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Nitrates « Modifier les pratiques agricoles » pour lutter contre les algues vertes

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Les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement ont présenté le 3 février un plan de lutte contre la prolifération des algues vertes en Bretagne à hauteur de 134 millions d’euros sur cinq ans. Sur le volet agricole, le dispositif prévoit de réhabiliter les zones naturelles dans les bassins versant les plus concernés par le phénomène en réintroduisant des prairies à la place des cultures. Un système de déclaration des flux d’azote et de contrôle des exploitations devrait voir le jour dans un délai de 2 ans sur l’ensemble des 8 baies touchées.

Le gouvernement a décidé de prendre à bras le corps les problèmes des algues vertes en Bretagne. Le Conseil des ministres a adopté le 3 février un plan d’un montant de 134 millions d’euros de lutte contre le phénomène de marée vertes qui s’échouent sur les côtes bretonnes depuis des années. Il porte sur la période 2010-2014. Depuis des années, la prolifération de ces algues suscite le débat. Les agriculteurs, et notamment les éleveurs de porcs, sont régulièrement mis en cause car ils déversent des quantités importantes de nitrates dans les eaux. Mais c’est suite à la mort subite d’un cheval et le malaise de son cavalier sur une plage des Côtes-d’Armor à cause d’un amas d’algues vertes en juillet dernier que le gouvernement s’est réellement saisi de ce dossier. Le plan, préparé par les ministères de l’Agriculture et de l’environnement, a pour premier objectif d’assurer « une gestion irréprochable des algues vertes qui sont échouées en améliorant leur ramassage et leur traitement » afin « de supprimer tout risque sanitaire et de réduire les nuisances », a expliqué le porte-parole Luc Chatel. Un second volet repose sur des mesures préventives qui touchent principalement l’agriculture. Il sera mis en œuvre sous la responsabilité d’un comité de pilotage présidé par le préfet de la région Bretagne. Le détail des mesures a été présenté par Chantal Jouanno et Bruno le Maire à la préfecture de Bretagne (Rennes) le 5 février devant les acteurs locaux (collectivités, agriculteurs, associations…).

20 millions d’euros par an pour l’agriculture
En ce qui concerne l’agriculture, l’objectif est de « réduire les flux de nitrate vers les côtes », notamment en « modifiant les pratiques agricoles », en mettant en place la « traçabilité des flux d’azote » et en « renforçant les contrôles ». Ainsi, 20 millions d’euros par an seront consacrés spécifiquement à orienter la production bretonne vers une agriculture à « basse fuite d’azote ». Le financement de l’incitation à investir dans la méthanisation ne fait pas partie de cette enveloppe, mais viendra en plus. Il pourra se faire au travers d’aides à l’investissement de la part de l’Ademe ou de tarifs de rachat préférentiels du gaz, de la chaleur et de l’électricité produites. L’ensemble des mesures agricoles du plan sera immédiatement mise en œuvre dans les baies de Saint Brieuc et Lannion (les deux bassins versants pilotes) puis étendues à l’ensemble des vingt-trois bassins versants associés aux huit baies concernées par les phénomènes de marées vertes.

Réhabiliter les zones naturelles
Une des mesures phares du plan réside dans le maintien et la réhabilitation des zones naturelles dans les bassins versants. Cela ne signifie pas nécessairement d’en exclure l’agriculture mais d’y installer des productions extensives à bas niveaux d’intrants. Avec l’idée de réintroduire des prairies à la place des cultures (comme le maïs) sur lesquelles sont épandus les effluents d’élevages. En plus, ces zones humides présentent l’avantage de dénitrifier l’eau, ce qui devrait amplifier les effets bénéfiques de la mesure.
Pour le reste, le dispositif doit surtout permettre de s’assurer que les mesures déjà mises en place depuis plusieurs années sont bien appliquées. Un système de traçabilité des flux d’azote va servir à vérifier la cohérence de l’ensemble des exploitations avec les obligations légales. Chaque personne émettant de l’azote va devoir le déclarer auprès des services de l’État. Avec le suivi de ces déclarations, il sera possible d’évaluer la performance des exploitations et ainsi de mieux orienter les contrôles. À terme, une correction des calendriers d’épandage n’est pas exclue.

Apprentissage des bonnes pratiques
Grâce à un réseau de fermes de référence, chaque année, en fonction des conditions climatiques, un seuil de nitrates dans le sol en sortie d’hiver sera établi. Les exploitations contrôlées qui auront dépassé ce seuil subiront un examen approfondi pouvant aboutir à des sanctions si des irrégularités venaient à être constatées. Mais l’objectif principal de cette démarche repose surtout sur sa dimension d’apprentissage. Les exploitants au-dessus des seuils se verront prodiguer des conseils sur les bonnes pratiques à mettre en place pour rentrer dans le rang.
Un comité scientifique d’experts, réunissant des spécialistes de l’Inra, du CNRS et d l’Ifremer voire des instituts techniques agricoles (ce point qui n’est pas encore tranché), a pour vocation de suivre le plan et d’apporter son expertise au comité régional chargé de son application. Un dernier volet prévoit d’améliorer les connaissances sur le phénomène de prolifération des algues vertes et sur les moyens de leur valorisation. Pour cela, un groupement de recherche va être mis sur pied. Ses missions : expliquer les raisons précises du phénomène de marée vertes, proposer de nouvelles pistes de mesures préventives et développer des techniques de ramassage des algues, en pleine mer notamment avant leur échouage sur les plages. Des mesures qui prouvent que le problème est loin d’être résolu.

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