Curieusement, les modèles agricoles et alimentaires entre les deux blocs occidentaux que sont l’Europe et les États-Unis sont excessivement différents. C’est ce qui risque de faire des négociations qui viennent de s’ouvrir, un affrontement de modèles autant qu’une discussion de marchands de tapis sur des niveaux de droit de douane. L’utilisation des biotechnologies, la conception de la production et de la transformation des produits alimentaires, le rôle du droit, celui des politiques publiques, la liberté d’innover, l’influence des écologistes, le poids des produits liés ou non au territoire, le rôle des marques versus les appellations, etc. Tout ceci contribue à opposer nos deux sociétés issues pourtant d’une même origine. L’opposition est d’autant plus grande que chacune de ces deux sociétés a prétention à être un modèle pour la planète entière. Ces oppositions se retrouvent sur bien d’autres plans : les réticences européennes sur des techniques modernes telles que les OGM se retrouvent face à d’autres technologies telles que les gaz de schiste.
Cette opposition sociétale ne va sans doute pas aider les négociations Europe/États-Unis. Et pourtant, si des secteurs aussi importants que l’élevage, notamment en France, doivent rester extrêmement vigilants face à des concessions possibles, l’Europe peut avoir beaucoup à gagner. Les Américains semblent, par exemple, de plus en plus intéressés à consommer des produits liés aux territoires, des produits diversifiés, tracés. En même temps, les Européens ont besoin de faire reconnaître et protéger leurs propres appellations. Les négociations qui viennent de s’ouvrir en sont l’occasion. Le sens de l’Histoire récente ne se limite pas à l’influence de l’American way of life sur la vieille Europe. Celle-ci peut à son tour modifier les comportements US.
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