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Stratégie /Climat Mieux tirer parti dela saisonnalité des ventes

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De nombreuses entreprises de l’agroalimentaire, notamment Bonduelle, Lactalis, Nestlé Waters et Unilever, travaillent depuis quelques années avec l’entreprise Climpact. Cette dernière leur permet de mieux prévoir et analyser l’impact du climat sur la variation de leurs ventes. La saisonnalité des ventes, qu’elle soit liée à des facteurs climatiques ou non, a un impact considérable sur les volumes des grands groupes de l’industrie agroalimentaire, particulièrement pour les spécialistes de produits très saisonniers comme les glaces, les boissons ou les salades traiteurs. Bien comprendre la saisonnalité de leur produit leur permet de réagir beaucoup plus rapidement aux fluctuations du marché et de mieux analyser l’impact sur leurs ventes de leur stratégie marketing ou des variations des prix aux consommateurs. Bonduelle Traiteur l’a bien compris : le groupe estime avoir économisé au moins 300 000 euros cette année, uniquement grâce aux prévisions de Climpact.

De plus en plus d’outils commencent à apparaître pour aider les industriels à maîtriser la saisonnalité de leurs produits. C’est indispensable dans l’agroalimentaire : un degré de plus en été peut faire augmenter les ventes de bières de plus de 5 % et faire chuter les ventes de chocolats de près de 3 %. Et d’après l’entreprise Climpact, la hausse de 11 % des ventes du marché de l’eau gazeuse nature l’été dernier était liée pour 8 points au climat.
Une conférence organisée par Climpact (une entreprise spécialisée dans l’analyse et la prévision de la saisonnalité climatique) le 19 novembre a été l’occasion de découvrir l’ampleur de cette problématique et l’intérêt pour les industriels de l’agroalimentaire de se pencher sur la saisonnalité qu’elle soit climatique ou non. « La saisonnalité doit être bien connue par les industriels car elle peut cacher les véritables tendances d’évolution », explique Régis Bourdonnais, directeur du mastère logistique de l’université Paris Dauphine. Il est donc nécessaire de retirer la saisonnalité des chiffres, pour comprendre par exemple quel est l’impact réel d’une stratégie marketing ou de la hausse des prix. Etudier le comportement des consommateurs sur la base des historiques de sorties de caisses issus de panels de consommation ne suffit pas à bien analyser les ventes d’une entreprise de l’agroalimentaire.
En été par exemple, bien connaître la saisonnalité permet de distinguer dans les résultats d’une gamme de glaces, la réussite qui vient simplement du climat et celle qui vient de la qualité du produit, de sa stratégie marketing ou de son prix. « Une bonne saisonnalité représente 50 % de la qualité d’une prévision », insiste Régis Bourdonnais. Il est souvent difficile de pouvoir déterminer la saisonnalité des produits. En général, les statisticiens travaillent donc plutôt par familles de produits composées d’articles homogènes, ce qui permet à un article nouveau d’être rattaché à une famille.

De grandes variations de volumes
La saisonnalité climatique a un impact considérable sur les ventes, d’où l’intérêt d’une entreprise comme Climpact qui permet à l’industrie agroalimentaire de bien connaître la saisonnalité de ses produits et de réaliser de solides prévisions. « Pour l’eau, l’impact des aléas climatiques peut générer jusqu’à 80 % de variations de volumes en un mois », estime Eric Auriol, docteur en statistique et directeur service clients de la société Climpact. Lors de la canicule de l’été 2003, certaines entreprises du secteur des boissons ont connu des ruptures de stocks de l’ordre de 35 %. Difficulté supplémentaire pour réaliser des prévisions : les comportements de consommation changent selon les régions. « Si la température passe de 20 à 23 degrés à Lille, cela a un impact immédiat sur la consommation de certains produits. A Marseille, un tel changement de température n’aura aucune conséquence, les Marseillais ne s’en rendront même pas compte », note Eric Auriol. Autre exemple : la quasi-totalité de la hausse de la consommation d’eau gazeuse dans l’Est de la France l’été dernier était due aux variations climatiques, alors qu’à Paris la hausse de la température ne peut expliquer que 3,5 % sur les 7,7 % de hausse. « Cela s’explique par la combinaison de deux facteurs : les différences de températures entre les régions et les différences d’impacts du climat sur les habitudes de consommation », indique Harilaos Loukos, co-fondateur et président de Climpact.

Un outil crucial pour Bonduelle Traiteur
Bonduelle Traiteur travaille avec Climpact depuis trois ans. Les prévisions de l’entreprise lui sont indispensables car ses produits ont une durée de vie courte et sont très saisonniers, comme les salades préparées, par exemple, particulièrement consommées en pic-nic, lorsque le temps le permet. La quantité à fabriquer est donc difficile à définir, elle doit être suffisante pour répondre aux demandes fluctuantes de la GMS et dans le même temps il faut éviter la surproduction en cas de mauvaise météo. « Nous pouvons perdre des centaines de milliers d’euros si nous n’arrêtons pas l’usine à temps en cas de baisse de la demande », explique Gérard Perroud, directeur industriel de Bonduelle Traiteur, qui bien avant sa collaboration avec Climpact travaillait déjà sur la saisonnalité.
Les prévisions sont très difficiles à réaliser dans ce métier, par exemple le taboulé n’a pas la même saisonnalité que les salades piémontaises. « Climpact est un outil essentiel pour le bon pilotage de notre entreprise. C’est notre grenouille de luxe », sourit Gérard Perroud. « J’espère que Bonduelle étendra ce travail avec Climpact à ses autres filiales dans les prochains mois », ajoute-t-il. Bonduelle aurait tout intérêt à le faire : grâce aux prévisions de Climpact, la fiabilité de la prévision opérationnelle sur un an est passée de 86,5 % à 89 %, ce qui s’est traduit par une économie de 300 000 euros pour Bonduelle Traiteur grâce à l’augmentation du nombre de commandes honorées (99,5 %). Ces prévisions permettent également de faire évoluer l’entreprise. « Elles peuvent nous aider, par exemple, à convaincre les actionnaires de la nécessité d’agrandir une usine », confirme Gérard Perroud. Outre Bonduelle Traiteur, Climpact travaille notamment avec Nestlé Waters, Unilever et Lactalis.

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