Abonné

Gaz à effet de serre Moins d’émissions, c’est positif

- - 5 min

L’énergie est au cœur de l’actualité. La journée de rencontre « Agriculture, énergie, climat : nouveaux défis », le 29 novembre, à Paris, fut l’occasion pour les membres du programme « Grignon énergie positive » d’affirmer que réduire la dépendance de l’agriculture à l’énergie est possible, et positif.

 

Le jour même de l’ouverture du débat national sur la transition énergétique, c’est bien d’énergie qu’ont parlé les participants aux rencontres de l’agriculture positive, le 29 novembre à Paris. Et ils avaient un premier message positif : oui, l’agriculture peut réduire de façon significative ses émissions de gaz à effet de serre. Cette journée était la troisième du genre, depuis le lancement, en 2005, du programme de recherche Grignon Energie positive (1), qui teste « l’intensification écologique » en vue de réduire les impacts de l’agriculture sur le climat. Aujourd’hui, le projet fédère un réseau d’une vingtaine d’exploitations agricoles engagées dans ces expérimentations. Ces retours s’inscrivent dans une actualité fortement politique sur l’énergie : ouverture du débat national, mais aussi révision du plan de performance énergétique des exploitations agricoles, prévue pour 2013, avec pour toile de fond, la révision de la Pac.

Réduire à l’amont : fertilisation et aliments

L’énergie, qu’elle soit directe ou indirecte, pèse sur l’agriculture, dans le bilan économique des exploitations, comme dans le bilan carbone du secteur (voir encadré). Or, les intervenants ont montré qu’il est possible de réduire la consommation d’énergie directe ou indirecte du secteur agricole. À l’amont, tout d’abord. Côté fertilisation, l’industrie a réussi à diviser par deux, par rapport à 2008, le facteur d’émission de gaz à effet de serre de la production d’ammonitrate, a expliqué Philippe Eveillard, responsable agriculture, environnement, statistiques à l’Unifa, l’Union des industriels de la fertilisation azotée. Notamment grâce à des technologies de dégradation du protoxyde d’azote, gaz émis lors de la fabrication des engrais azotés, dont le pouvoir de réchauffement est 275 fois supérieur à celui du CO2. La filière a également joué sur la formulation des engrais, des solutions biologiques ou la fertilisation de précision.
L’aliment pesant pour près de la moitié des émissions de GES dans les filières animales, les fabricants d’aliment contribuent aussi au bilan carbone des élevages. Premier levier d’amélioration, choisir des matières premières moins coûteuses sur le plan environnemental. Par exemple, éviter le soja brésilien, pour limiter la déforestation, ou substituer certaines céréales par d’autres plantes. Sans hausse de coût de l’aliment vendu aux éleveurs, 10 à 20 % des émissions peuvent être évitées selon les productions, a calculé Mireille Huard, responsable formulation et technologie au groupe CCPA. On peut aussi travailler la formulation, et améliorer l’efficacité alimentaire, c’est-à-dire la capacité de l’animal à transformer la nourriture ingérée en viande ou en lait. Bien entendu, rien n’est simple. « Certaines options, comme l’augmentation de la part de concentré ou l’intensification peuvent être intéressantes pour réduire la production de méthane entérique chez les ruminants, a souligné Jean-Basptiste Dollé, de l’institut de l’élevage. Mais si on analyse à l’échelle de l’exploitation, le bilan de la pratique peut être négatif, parce que les animaux peuvent être davantage en bâtiment, avec une hausse des émissions, etc. Il est donc important d’avoir une approche globale. »

Anticiper les solutions

Pour Jean-Michel Saubiez, il faut même élargir l’échelle. Pour cet agriculteur de Vendée, vice-président de la coopérative Cavac, autonomie ne signifie pas autarcie. « Ce que je produis sur une exploitation ne correspond pas forcément au besoin des animaux qui sont sur l’exploitation, explique-t-il. Je pense que c’est dans un souci de complémentarité sur le territoire qu’on trouvera une certaine autonomie. » Membre du réseau Grignon énergie positive, il explique ainsi son engagement dans cette démarche de progrès qui ne trouve, aujourd’hui, aucune rémunération distinctive par le marché : « Pour moi, c’est un travail de prospective. Pouvoir évaluer les émissions de GES, avoir des références… La majorité de mes collègues ont sans doute l’impression de ne pas avoir de prise là-dessus. Mais je suis convaincu que si on ne fait pas de démarche volontaire dans ce sens-là, tôt ou tard, on nous l’imposera. »

(1) le programme Grignon énergie positif rassemble AgroParis Tech, l’Ademe, l’Agence de l’eau Seine-Normandie, Arvalis, BASF Agro, l Cetiom, Coop de France, le Cniel, le Conseil régional d’Ile-de-France, le Feader, Glon-Sanders, InVivo, Sita, Sofiprotéol et Terrena.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.