Dans le secteur vitivinicole, deux grands chantiers devront être menés à bien durant l'année qui vient : la mise sur les rails du nouveau régime de plantations de vignes, qui devra être prêt pour le 1er janvier 2016, et la mise au point d'un régime assurantiel permettant de parer aux coups durs climatiques.
Un équilibre à trouver entre conquête des marchés et régulation
La filière vitivinicole se donne à peine six mois pour trouver collectivement les règles qui permettront d'encadrer les plantations de vignes sans indications géographiques (SIG). Dès janvier, le conseil spécialisé « vin » de FranceAgriMer aura à son ordre du jour la discussion des critères permettant de réguler les plantations pour qu'elles ne soient pas anarchiques. Un équilibre devra être trouvé entre la nécessaire conquête des nouveaux marchés qui émergent un peu partout dans le monde, et la régulation des plantations : « Nous devons avoir un régime qui permette de conquérir de nouvelles parts de marché et d'éviter une dérégulation qui entraînerait une surproduction que nous ne souhaitons pas », a résumé fin décembre Jérôme Despey, président du conseil « vin » de FranceAgriMer et secrétaire général adjoint de la FNSEA.
L'acte délégué, décidé en décembre, fixe le cadre de deux critères essentiels pour le futur régime d'autorisations de plantations : le critère d'éligibilité et le critère de priorité pour planter. Le conseil viticole de FranceAgriMer de janvier cherchera à remplir ce cadre. Le critère d'éligibilité aura pour fonction de contenir le risque de détournement de notoriété des appellations et des IGP (indications géographiques protégées) par des vignes sans IG. Le critère de priorité concernera notamment les jeunes qui s'installent, la profession étant préoccupée par le renouvellement des générations. La définition de ces critères doit être prête au printemps prochain, souhaite le président du conseil spécialisé de FranceAgriMer.
Maintenant, comment réguler sans ajouter de la règlementation? Le négoce souhaite un système de règles simple et lisible, les vignerons aussi : « Fixons les critères maintenant. Si l'on constate trop de trous dans la raquette, il sera toujours temps de rajouter des règles », préconise la Cnaoc, la Confédération des appellations viticoles.
Tripler la surface d'hectares de vignes assurés
La répétition des orages de grêle ces dernières années donne un coup d'accélérateur aux projets d'une assurance coups durs pour la viticulture. Il faudra qu'en 2015 les assureurs, les professionnels viticoles et l'État à travers le ministère de l'Agriculture mettent en place un contrat socle d'assurance contre les aléas climatiques, selon Jérôme Despey. L'objectif de la filière à moyen terme est de tripler la surface d'hectares de vignes assurés. Pour l'instant 100 000 hectares de vignes sur 800 000 sont assurés contre les aléas climatiques. Concernant le marché du vin, le prix des vins d'appellation est orienté à la baisse sur les derniers mois, note Agreste, la publication statistique du ministère de l'Agriculture. L'exportation, qui a fléchi du fait des prix élevés, pourrait être relancée. D'autant plus qu'au niveau mondial, selon l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), la production 2014 baisserait de 6 % sur un an, à 271 millions d'hl hors jus et moûts.
La production 2014 de vin s'établit à 46,5 millions d'hectolitres, selon le ministère de l'Agriculture. En hausse de 10 % par rapport aux récoltes historiquement faibles de 2012 et 2013, elle est de 2% supérieure à la moyenne quinquennale 2009-2013, qui est de 45,6 millions d'hectolitres. Le cycle végétatif de la vigne a rencontré des conditions météorologiques favorables : un printemps sec, un été pas trop chaud et une arrière-saison ensoleillée qui a donné le temps à la vigne d'élaborer les éléments qui font la qualité du vin. L'absence de grands coups de chaleur a produit des vins un peu moins alcoolisés que la moyenne tout en contenant des arômes préservés de la détérioration par le soleil. L'année a été marquée par la réédition d'orages de grêle, comme en 2013, mais de façon plus massive. La grêle de début juillet a de nouveau touché le vignoble de Beaune, et a cette fois ravagé celui de l'Aude et de l'Hérault. En 2014, les cours des vins se sont situés à des niveaux supérieurs à ceux des années passées. Pour les appellations hors champagne et toutes appellations confondues, les prix de la campagne 2013/2014 – mesurés par l'indice des prix agricoles entre août 2013 et juillet 2014 – ont progressé de 19%, comparés à ceux de 2012/2013, en raison de faibles disponibilités, selon Agreste. Les prix sur les trois premiers mois de la nouvelle campagne 2014/2015 (entre août et octobre 2014) augmentent de 11 % par rapport à la même période de l'année précédente période des années 2009-2013.