Plus d'un tiers des surfaces en blé dur ont été perdues en deux ans. Lors d'un colloque le 23 janvier, la filière est apparue mobilisée pour rebondir. L'innovation apparaît comme un moyen de redonner de l'intérêt à la culture.
Une nouvelle baisse des surfaces en blé dur est prévue cette année en France, de 14 % selon les chiffres donnés par Arvalis lors de son colloque le 23 janvier à Montpellier. Afin d'enrayer le déclin, la filière affiche une « mobilisation de tous les acteurs pour produire plus et mieux », thème d'une table ronde. « Nos surfaces et notre compétitivité sont encore en baisse, il faut donc continuer de travailler ensemble pour rebondir, a déclaré en marge de la conférence le président du comité de pilotage de la filière blé dur Jean-François Gleizes. C'est un atout de fonctionner en filière. » Un premier bilan a été dressé de la Plateforme blé dur, au bout d'une année d'existence. Elle réunit agriculteurs, organismes stockeurs, chercheurs, industriels, pôles de compétitivité, formateurs. « La recherche et le développement en France sont devenus collaboratifs », a souligné le DG d'Arvalis Jacques Mathieu.
Cap sur l'innovation
Une approche collective justifiée par l'existence de « réserves d'innovation », non pas dans un seul secteur mais aux interfaces de l'ensemble des maillons de la filière, d'après Joël Abecassis, de l'Inra. « Tous attendent de l'innovation pour viser demain la double performance : compétitivité et qualité », a-t-il affirmé. Concrètement, trois objectifs sont fixés. Le financement de la recherche génétique en est un. « Si le blé dur décroche, l'écart de chiffre d'affaires par hectare va s'accroître », a mis en avant Guillaume Duboin, DG adjoint d'Arterris. Parmi les résultats déjà obtenus, le président du GIE Blé dur Philippe Lonnet (Florimond-Desprez) a cité l'amélioration de la qualité des protéines sous contrainte d'une baisse des intrants, grâce au transfert de matériel génétique entre blé tendre et blé dur. Un autre volet concerne l'agronomie, notamment sur l'intérêt des légumineuses, de la microfaune et microflore. Enfin, la plateforme vise le développement de nouvelles utilisations du blé dur.
Le « pire des scénarios » de marché
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« Le désamour du blé dur est récent dans l'Hexagone : il remonte à deux campagnes avec les - 25 % de surfaces en 2013 », a noté le consultant Michel Ferret (ex FranceAgriMer), en pointant des chutes plus anciennes en Grèce, Espagne, Italie sous l'effet d'un découplage des aides à partir de la réforme de la Pac en 2003. « Cela est lié à des incertitudes qualitatives, au rapport de prix défavorable. » Analyse confirmée par les résultats d'une enquête d'Arvalis auprès d'agriculteurs en tout début d'année. « La culture du blé dur est jugée fragile par les producteurs, avec des inquiétudes en cours d'année (liées au froid), des déceptions à la récolte (fusariose, mosaïque, désherbage, implantation…), a expliqué Philippe Braun (Institut du végétal). La qualité coûte (en azote) et peut facilement ne pas satisfaire (protéine, moucheture, mycotoxines). » Le profil de la campagne en cours n'a rien pour rassurer les producteurs. Une récolte pléthorique au Canada plombe le marché. « C'est le pire des scénarios pour nous, avec aussi des qualités de blé dur canadien hétérogènes pour tous les segments de marché, a reconnu Jean-Philippe Everling, président du directoire de Durum. Le marché restera lourd jusque 2014-2015. »
Des opportunités à l'export
Reste toutefois des opportunités à saisir sur le marché international. Cette campagne marque la fin au Canada de la commission du blé (Wheat Board). « Le blé dur y était chouchouté, maintenant il est devenu une matière première comme une autre, a-t-il signalé. Autre conséquence, les traders orientent plus la marchandise vers Vancouver, où les chargements s'effectuent en Panamax. C'est une contrainte pour les réceptionnaires. Enfin, les céréales sont en concurrence avec les hydrocarbures pour le transport par locomotive. » L'origine française peut faire valoir de nombreux atouts : des chargements via tous types de navires, des disponibilités toute l'année, des temps d'acheminement très courts vers l'important bassin de consommation au sud de la Méditerranée. « On a connu deux années difficiles en termes de qualité, a admis Jean-Philippe Everling. Une fois rétablie, l'écart de prix entre blés dur et tendre s'approchera à nouveau des 60 euros/t, un niveau incitatif pour les producteurs. »