Adoptant une grande prudence sur le sujet, le ministre de l’agriculture Hervé Gaymard se garde bien de commenter ou de prendre position sur «l’Affaire» qui émeut l’ensemble de la profession agricole, à propos de l’utilisation des taxes parafiscales devenues CVO (Cotisations volontaires obligatoires). On le comprend : affaire privée, affaire ancienne, le fait que les professionnels invoquent l’assentiment des ministres d’hier n’est pas une raison pour que celui d’aujourd’hui se sente obligé de sortir du bois.

Pourtant, le sort de la parafiscalité, des CVO et des organismes et interprofessions qui les gèrent, ne devrait pas être indifférent aux acteurs de la politique agricole. Il n’y a pas si longtemps, les fonds d’organismes comme Unigrains constituaient une des rares sources de financement disponibles pour intervenir d’urgence : ici sur le porc, là sur la production bovine ou plus loin sur la rénovation du verger. En remontant plus loin dans le temps, c’était la Caisse nationale de Crédit agricole qui fut, avant sa mutualisation, une pratique « vache à lait » du gouvernement pour financer des mesures d’urgence. La Banque verte prête encore parfois son concours mais pas pour les mêmes montants ni dans les mêmes conditions.

Remettre en cause ces financements, c’est donc aussi remettre en question une part significative des capacités d’action du ministre de l’agriculture. En ces temps de disette budgétaire - en dépit ou à cause de quelques largesses électorales accordées aux restaurateurs, par exemple - les responsables de la politique agricole regretteront peut-être la disparition de ces leviers financiers. De fait, le procès de la parafiscalité risque aussi de déboucher, qu’on le veuille ou non, sur un débat concernant les moyens de la politique agricole française.