Les restructurations se poursuivent dans le Grand Ouest. Terrena, Unicopa et Pigalys ont décidé d’unir leurs forces et de mettre en commun leurs activités dans la filière porcine, tandis que Cooperl et Arca devraient annoncer aujourd’hui leur fusion au sein d’un ensemble baptisé Cooperl Arcatlantique. Séparé d’Arca pour « désaccord », Terrena va adhérer à l’Union de coopératives Pigalys et va prendre une participation, dont le pourcentage est encore en cours de négociation, dans le capital de Brocéliande ALH, la filiale de charcuterie du groupe coopératif Unicopa. Si la fusion Arca et Cooperl n’est pas encore entérinée, à l’heure où nous bouclons, elle doit recevoir l’aval des adhérents des deux coopératives réunis en assemblée générale les 3 et 4 septembre. Ces deux nouvelles alliances donnent naissance aux deux premiers groupes français du porc, devant le récent groupe composé de Gad, Prestor et la Cecab. C’est un grand pas réalisé par les groupes coopératifs bretons qui veulent autant assurer des débouchés à leurs producteurs en créant de la valeur ajoutée en aval, que reprendre les parts de marché perdues face à leurs concurrents européens que sont l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas ou l’Espagne.
Terrena, Unicopa et Pigalys sont les premiers à officialiser leur partenariat. Ils regroupent leurs activités dans le porc, de l’amont à l’aval. Concrètement, le groupement de producteurs de porcs de Terrena va adhérer à l’Union des coopératives Pigalys. Cette dernière, qui rassemble les coopératives sociétaires d’Unicopa, de Pigalys et de Porcs Sud Bretagne, commercialise actuellement 1,5 million de porcs et regroupe 700 adhérents. L’Union Pigalys comptera désormais plus de 2,2 millions de porcs et regroupera près de 1000 producteurs sur les régions Bretagne, Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes. A travers Pigalys, Terrena vient également renforcer la plateforme commerciale Initia, qui commercialisera désormais 5,5 millions de porcs, soit 20 % de la production française. Parallèlement, Terrena va entrer au capital de Brocéliande ALH, filiale spécialisée dans la charcuterie-salaison du groupe coopératif Unicopa. Le montant de la participation minoritaire fait encore l’objet de négociations.
Les deux groupes coopératifs n’en sont pas à leur premier rapprochement. En juin dernier, Unicopa s’était séparé de son activité de transformation de volailles fraîches au profit de Terrena Cf Agra alimentation n°2023 du 12/06/2008 page 21, tout en gardant une activité de production. Les deux groupes coopératifs sont également partenaires dans l’agrofourniture, puisque Unicopa est associé de Catelys aux côtés de Terrena et d’Even.
L’annonce de ce rapprochement intervient quelques jours après que Terrena et Arca aient officialisé leur «séparation à l’amiable», en raison de désaccords sur le projet de fusion entre Arca et le groupe breton Cooperl annoncé en juin 2008 Cf Agra alimentation n°2012 du 20/03/2008 page 20. «Depuis plusieurs mois, la conduite du projet avait fait apparaître des divergences sur la future organisation de la coopérative Cooperl Arcatlantique», indiquent les deux coopératives, ajoutant «chacune des deux structures conduira dorénavant sa stratégie séparément». Cooperl et Arca n’en annulent pas pour autant leur rapprochement. Les deux groupes soumettent au vote de leurs adhérents leur projet de fusion les 3 et 4 septembre (voir ci-après).
Occuper une position de leader européen
L’objectif affiché de Terrena et d’Unicopa : recentrer les structures respectives des deux groupes sur les activités aval où ils ambitionnent d’occuper rapidement une position de leader européen et d’être en mesure d’investir dans l’innovation produit par une approche nutrition santé. « Le point le plus important de cet accord est notre engagement dans l’aval, l’objectif étant d’asseoir la position de notre filière et de l’accompagner tant en développement interne qu’en développement externe », précise Hubert Garaud, président de Terrena, ajoutant : « Nous avons une vision stratégique commune : en s’appuyant sur un amont fort et en apportant de la valeur à nos producteurs, nous voulons faire émerger un leader de la charcuterie et de la salaison ». Avec un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros et 53 000 tonnes de charcuterie commercialisées, Brocéliande ALH transforme près de 5 millions de jambons. « Sur l’amont, nous élargissons notre territoire aux Pays-de-la-Loire pour créer un acteur majeur du Grand Ouest. Du point de vue de l’aval, nous renforçons notre activité de charcuterie et de salaisons, notre axe stratégique depuis de nombreuses années. Nous avons délibérément fait le choix de ne pas être un acteur de l’abattage », explique Rémy Letienne, directeur général d’Unicopa. En effet, l’originalité de leur rapprochement réside dans l’absence d’activité d’abattage, souligne Michel Rieu, économiste à l’Institut technique du porc (Ifip).
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Atteindre 70 000 tonnes de charcuterie
Unicopa a mis en place un plan à trois ans avec l’objectif d’atteindre 70 000 tonnes de charcuterie d’ici à 2011. Un investissement de 13 millions d’euros est d’ores et déjà programmé. Il sera consacré à l’augmentation des capacités de production de ses quatre sites industriels, basés à Villers-Bocage (Calvados) pour les produits libre-service, à Bécherel (Ille-et-Vilaine) et à Loudéac (Côtes d’Armor) pour la charcuterie destinée aux rayons coupe et traiteur, et à Roanne (Loire) pour les produits secs.
Après avoir repris Argoat Le Hir en 2006 (3), Brocéliande a vu sa capacité de production passer de 33 à 50 000 tonnes. La prochaine étape se fera essentiellement par croissance organique, mais Unicopa ambitionne de participer à la restructuration du secteur de la charcuterie-salaison, encore très atomisé. « Nous serons vigilants sur la restructuration du secteur salaisons, il y a encore beaucoup d’acteurs », indique Rémy Letienne. La reprise de Madrange, mise en vente récemment, ne laisse d’ailleurs pas indifférent le groupe coopératif de Morlaix. « Nous regardons tous les dossiers. Celui-ci a des points positifs », note-t-il.
En difficulté en 2006, Unicopa reprend un second souffle. Sorti du secteur de la transformation de volaille, le groupe coopératif se recentre et souhaite désormais se concentrer sur ses pôles porc, lait, agrofourniture et nutrition animale. Dans le lait, sa participation au sein d’Entremont Alliance, actuellement établie à 36,5%, devrait évoluer prochainement pour se rapprocher des 50%. Le groupe coopératif va également faire évoluer sa structure et regrouper ses différents métiers en une seule coopérative. L’entité Eolys (90 % de la collecte de lait d’Unicopa, agrofourniture, collecte de céréales, production végétale) va ainsi disparaître au profit d’une seule et même coopérative, Unicopa.
En 2007-2008, Unicopa a réalisé un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros, pour un résultat net de 1,1 M EUR, contre une perte nette de 2,7 M un an plus tôt. Rémy Letienne espère rester sur une tendance de croissance de l’ordre de 7 à 8% par an de son chiffre d’affaires.