production plus élevés, les producteurs de l’UE peuvent difficilement concurrencer le miel importé. Les signataires soulignent que l’étiquetage de l’origine des mélanges de miel permettrait une meilleure traçabilité des produits et constituerait un élément supplémentaire d’évaluation de la qualité, laquelle est également un facteur clé du point de vue de la sécurité alimentaire. Un tel étiquetage permettrait également d’éviter d’induire les consommateurs en erreur et d’établir des pratiques de commercialisation équitables. Les 16 États membres invitent donc la Commission européenne à revoir la directive sur le miel (2001/110) afin de résoudre les problèmes mentionnés.
L’UE ne produit que 60 % de ses besoins en miel et doit importer chaque année quelque 200 000 tonnes de miel, principalement de Chine, d’Ukraine, d’Argentine et du Mexique. En 2016, les trois principaux producteurs européens de miel sont la Roumanie, l’Espagne et la Hongrie, suivis par l’Allemagne, l’Italie et la Grèce. En 2015, le miel importé était en moyenne 2,3 fois moins cher que le miel produit dans l’Union. Selon les associations d’apiculteurs et les professionnels de l’UE, une grande partie du miel importé en provenance de Chine pourrait être frelaté et mélangé avec du sucre de canne ou du sucre de maïs.
(1) Bulgarie, Chypre, Espagne, France, Estonie, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Tchéquie.