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Lait Mouvements de fusions dans les coopératives

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La concentration se poursuit dans le secteur coopératif laitier à l’approche de la fin des quotas. Lors de l’assemblée générale de Sodiaal, une fusion a été actée avec la coopérative 3A. Le groupe diversifie ses activités et veut profiter des opportunités du marché international. Terra Lacta s’est également rapproché de Bongrain, et VPM de Coop’Aliance. Début 2013, Eurial et Agrial s’étaient déjà alliés, alors que Coralis cherche un partenaire.

Mardi 25 juin 2013, les conseils d’administration de Sodiaal et de 3A ont approuvé un projet de fusion, par échange de parts sociales, qui pourrait intervenir fin 2013. « Ce rapprochement, envisagé dans un objectif de création de valeur, leur permettrait d’unir leurs forces dans un contexte de mutations attendues dans la filière laitière à l’horizon 2015 avec la fin des quotas laitiers », expliquent les deux structures dans un communiqué publié le 25 juin. La fusion avec les fromageries de Blâmont a également été actée. Le nouveau groupe collecterait plus de 5 milliards de litres de lait par an auprès de 14 000 éleveurs, soit environ 20 % de la production française.
L’opération renforce le leader de la coopération laitière française dans les fromages et les ingrédients, et réduit sa dépendance au marché peu rémunérateur du lait de consommation. Mais elle peut étonner alors que Sodiaal avait mis l’accent l’an passé sur le redressement de ses résultats. De son côté, le groupe du Sud-Ouest 3A, qui connaissait des difficultés chroniques, trouve un appui coopératif et un nouveau débouché pour ses adhérents, notamment ceux en zone de montagne qui ne sont pas en situation très favorable à la veille de la sortie des quotas. Pour Sodiaal, lancé dans ce qui ressemble tout de même à une course aux volumes, cette opération permet d’accroître significativement la collecte, mais aussi de compléter et diversifier le portefeuille industriel du groupe.

Les marchés asiatiques en ligne de mire

Réelu comme président de la coopérative, François Iches (qui n’assurera pas la totalité de son mandat, puisque Damien Lacombe, pour qui un statut de directeur délégué a été créé, prendra les rênes après une période de la transition) a justifié la fusion avec 3A par la « recherche d’une taille critique déjà entamée avec le rachat d’Entremont. Nous allons avoir un poids encore plus conséquent face à la grande distribution, pour pouvoir faire face à des crises sectorielles ». Il a insisté sur « l’impérative nécessité de tisser en permanence des liens forts avec nos adhérents », ainsi que sur la « nécessaire maîtrise des flux » en prévision de la sortie des quotas laitiers : « Nous avons énormément progressé dans la maîtrise de l’équation laitière et dans le mix produit : nous possédons quasiment tous les métiers du lait ».
L’objectif de Sodiaal est d’améliorer la valorisation du lait au niveau européen, en misant sur la poudre de lait haut de gamme et sur les fromages, notamment AOP. Mais le groupe ne veut pas rater les opportunités offertes par la croissance de la demande internationale, en profitant de la qualité sanitaire française. Il possède pour ça un atout de poids, la société Euroserum, leader mondial de la poudre de lait. Sodiaal va ouvrir des bureaux à Shangaï (Chine) et Singapour, lancer la marque Candia en Chine d’ici un mois, et adhérer au global dairy trade, la plate-forme d’enchères international du lait et ses 700 clients. Damien Lacombe voit Sodiaal comme « une coopérative de taille européenne, capable d’aller chercher des marchés pour ses adhérents, et qui cultive ses racines dans 70 départements ».
Concernant la fermeture des usines de Candia, le directeur général Giampaolo Schiratti a laissé entendre que des pistes de réindustrialisation étaient étudiées, et que la direction allait mieux travailler avec les représentants du personnel.

Quelle place pour les éleveurs ?

Alors que plusieurs questions sur le prix du lait ont été posées par les adhérents pendant l’AG, sans obtenir de réelles réponses, les conséquences de la fusion pour le quotidien des éleveurs restent à démontrer. « On voit ça d’un très bon œil », commente André Bonnard, trésorier de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Pour lui, le groupe pourra peser plus de poids face à la grande distribution et ainsi mieux rémunérer les producteurs. « Si les distributeurs refusent de passer une hausse, Sodiaal pourra reporter le stock de lait en fromage pour faire remonter le prix du lait UHT, par exemple », commente t-il. Mais Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne et adhérent de Sodiaal, dénonce une « fuite en avant ». Il se demande « quel va être le poids des éleveurs dans les conseils d’administration de monstres pareil ? Les gens qui y siègent sont déconnectés de la réalité des fermes ». Il plaide pour d’autres formes de coopératives, plus petites, « comme les fruitières, dans le Comté ou en Haute-Savoie, qui marchent très bien ».

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