Sous l’impulsion de trois leaders dans leurs métiers, le Français Lactalis en produits laitiers, Bunge Europe pour les huiles de graine, et le groupe portugais Nutrinveste pour l’huile d’olive, une nouvelle organisation professionnelle vient de voir le jour au niveau européen qui doit s’élargir à d’autres industries alimentaires de première transformation. Avec pour objectif prioritaire de contrer les menaces qu’ils voient dans l’application à leurs produits du règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé. Et d’obtenir qu’ils soient exemptés du carcan des profils nutritionnels qui les empêchent d’alléguer.
Présentée officiellement à Bruxelles le 9 février sous le nom de « European Basic Foods Platform » une nouvelle association vient s’ajouter à la liste des lobbys agroalimentaires et ses trois promoteurs entendent « représenter la première transformation alimentaire ». Les produits de première transformation, expliquent-ils, qu’il s’agisse de produits laitiers, d’huiles végétales, de sucre, de farines, etc, entrent dans notre alimentation soit directement lorsqu’ils sont consommés tel quel ou cuisinés ; soit indirectement via les aliments de seconde transformation (plats préparés, sodas, snacks, confiseries, etc) et ne peuvent pas être exclus du débat sur la nutrition.
La « plate-forme » vise en fait à faire reconnaître les spécificités des aliments de base par le législateur européen dans le contexte de l’adoption du règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé et de la révision des règles communautaires d’étiquetage nutritionnel. Elle souhaite que les futures règles sur l’étiquetage des produits alimentaires autorisent encore les producteurs d’aliments de base à délivrer aux consommateurs des informations compréhensibles et utiles sur les propriétés nutritionnelles et les bénéfices santé de leurs produits.
Inadaptation des profils nutritionnels
Le principal tort de la Commission, selon European Basic Foods Platform, est d’avoir conçu ses textes en ne pensant qu’aux produits complexes qui sont élaborés par les industries alimentaires de seconde transformation. Et de vouloir, du moins dans l’état actuel des projets, interdire à beaucoup de fabricants de produits basiques de formuler la moindre allégation nutritionnelle et de santé. Les « profils nutritionnels » qui se préparent, explique le porte-parole de Lactalis, Luc Morelon, sont totalement inadaptés pour des produits dont la composition ne peut être modifiée puisqu’ils viennent directement de la nature et correspondent souvent à des définitions réglementaires immuables ou à des normes Codex (lait, fromages, etc).
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Sur la base des nouveaux textes, on arriverait à cette situation étrange, au regard des allégations, dans laquelle le lait – à cause de sa matière grasse - ne pourrait se prévaloir d’apporter du calcium, ni le fromage de sa haute valeur protéique, l’huile végétale de la vitamine E et des oméga 3, l’huile d’olive des acides gras mono-insaturés, et la viande de contribuer aux besoins en fer… Quant aux grilles prévues pour l’étiquetage, elles conduiraient à beaucoup trop d’informations négatives, un produit simple ne pouvant qu’afficher « zéro » sur la plupart des cases prévues pour décrire les composants.
Présidée par Jean-Louis Gourbin, président de Bunge Europe, la plate-forme se dit ouverte aux entreprises et associations qui partagent les mêmes préoccupations. Ses fondateurs affichant clairement la volonté de rester membres de leurs fédérations européennes respectives, European Basic Foods n’a pas pour but d’empiéter sur les rôles spécifiques de ces associations verticales du secteur de la première transformation. Mais en s’organisant de façon horizontale, ils visent bien à long terme à donner plus de poids et d’audience à l’ensemble de la première transformation.