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Stratégie Monoprix : Casino et les Galeries Lafayette se donnent encore trois ans

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A six mois de l'échéance d'un premier accord de partenariat relatif à leur filiale à 50/50 Monoprix, les Galeries Lafayette et Casino viennent de conclure un nouvel accord donnant à Casino une option de contrôle à terme de la chaîne.

 L'échéance à venir – l'exercice en juin 2003 d'une option de vente (« put ») à Casino de la chaîne de supermarchés Monoprix par les Galeries Lafayette – était encore trop précoce pour le groupe co-présidé par Philippe Houzé et Philippe Lemoine. Lundi 10 février,

Philippe Houzé, Philippe Lemoine, pour les Galeries Lafayette, et Christian Couvreux et Pierre Bouchut, pour le groupe Casino, ont présenté un nouvel accord visant à prolonger et à aménager celui conclu en mai 2000. Il permettra notamment aux Galeries Lafayette de garder leurs 50 % de Monoprix jusqu'en janvier 2006. Pour l'heure, les deux groupes vont donc poursuivre leur partenariat tout en corrigeant quelques aspects de l'accord de mai 2000. L'accord présenté lundi comporte ainsi quelques nouveautés. Une chose est sûre, Monoprix continuera d'être géré en partenariat et détenu à 50/50 par les deux groupes jusqu'au 10 janvier 2006. C'est seulement à partir de cette date que Monoprix pourra éventuellement changer de mains. Quatre scénarios prévoient l'exercice de plusieurs options.

« Call » au 1er avril 2009

Le premier scénario concerne la période de janvier 2006 à avril 2009. Il réserve la décision aux seules Galeries Lafayette, qui auront la possibilité d'exercer ou non une option de vente (« put ») de leurs 50 % de Monoprix à Casino. La transaction se ferait à un montant correspondant globalement à 219 euros par action indexé au taux Euribor plus 210 points de base du taux, plus une prime « upside » (égale à la moitié de la différence entre le prix indexé et une valeur d'expertise par action si elle est supérieure à ce prix).

Si les Galeries Lafayette n'ont pas exercé leur option de vente au 1er avril 2009, trois autres scénarios seront possibles. Primo, les Galeries gardent la possibilité d'exercer leur droit, mais à un prix fondé sur une valeur d'expertise de Monoprix. Deuzio, Casino exerce une option d'achat (« call »), que l'accord lui réserve et qui porte sur 10% du capital de la chaîne, à un prix fondé sur une valeur d'expertise augmentée de 21%. Dans cette éventualité, les Galeries obtiendraient la possibilité de faire jouer une option de vente portant sur les 40% restants, rendant Casino propriétaire de l'ensemble du capital de Monoprix. Tertio, Casino exerce son option d'achat sur 10% de la chaîne mais les Galeries Lafayette choisissent de garder les 40% restants, avec néanmoins une option de vente sur cette part. Dans ce cas, la valeur d'expertise ne sera pas augmentée de 21%. Pour choisir de conserver ou non cette minorité de blocage, les Galeries Lafayette auront un an à partir de l'exercice du « call » par Casino.

38% en PF

La collaboration de Casino et des Galeries Lafayette ne date pas d'hier. Monoprix s'est affilié dès 1996 à la centrale d'achats de Casino (38% du CA de la chaîne sont réalisés en produits frais et 27% en produits de grande consommation). La participation de Casino dans le capital de la chaîne de supermarchés (21,4%) a été décidée l'année suivante à l'occasion de l'acquisition par cette dernière de son concurrent Prisunic, avant d'être portée à 50% à l'occasion de l'accord de partenariat de mai 2000. Du côté de Casino, le bénéfice réside dans le fait de disposer d'une option à terme sur le contrôle de Monoprix, enseigne correspondant à son développement stratégique dans la proximité, sans pour autant procéder à un engagement hors bilan peu prisé par les marchés financiers. Du côté des Galeries Lafayette, l'intérêt est de conserver une filiale performante qui contribue fortement à leurs résultats tout en obtenant une flexibilité totale dans la décision, sans pour autant se priver de nouvelles ressources qu'elles pourront se procurer en mobilisant financièrement leur « put » auprès des institutions financières. Qui plus est, les deux groupes vont se partager des ressources jugées non nécessaires à l'exploitation de la chaîne et estimées à 400-500 millions d'euros, à la suite d'une offre de retrait de la chaîne (au prix de 219 euros par action). Le versement du dividende de 25% du résultat net courant consolidé de 2002 sera complété d'un dividende exceptionnel de 261,5 millions d'euros.

En ce qui concerne le management de la chaîne, Philippe Houzé restera président du conseil d'administration, avec voix prépondérante sur l'ensemble des décisions, jusqu'en mars 2008. Après cette date et jusqu'à l'exercice du call de Casino, la présidence sera tournante, par mandat de trois ans avec voix prépondérante. Si Casino exerce son « call », le groupe aura la faculté de nommer le président et la répartition des sièges au conseil d'administration sera proportionnelle à la participation au capital, les Galeries Lafayette conservant un droit de veto sur les décisions de changement d'enseigne et les investissements « significatifs ».

Le développement de la chaîne continuera de privilégier des implantations en centre-ville. La recherche d'opportunités à l'international, bien qu'annoncée par les deux groupes, est peu probable. Philippe Houzé lui-même souligne la nécessité de renforcer le modèle économique de la chaîne avant de l'exporter dans des zones qui disposeraient du pouvoir d'achat visé mais pas de concurrent. A noter que la chaîne compte également accroître la part des MDD dans son offre.

En 2002, Monoprix a réalisé un chiffre d'affaires consolidé hors taxes de 3,72 milliards d'euros en 2002, en hausse de 3,58% par rapport à l'exercice précédent. A magasins comparables, la progression des ventes au détail TTC par rapport à 2001 s'établit à 2,3%. Sur le seul quatrième trimestre, le chiffre d'affaires a grignoté 0,1% à 1,061 milliard d'euros contre 1,018 061 milliard d'euros sur la même période de 2001.