Abonné

Denrées alimentaires Mobilisation contre l’irradiation en Europe

- - 4 min

Une quarantaine d’ONG de 11 pays européens a demandé le 3 mars l’interdiction des procédés d’ionisation pour toutes les denrées alimentaires. En France, un collectif d’associations de protection des consommateurs et de l’environnement a manifesté le 5 mars devant 6 usines d’irradiation. Si cette pratique très encadrée est encore peu utilisée en Europe, ses opposants redoutent son développement à l’image de l’évolution constatée aux Etats-Unis et dans plusieurs pays du sud.

«Nous demandons que l’irradiation soit interdite pour tous les aliments dans l’UE », a indiqué l’organisation Public Citizen Europe dans un communiqué publié le 3 mars. Cet appel, soutenu par 39 ONG de 11 pays européens, réclame une proposition de la Commission européenne pour l’interdiction des procédés d’ionisation ainsi que des interventions des autorités publiques « dans les meilleurs délais » pour faire cesser les ventes illégales de produits irradiés.

Le traitement par irradiation, mis au point dans les années 1950, consiste à soumettre les denrées alimentaires à des rayonnements ionisants pour prolonger leur durée de vie et réduire la présence de micro-organismes pathogènes (prévention de la germination des pommes de terre, des oignons et de l’ail ; extermination des insectes contaminant les céréales, les fruits séchés, les légumes ou les noix ; réduction des salmonelles et listeria présentes dans la viande ; etc.). L’utilisation de cette technique est plutôt limitée en pratique, bien qu’elle soit autorisée dans de nombreux pays. Elle permet d’éviter les inconvénients d’autres techniques de désinfection qui affectent notamment les propriétés gustatives des produits. Mais ses détracteurs lui reprochent de diminuer les teneurs en vitamines des aliments, de ne pas tuer les virus et de servir à masquer les défauts d’hygiène propices à la prolifération des micro-organismes indésirables. Ils ajoutent qu’un rapport de la Commission européenne datant de 2002 a montré que cette technique est parfois utilisée sans autorisation, notamment pour des compléments alimentaires. De plus, les opposants à l’irradiation soulignent que l’utilisation du cobalt 60 augmente les risques pour l’environnement.

Incertitudes scientifiques

Enfin, des doutes subsistent parmi certains experts sur le développement de produits radiolytiques, parmi lesquels des cancérigènes et mutagènes, dans certains aliments irradiés. Pourtant, le procédé a été reconnu comme sûr par toutes les instances internationales compétentes. Un comité mixte OMS-FAO-AIEA (Organisation mondiale de la santé, Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture et Agence internationale de l’énergie atomique) a publié à deux reprises en 1980 et 1997 des avis confirmant que l’irradiation est « sans danger pour le consommateur et adéquat d’un point de vue nutritionnel. Et la Commission du Codex Alimentarius a déclaré en juillet 2003 que les aliments irradiés étaient sains pour la consommation humaine, quelle que soit la dose employée.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
consommateurs
Suivi
Suivre

Législations variables d’un État membre à l’autre

La législation européenne (directives 1999/2 et 1999/3) autorise, moyennant un étiquetage spécifique et des contrôles, l’ionisation des herbes aromatiques séchées, des épices et des condiments végétaux. En l’absence de consensus pour allonger la liste commune des produits pouvant être traités par ce procédé, les États membres ont la possibilité de maintenir leurs autorisations et interdictions relatives aux autres produits irradiés. Des pays tels que la France, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Italie et plusieurs nouveaux États membres acceptent ainsi l’irradiation pour des produits allant de la volaille (France, Pays-Bas, Belgique et Royaume-Uni suivant les produits) aux oignons, à l’ail et aux échalotes (Belgique, France, Italie, Royaume-Uni) en passant par les fruits et légumes (pommes de terre en Belgique et Italie, légumes en Belgique et au Royaume-Uni, fruits au Royaume-Uni et fraises en Belgique) et certaines céréales (France, Pays-Bas, Royaume-Uni).

Hors d’Europe, l’irradiation des aliments se développe, selon Public Citizen Europe, « à un rythme inquiétant », notamment aux Etats-Unis et dans les pays en développement, avec la menace d’une plainte contre l’UE à l’OMC.