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OGM Monsanto, un leader encore incontesté

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Même si les concurrents s’affirment, tel Syngenta, Monsanto reste le groupe qui réalise le plus fort chiffre d’affaires mondial dans le domaine des biotechnologies. En Europe, tout particulièrement, il reste maître du marché.

Quelque 102 millions d’hectares de surfaces OGM dans le monde, c’est ce que l’Isaaa (Service international pour l’acquisition des biotechnologies en agriculture) a comptabilisé pour 2006. L’organisation prévoit un passage à 200 millions d’hectares d’ici à 2015. « Les biotechnologies ont atteint un point de non-retour au niveau mondial », s’est réjoui Jean-Michel Duhamel, directeur de Monsanto Europe du sud, en conférence de presse le 25 juin à Paris. Sur 7,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires, le leader de la semence et des biotechnologies a réalisé du 1er septembre 2005 au 31 août 2006 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires grâce aux ventes de semences conventionnelles et transgéniques. La multinationale affiche aujourd’hui la volonté de se renforcer sur son métier de base : « Notre client, c’est l’agriculteur, et nous voulons avant tout lui offrir des semences », a insisté Jean-Michel Duhamel. La firme reste toutefois très attachée à son herbicide total à base de glyphosate, le Round up, « produit majeur et magique » selon Jean-Michel Duhamel, qui lui procure 3 milliards de chiffre d’affaires.

De nombreux partenaires

Les frais d’avocats seraient-ils trop élevés ? Plutôt que de se battre sans fin avec ses concurrents, comme ce fut le cas avec Bayer autour de la paternité du maïs Bt, Monsanto semble aujourd’hui décidé à construire des partenariats. Une manière de s’assurer, sinon des alliés, au moins des moyens de recherche supplémentaires dans un secteur où l’avance technologique est déterminante. Fin juin, le groupe a ainsi signé un accord mutuel d’échanges de licences avec Bayer, numéro un mondial de l’agrochimie. « Bayer et Monsanto sont totalement complémentaires dans le domaine des biotechnologies », estime Jean-Michel Duhamel. Fin mars, Monsanto a également conclu un accord de collaboration à long terme avec BASF : les deux firmes vont mettre en commun leurs moyens sur le développement de certains évènements (expression d’un gène particulier) phares, susceptibles d’améliorer les rendements et la résistance à la sécheresse en maïs, soja, coton et colza (voir Agra presse hebdo n°3097). Et en fruits et légumes, le groupe a annoncé fin mai la création d’un partenariat avec Western Seeds et Poloni. « Nous sommes actionnaires, a précisé Jean-Michel Duhamel. Ces sociétés continueront à être gérées par leurs actuels dirigeants ». Bien sûr, la firme compte également développer ses marques propres : Dekalb et Asgrow, pour le maïs et le soja, Delta and Pineland pour le coton. Et elle mise aussi sur les contrats de licence, avec lesquels elle met à disposition sa technologie auprès des autres semenciers.

Syngenta dispose d’importantes ressources génétiques

A l’ombre du géant américain, la société Syngenta, dont le siège se trouve à Bâle, en Suisse, a, elle aussi, beaucoup investi dans le secteur des OGM. Comme l’écrit la firme dans son rapport annuel 2006, « les nouvelles technologies sont un élément majeur de la croissance du secteur des semences ». L’an dernier, Syngenta a gagné 1,743 milliard de dollars grâce aux ventes de semences conventionnelles et transgéniques, pour un chiffre d’affaires total de 8 milliards de dollars. Les ressources génétiques dont dispose la société sont tout à fait comparables à celles de Monsanto. L’entreprise porte une bonne partie de ses efforts sur le maïs, selon elle « la culture la plus valable au niveau mondial », du fait de son intérêt en alimentation humaine, animale et pour les biocarburants. Syngenta s’est également entouré d’alliés. Fin juin, la société a par exemple annoncé la signature d’un accord de collaboration avec l’Institut de génétique et de biologie du développement de Pékin. Sur certaines espèces, Syngenta aura le droit de commercialiser des caractères génétiques mis au point par l’institut, et ce, dans le monde entier. Plusieurs mois avant Monsanto, la société a également passé un accord avec Dupont pour former une « joint venture » afin de faciliter l’obtention de semences OGM et la mise au point de nouveaux caractères à destination du marché américain. L’accord est a priori moins large que ceux signés par Monsanto avec Bayer et BASF. « Nous restons complètement concurrent de Pioneer [filiale de DuPont pour les semences] ! », observe Bernard Reilhac, responsable des ventes en France pour NK seeds, la marque de Syngenta.

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Un marché européen en expansion

Les deux firmes et leurs partenaires s’intéressent au marché européen, qui s’ouvre peu à peu aux semences transgéniques via le maïs. Pour le moment seul l’évènement MON810 de Monsanto est autorisé en culture chez les 27. Syngenta, qui dispose aussi de cette technologie, n’a pas pu faire homologuer son propre gène. « D’une certaine manière, les écologistes ont encouragé la suprématie de la firme américaine Monsanto au détriment des entreprises européennes », indique un spécialiste. Toutes les variétés de maïs OGM disponibles en Europe contiennent donc l’événement MON 810, pour lequel Monsanto rétrocède des licences d’utilisation. « Notre part de marché est probablement plus forte qu’elle ne devrait », reconnaît le directeur de Monsanto Europe du sud. En 2007, 100 000 hectares de maïs OGM seraient cultivés en Europe, dont 60 000 en Espagne, 25 000 en France, 3 000 en Allemagne, 1 500 au Portugal, le reste se trouvant en République Tchèque et en Slovaquie.

Dekalb et Pioneer se partagent le marché français

En France, Monsanto, via la marque Dekalb, couvre 40 % du marché soit 10 000 hectares, à égalité avec Pioneer. « Depuis deux ans, nous avons une gamme complète allant du très précoce au très tardif », précise Bruno Bertheloz, chez Pioneer. Syngenta a pour sa part fait le choix de s’abstenir du marché français. « Tant que les autorités françaises ne donnent pas leur feu vert, nous ne commercialiserons pas d’OGM », affirme Bruno Reilhac. Les autres semenciers couvrent les 5 000 hectares restants. Parmi ceux-ci, le groupe Limagrain, toujours leader du marché en semences conventionnelles, a débuté cette année la commercialisation de la variété Poncho Yieldgard sous la marque LG. « Son développement est encore très pelliculaire,observe Bruno Pouzet, chef de marché maïs pour LG. Seules quelques centaines d’hectares sont concernés ». Car la variété, commercialisée sous étiquette orange, attend son inscription définitive au catalogue européen. Le véritable lancement aura lieu l’an prochain. LG attend également l’homologation de la variété LG3391, demi-précoce et déposée en France. L’optimisme semble de mise en ce qui concerne une possible validation sur le catalogue français… ce qui serait une première. Si les règles françaises se détendaient, d’autres semenciers, comme KWS, viendraient enrichir la concurrence face à Monsanto.